‹ Contribution à l'étude des péricardites secondaires: Péricardite OurlienneChapitre 17 sur 22 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Nous voici arrivé au point capital de notre étude et en même temps à la partie difficile de notre tâche. Il ressort nettement du simple exposé des observations que nous venons de soumettre à l'appréciation de nos Juges, qu'une complication dont il a peu été fait mention jusqu'ici surgit dans le cours de la fièvre ourlienne, nous voulons parler de la péricardite.

Quels sont les caractères cliniques de cette péricardite ?

Quelle est la valeur pronostique de cette détermination d’un nouveau genre?

Quelle est la part exacte que prend la maladie que nous envisageons dans la production de cette manifestation nouvelle de l'élément pathogénique ?

Telles sont les différentes questions à résoudre dans ce troisième chapitre. Nous allons le faire selon la mesure de nos modestes moyens, espérant que nos Juges voudront bien nous tenir compte des difficultés à vaincre.

€ Autant la péricardite primitive est à début bruyant, autant la pé-

ricardite secondaire est insidieuse et latente. » Stokes (1) fait ressortir ainsi en quelques mots le caractère primordial de toute péricardite secondaire, et il nous est bien facile de nous rendre compte nous-même de Pexactitude de ce qu’il avance, dans le cas particulier qui nous occupe.

En effet, pas un de nos malades n’accuse la moindre douleur à la région du cœur. Nous ne trouvons chez aucun d'eux trace de cette oppression épigastrique accusée quelquefois dans la péricardite rhumaüismale. D'autre part, les symptômes généraux font défaut. Dans quelques-unes de nos observations, on relève des ascensions brusques et d’une intensité notable de la température, qui coïncident avec l'apparition des signes stéthoscopiques chargés de nous révéler la lésion du péricarde.

Ce n’est point la péricardite qu’il faut accuser de cet écart de la température. Toujours, en même temps, une fluxion intense a lieu du côté d’un testicule, parfois des deux, et l'apparition de l’orchite simple ou double nous rend suffisamment compte de ce symptôme important.

Nous avons affaire à la « febris testicularis » de Morton ; et c’est tellement vrai que, si l’orchite fait défaut, le thermomètre ne s'éloigne pas sensiblement de la ligne physiologique, et cependant la péricardite ne cesse pas de se révéler à nos investigations stéthoscopiques.

Mais, si la péricardite ne paraît pas favoriser l’hyperthermie, elle ne la contrarie pas non plus.

Les symptômes locaux, et surtout les signes physiques, sont difficiles à constater. Pas de voussure ni de matité appréciable; on continue à sentir l'impulsion de la pointe du cœur. Une ou deux fois, dans nos observations, les bruits du cœur sont sourds et couverts ; mais ils peuvent revêtir ce caractère sans que la péricardite s'accompagne d’un épanchement.

Nous pouvons dire que c’est l’'auscultation seule qui nous révèle ici la présence d’une lésion du péricarde, et le stéthoscope nous apprend

. (1) Stokes, Trait. des mal. du cœur.— Graves, t. IT, page 222.

que nous avons affaire à une péricardite sèche. Dans aucun cas, le bruit de frottement péricardique n’a manqué: tantôt systolique, tantôt diastolique, ou bien à la fois systolique et diastolique; apparaissant Soit à la base, soit à la pointe, ou bien en même temps à la pointe et à la base, mais revêtant ce dernier caractère d’étendue beaucoup plus rarement. Nous croyons donc pouvoir conclure, pour la plupart des cas, à la présence de lésions n'intéressant que quelques portions de la séreuse, lésions révélées par des plaques de frottement disséminées à la base ou à la pointe. Nous insistons sur ce fait, qui, à notre sens, est capital, car il est le seul fait clinique que nous possédions comme preuve de la thèse que nous soutenons.

Nous sommes, en effet, privé du contrôle anatomique; et, s'il est à souhaiter, dans l'intérêt des malades, que ce contrôle fasse le plus souvent défaut, nous déplorons pour notre part une pareille lacune, qui diminue d'autant la force de nos assertions.

Ainsi notre péricardite ne se trahit pas par des symptômes généraux donnant l'éveil au médecin. Elle est latente, insidieuse, comme Stokes l'a si bien dit. Tel est son premier caractère.

En second lieu, elle est exclusivement sèche, et, seul, le stéthoscope accuse çà et là quelques plaques de frottement.

La sécheresse est une sécheresse limitée à quelques points, voilà son second caractère.

Et c’est ce rôle modeste, presque effacé, que la péricardite semble vouloir remplir dans lévolution de l'acte morbide, qui fait qu’on est tenu de la chercher et de la rechercher soigneusement. C’est ce rôle modeste qui rend également compte, à notre sens, de ce fait au premier abord singulier: à savoir qu’elle a été signalée à peine quelquefois dans le cours d’une affection dont on ne compte plus aujourd'hui les nombreuses apparitions. Et cette explication semblera encore plus rationnelle, lorsque nous aurons ajouté que, si les oreillons sont une des maladies les plus répandues, ils sont aussi une des plus bénignes, et partant de celles qui éveillent le moins à la fois et l’inquiétude et lattention du médecin.

ESS due:

Si nous passons maintenant à une analyse plus précise des faits, nous voyons que, dans l'apparition chronologique des manifestations habituelles de la maladie, je veux parler de la tuméfaction de la glande parotide ou de la glande testiculaire, la péricardite n’a pas une place bien définie. Tantôt c'est quelques jours après le début de la maladie qu'elle fait son apparition; d’autres fois, comme dans l’observ. VIII, il n'est question de péricardite qu’un mois environ après l'entrée du malade à l'hôpital. Elle marche presque parallèlement à ces manifestations, mais demeure indépendante de celles-ci, étant elle-même, nous le démontrerons plus loin, une manifestation delafièvre ourlienne. Elle apparaît lorsque l’état ourlien est bien constitué, que le testicule soit pris où non de fluxion, et persiste parfois alors même qu'il n’y a plus trace d'aucune tuméfaction glandulaire. Elle disparaît comme elle est venue, sans bruit.

Nous voyons, par les seuls symptômes qui caractérisent notre péricardite secondaire, combien peu cette détermination doit peser dans la marche et dans la terminaison de la fièvre ourlienne. Les oreillons sont une affection essentiellement bénigne, avons-nous dit; nous ajouterons que la péricardite ourlienne n’est point faite pour noircir le tableau de cette maladie.

Une question se pose toutefois ici, qui à trait à l’état ultérieur de la lésion, si peu marquée soit-elle, que nous venons d'étudier.

On sait combien les séreuses sont aptes à voir réapparaitre les modifications morbides dont elles ont été une première fois le siége, surtout lorsque ces modifications sont le fait d’une maladie générale. N'est-ce point ici le cas? La péricardite ne se réveillera-t-elle pas un jour ou l’autre chez nos malades? et ne scra-t-on pas en droit d’incriminer les oreillons parmi les commémoratifs pathologiques, lorsqu'il s'agira de péricardite ?

Même en l’absence d'observations corroborant cette opinion, il doit en être ainsi, et par analogie et en vertu de la loi générale énoncée ci-dessus.

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Quelle est la part exacte que prend la fièvre ourlienne dans la production de la péricardite ?

Telle est la troisième question que nous nous sommes posée.

Nous venons de parler de commémoratifs pathologiques. Or nous voyons que, chez plusieurs de nos malades, il est fait mention d'antécédents rhumatismaux. L'action de lPélément rhumatismal sur les enveloppes séreuses du cœur est un fait acquis, qu'on ne saurait aujourd'hui mettre en doute sans commettre une hérésie médicale; mais au moins nous accordera-t-on que les caractères cliniques de la péricardite que nous avons observés s’écartent un peu de ceux qui relèvent de la péricardite rhumatismale, qui est plus étendue, souvent humide, et marche le plus souvent encore accompagnée d’une endocardite.

Et, si nous ne pouvons pas nier l’action du rhumatisme, même à distance, nous sommes en droit, d’un autre côté, d’admetire la participation concomitante de l'état morbide présent, dans le réveil de la péricardite et dans la poussée aiguë que nous observons.

Les observations que nous empruntons à la thèse de M. le docteur Gachon ({) paraissent tout d'abord ne pas devoir entrer dans notre cadre; mais voici comment s'exprime M. Gachon en parlant de la péricardite :

« Si cette complication n’a pas été signalée jusqu'ici, c’est sans doute parce qu’elle ne donne pas lieu à des phénomènes intenses, et qu’il faut la chercher pour la découvrir. Quoi qu’il en soit, la péricardite, nous le répétons, chez nos malades, n’a pas été une manifestation viscérale du rhumatisme articulaire vrai, mais bien une complication du pseudorhumatisme ourlien. Nous pourrions même affirmer qu'elle était sous la dépendance de laffection ourlienne elle-même. »

Nous retenons pour nous-même cette dernière phrase, et, à son appui, nous présentons la série de nos observations, dans lesquelles, bien qu'il ne soit question ni de rhumatisme, ni même de douleurs pseudorhumatismales, l'existence de la péricardite ne fait aucun doute.

(1) Pseudorhumatisme ourlien. (Thèse de Montpellier, 1887.)

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