‹ Contribution à l'étude des perversions de l'instinct de conservationChapitre 8 sur 31 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Hélas ! on cherche la vérité et l'on ne trouve que des images.

PauL Fort, Les Ballades françaises.

Nous saisissons tous, ou croyons saisir le sens littéraire du

mot spleen. Nous sommes pris au dépourvu s’il nous faut préciser ce que les aliénistes ont compris sous ce terme. Car le spleen, ou mélancolie anglaise, a figuré comme variété de mélancolie dans les ouvrages de médecine mentale. Mais il faut remonter jusqu'au xvrn° siècle pour en trouver les premières définitions, qui sont aussi les plus claires et les plus distinctes.

Le premier médecin français qui en ait parlé, semble bien avoir été Sauvages. On trouve dans sa Nosologie méthodique, un article intitulé : Mélancolie anglaise, melancolia anglica,

appelée communément TAEDIUM VITAE (1).

« En Angleterre, écrit-il, le suicide est fort ordinaire à cause de l’ennui de la vie. Ceux qui sont atteints de cette maladie sont tristes ; fatigués de faire des remèdes, ils mettent ordre à leurs affaires ; font leur testament ; disent adieu à leurs amis par des lettres qu'ils leur font passer, et mettent fin à leur vie en s’empoisonnant, se pendant ou employant

quelqu'autre moyen... »

(4) Nosologie méthodique, t. IT. Paris, 1771.

4192 ee LE SPLEEN.

Il ajoute :

« Le suicide est ordinaire à plusieurs maniaques et mélancoliques ; mais la mélancolie anglaise diffère des autres, en ce que les malades se déterminent à mourir sans fureur, ou sans y avoir été conduits par des chagrins cuisants, et se donnent tranquillement la mort, par le seul ennui de la vie, comme le fit, en présence de Cheyne, le colonel Townshend, par le seul empire dé la volonté, après avoir donné des preuves éclatantes qu'il était rentré en lui-même.

Le passage est très net et ne peut prêter à confusion. Sauvages connaissait les modes du suicide s’accompagnant de troubles mentaux marqués. Pour lui, la mélancolie anglaise n’est pas synonyme de mélancolie avec suicide, puisqu'il oppose le suicide réfléchi par simple taedium vitae aux suicides motivés par la douleur morale et les paroxysmes anxieux.

Pour plus de détails, il renvoie à l'ouvrage du D° Cheyne The English Malady, or treatise of nervous diseases of all hinds as : Spleen, etc... Ce qui marque bien que, dans sa pensée, mélancolie anglaise et spleen désignent une même affection.

Malheureusement, Sauvages se contente de la cataloguer. H rappelle, comme analogie de ce genre de suicide, l’histoire des filles de Milet, mais ne nous donne aucune observation personnelle. Peut-être cela ne rentrait-il pas dans l'esprit de son traité, ou jugeait-il alors la maladie strictement propre aux Anglais de son temps et ne pensait-il pas à en trouver des exemples chez les Montpellerins ?

Pendant vingt ans il n’est plus question du spleen. Mais, en 1791, Pinel donnait à la Médecine éclairée de Fourcroy (1) deux articles concernant des Observations sur une espèce de mélancolie qui conduit au suicide. Ils n’ont pas été reproduits dans ses ouvrages (Observ. I, IT, IT).

(1) La médecine éclairee par les sciences physiques. Journal des découvertes relatives aux différentes parties de l'art de guérir. Rédigé par M. Fourcroy, Paris, 1791, t. I, p. 154 et 199.

PTT

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