OBSERVATION X
Parotidile syphilitique bilatérale avec paralysie faciale gauche (LEMIERRE : Soc. Méd. des Hôpitaux, 1919)
« Le canonnier F.., du Xe R. A. C., âgé de 22 ans, entre le 13 septembre 1917 dans notre service avec le diagnostic de « tumeur parotidienne ». »
L'affection a débuté il y a 2 mois, sans fièvre, sans malaise, sans trouble de l’état général. La parotide gauche a commencé à se tuméfier ; 3 jours plus tard, la parotide droite a grossi à son tour. L’accroissement des deux parotides s’est poursuivi pendant un mois, progressivement et sans à-coups. À aucun moment le malade n’a souffert.
Au bout d'un mois s'est montrée une paralysie faciale du côté gauche.
Depuis un mois tout est resté stationnaire ; les parotides n’ont subi ni accroissement ni régression.
F.., nous est adressé par le chirurgien de l'hôpital de B..., qui pense à une tumeur maligne.
A l'examen nous constatons une tuméfaction très accentuée des deux parotides. La face est déformée, élargie. La parotide gauche est un peu plus volumineuse que la droite. A la palpation, les deux glandes sont uniformément dures comme du bois, régulières et non bosselées. Leur contour est d’une extrême netteté et l’on peut suivre notamment avec précision la languette qui accompagne l’orifice du canal de Sténon. La pression ne provoque aucune sensation douloureuse. Les téguments sont normaux. Îl n'y a ni œdème ni rougeur.
Du côté gauche existe une paralysie faciale à type périphérique. L'occlusion de l'œil est impossible et on note un peu d’épiphora. Le froncement du sourcil et le plissement du front se font sans force. La bouche est déviée du côté droit et le malade est dans l'impossibilité de siffler.
I n'existe pas d’adénopathie ; pas de dysphagie, pas de trismus, pas de sécheresse de la bouche. Les orifices du canal de Sténon sont normaux. Pas de tuméfaction des glandes sousmaxillaires et sublinguales.
En raison de la bilatéralité de la lésion, de l’aspect des parotides et malgré l'existence de la paralysie faciale, nous écartons le diagnostic de tumeur et portons ce‘ui de parotidite. Mais
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rien dans l’interrogatoire et dans l’examen du malade ne nous permet de découvrir l’origine de cette parotidite. Ses antécédents héréditaires n’offrent rien de particulier ; lui-même dit n'avoir jamais été malade. L'’exploration des viscères, du système nerveux, des téguments et des muqueuses reste absolument négative. L'état général est excellent ; l’appétit a toujours été bon et le malade n'a subi aucun amaigrissement.
Le 26 septembre le malade prend 1 gr. d’iodure de potassium. Cette dose est progressivement élevée. Et, à partir du 29 septembre, le malade en prend 4 gr. par jour. Le 30 septembre la parotide gauche à diminué de volume ; elle est maintenant moins grosse que la droite. Le 3 octobre les deux parotides ont diminué de volume ; mais, cette fois, la droite s’est affaissée plus vite que la gauche et est, maintenant, moins grosse que celle-ci. L'orbiculaire des paupières gauches commence à se contracter et l’occlusion de l’œil s’ébauche.
Le malade commence à pouvoir siffler.
Le 10 octobre la diminution des parotides s’est encore aeccentuée. L’occlusion de l’œil gauche s'effectue presque complètement. Le malade peut siffler. La bouche est encore un peu déviée à droite.
Le 22 octobre les deux parotides ont repris à peu près leur volume normal ; elles restent encore indurées, mais moins ligneuses. L’occlusion de l'œil gauche est parfaite. Il persiste une très légère déviation de la bouche à droite.
Le 12 novembre il n'existe plus la moindre trace de tuméfaction parotidienne ni de paralysie faciale. Le traitement ioduré qui a été admirablement toléré, est suspendu.
F... sort guéri de l'hôpital à la fin de novembre 1917. Nous avons eu dans la suite de ses nouvelles, à plusieurs reprises. L'état général est resté excellent et les signes locaux n’ont pas reparu.
Explication du diagnostic
«La nature spécifique de la parotide ne nous paraît pourtant pas douteuse : la dureté spéciale des tumeurs, leur indolence, leur évolution sans phénomènes réactionnels généraux et locaux, et, enfin, l'influence aussi heureuse que rapide du traitement ioduré, constituent un faisceau d'arguments probants en faveur de la syphilis... »
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