‹ Contribution à l'étude des phénomènes post-hémiplégiquesChapitre 16 sur 22 · C..., 58 ans, briquetier · texte numérisé non relu

C..., 58 ans, briquetier

Alcoolisme (vin blanc le matin, vin dans la journée), ni maladies antérieures ni antécédents héréditaires. Hémiplégie droite en 1885, sans ictus. La paralysie commenca par le pouce et l'index de la main droite et envahit peu à peu tout le côté droit, y compris la langue ; pas d’aphasie, le malade ne s’est pas apercu qu’il y ait eu de l’anesthésie.

Huit mois après environ apparurent les secousses involontaires dans les membres jadis paralysés, mais qui avaient repris assez de vigueur pour permettre au malade de se livrer à un travail peu pénible. Il s'agissait de petits mouvements rythmiques et continus, se produisant en dehors de toute émotion et pendant le repos relatif, dans la station debout. Le malade prétend qu’ils disparaissaient complètement dans le repos absolu au lit.

Aujourd’hui, 4avril 18838, C... se présente à la consultation gratuite de l'Hôtel-Dieu, et voici ce que nous constatons : le membre supérieur droit est agité de petites secousses régulières continues; la main semble émietter du pain, et cela s’exagère beaucoup par l'émotion qu’éprouve le malade en ma présence. Le tremblement du membre inférieur droit est à peine appréciable ; le membre inférieur n'avait été du reste que très peu atteint par la paralysie. Les mouvements volontaires sont lents, mais

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assez réguliers et sans troubles notables (ni chorée, ni ataxie). Le malade se plaint de raideurs incommodes dans les muscles de la nuque, dans l’épaule et dans le bras ; ces raideurs unies au tremblement l’empêchent d'écrire et même de se vêtir et se déshabiller. Réflexes tendineux du genou et de l'avant-bras augmentés à droite. La sensibilité paraît normale de ce côté dans tous ses modes (sens spéciaux, téguments, ete ); pas d’amyotrophie, le côté gauche tout entier est sain.

Je diagnostique : hémiparalysie agitante post-hémiplégique, en remarquant que le tremblement, qui à toutes les allures de celui de la paralysie agitante, y compris le geste de la main, si typique, ne cesse pas par le repos du membre sur la table, tandis qu’il disparaîtrait quand le membre est tout entier appuyé sur le lit ou quand le sujet se couche.

Ce serait donc un cas intermédiaire entre l’hémiparalysie agitante et l’hémisclérose en plaques symptomatique.

Traitement : Antipyrine.. 15 gr.

HAUT ere 300 —

à prendre huit cuillerées à café par jour. C... revient le 11 avril ; il se sent mieux et tremble moins ; il est plus fort ; la nuque est moins raide. Au dynamomètre la main gauche donne une pression de 29 kil. et la main droite 26.

18 avril. — C... se dit bien mieux: il est plus fortet peut relever le bras droit pour se moucher. Il prétend qu’il ne tremble notablement depuis quelques jours que s'il est en présence d’un étranger. Il n’a presque plus de raideur à la nuque et au bras. Je fais continuer encore l’antipyrine et lui fais exécuter des mouvements volontaires du bras sain, que le bras malade devra répéter ensuite, cela plusieurs fois par jour (dynamogénie cérébrale selon le pro-

ENS cédé recommandé par Jorissenne à la Société médico-chirurgicale de Liège, 1886).

89. — Le malade dit que la veille il s’est habillé et déshabillé tout seul. Le tremblement va mieux, même en ma présence, quoique C... prétende qu’il tremble devant moi plus que devant tout autre, parce qu’il voudrait me faire voir qu'il ne tremble plus. Il commence à écrire quelques mots en ma présence ; l'écriture est lente, tremblée, mais très lisible, quoiqu'il n’ait plus tenu la plume depuis le début de sa paralysie. 3

2 mai. — C..…. est mieux encoré; il ne tremble plus du tout quand il est seul. — Aussi, très satisfait, il m’apporte une petite lettre de remerciment parfaitement lisible et peu tremblée. Au dynamomètre, la main gauche donne 35 kil. et la droite 32, soit un bénéfice depuis le 11 avril de 6 kil. pour chaque main.

9. — C... est bien plus fort et se sert beaucoup mieux de ses membres ; il s’habille et se déshabille seul tous les jours depuis plus d’une semaine.

Dynamomètre :

MÉMETANChe ET, ne. 38 kil.

Main droite ........,.... «+ 3 —

Le malade croit qu’il pourra bientôt reprendre son travail, car sa main droite commence à lui bien servir. Le traitement est continué (antipyrine et dynamogénie cérébrale).

Hémisclérose en plaques. — C'est un tremblement à oscillations courtes, rythmiques, cessant complètement dans le repos absolu, mais se produisant à l’occasion d’un mouvement voulu. L’amplitade des oscillations augmente à mesure que Île but va être atteint. L'occlusion des yeux n’augmente pas le. tremblement.

UOTE

Observation XII

(Thèse de RICOUx)

Hémiplégie gauche avec hémianesthésie sensitivo-sensorielle. — Hémiplégie droite passagère. — Foyers dans chaque hémisphère. — Tremblement posthémiplégique bilatéral simulant une sclérose en plaques. — Trépidation

réflexe bilatérale et contractures des membres gauches.

Vieillard de 64 ans qui eut une première attaque le 3 décembre 1879 ; cette attaque, accompagnée de vertige, fut saivie d'une perte de connaissance qui dura quatre jours, et laissa à sa suite une hémiplégie gauche avec déviation de la face et difficulté de la parole.

Le 15 janvier, le bras gauche devient raide et il s’y établit un tremblement qui envahit la jambe gauche et qui a continué en s’aggravant jusqu’à ce jour.

Le 18 janvier, l’hémiplégie gauche avait un peu diminué, quand survint une nouvelle attaque avec perte de connaissance d’une durée de trois heures, suivie d'une paralysie du bras droit ; de plus, pendant quatre jours, le malade ne put articuler un mot.

L’hémiplégie droite fut de courte durée, le tremblement du bras gauche continua, et le 26, le bras droit, après avoir présenté un certain degré de raideur, fut affecté du même tremblement. L'aphasie se dissipa vers le mois de mars. Le malade cependant marchait en fauchant, traînait la jambe gauche et faisait glisser la plante du pied sur le sol ; il croyait marcher sur du coton, ne sentait plus ses vêtements à gauche, sa vue diminuait, il était sourd de l'oreille gauche. Le tremblément resta généralisé aux quatre membres et alla progressant lentement.

Entré à l'hôpital St-Charles pour une bronchite, on constate l’état suivant :

Tremblement généralisé aux quatre membres, plus marqué à droite qu'à gauche, plus intense aux membres supérieurs qu'aux membres inférieurs; mouvements rythmiques cessant quand les membres sont au repos, augmentant d'amplitude, surtout à’ l’extrémité des membres, à mesure que le mouvement voulu se complique.

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Contractures à droite : tous les mouvements s'exéculent sans raideur, et le malade serre avec assez de force, mais ne porte un verre à sa bouche qu'après une série de zigzags à amplitudes étendues.

Membres inférieurs : à gauche surtout, exagération du réflexe tendineux; trépidation épileptoïde.

Sensibilité générale absolue.

Froubles de la sensibilité spéciale.

Nous venons de caractériser très succinctement chacune des formes de phénomènes post-hémiplégiques, apportant à lappuri

de ce que nous écrivions des observations recueillies soit dans:

les auteurs, soit dans les hôpitaux de Montpellier. Pouvons-nous maintenant les rapprocher les unes des autres; trouver entre elles des liens étroits qui nous permettent d'en faire un groupe unique avec des degrés divers ? Trouvons-nous des for--

mes de transition qui nous fassent passer insensiblement d'un

malade à l’autre? Les voyons-nous se succéder, se remplacer chez un même malade ?

Supposons pour un instant réunis Sous nos yeux un certain nombre d’hémiplégiques, présentant, dans leurs membres autrefois paralysés, les uns des contractures, les autres des mouvements anormaux. Trouverons-nous quelque chose de commun entre le malade de l'observation IV, dont le bras est immobile, appliqué sur le tronc, lavant-bras fléchi sur le bras, la main fléchie sur le poignet, les doigts fléchis dans la paume de la main ; et cet autre malade (obs. VIT), dont le bras est animé de mouvements incessants, de contractions dans tous les sens, irrégulières, désordonnées, donnant une idée très nette de ce que Trounsseau a appelé la folie musculaire? Assurément non, et il y a dans ces deux cas des différences tellement tranchées que nous paraîtrions puéril en insistant. Du reste, les auteurs qui ont rapproché les contractures des hémimouvements n'avaient

pas en vue ces cas extrêmes. Frappés des analogies qui existent

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entre la contracture latente et le spasme intermittent, que nous avons vu si net dans notre observation IX (hémiathétose), ils en avaient conclu qu'il y avait parité entre ces deux sortes de phénomènes et en avaient fait un trait d'union entre les contractures et les hémimouvements. Certes, nous trouvons, nous aussi, qu'ily à de grandes analogies entre eux, mais il nous semble qu'un caractère important les sépare : la contracture latente est un phénomène provoqué, comme la trépidation épileptoïde; elle a besoin pour se produire d'une excitation soit périphérique, soit centrale, Tandis qu'il n'en est rien pour le spasme intermittent. Ce dernier chez notre malade revient à intervalle presque régulier et n’a pas besoin d'être provoqué.

Si maintenant, laissant de côté nos contracturés, nous prenons les malades qui font l'objet des observations VIIT (hémichorée) et XI (hémiparalysie agitante),

ne {rouverons-nous pas aussi dans leur allure des différences très tranchées? Tous deux, pendant que nous les examinons, présentent une agitation musculaire portée à l'extrême ; mais chez l'un cette agitation se traduit par des contractions dans tous les sens, contractions désordonnées, irrégulières, saceadées, mouvements de flexion, d'extension, etc., en un mot, toute a série des mouvements normaux que nous pouvons imprimer à nos mem: bres. Chez l'autre, au contraire, ce sont des oscillations rythmiques, monotones, très fréquentes; son bras oscille entre la pronation et là supination ; et même parfois, comme le fait observer M. Bidon, 1l paraît accomplir avec les doigts un acte voulu, comme de faire des pilules, d’émietter du pain.

Ces deux malades sont nettement séparés l’un de l'autre par les caractères qui distinguent tous les tremblements de tous les mouvements, |

Et ce même malade de l'observation VII (hémichorée), pouvons-nous Île rapprocher du malade qui fait le sujet de l'observation X (hémiataxie)? Tous deux sont au repos : chez l’un,

Plone agitation musculaire ; chez l’autre, rien. Mais si nou$ ordonnons au dernier de saisir un verre placé sur une table et de le porter à sa bouche, nous le voyons manquer le but à plusieurs reprises, et arriver au résultat voulu qu'après avoir touché quelques autres parties du corps. Pour que ce désordre musculaire se montre, il faut qu'il veuille accomplir un acte, N'y a-t-1l pas là un caractère très net qui le sépare du premier ?

Et entre lhémiparalysie agitante (obs. XD) et l’hémisclérose en plaques (obs. XI) n'y a-t-il pas une différence aussi ?

Chez l’un, tremblement rythmique (oscillation monotone du bras entre la pronation et la supination, mouvements des doigts rappelant la maladie de Parkinson), tremblement se produisant au repos. Chez l'autre aussi, tremblement rythmique, oscillatoire, mais transversal et se produisant à l’occasion d’un acte voulu. L'hémiathétose elle-même (obs. IX), que nous avons rapprochée de lhémichorée, se différencie assez nettement de cette dernière par ses mouvements lents, continus, exagérés, et ressemblant à s'y méprendre à des mouvements volontaires.

Donc, la clinique nous démontre qu'ilexiste des cas nets que nous devons séparer les uns des autres. Nous montre-t-elle qu'il en existe d’autres qui peuvent nous servir'de transition, et nous permettre de passer insensiblement de lun à l’autre de ces cas types que nous avons eu seulement en vue jusqu'ici ?

Notre intention n'est certainement pas de nier les formes mixtes, dont Ricoux (1) nous a démontré l'existence incontestable. Mais que nous apprennent-elles ? Qu’à une certaine forme isolée au repos, le mouvement velontaire en ajoute une autre. Ainsi, i y à, dans les observations V de Ricoux, hémichorée au repos, plus hémisclérose dans les actes voulus ; XIT d’Oulmont, hémiathétose, plus hémichorée ; XVI de Ricoux, hémiathétose, plus hémiataxie. Est-ce à dire pour cela que le cas d’hémia-

(4) Loc. cit.

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