EXPOSITION DU SUJET
En 1882, Ricoux, dans sa Thèse (1), qui est une excellente monographie écrite sur les hémitremblements præ et post-paralytiques, après un historique très complet des travaux publiés et des théories émises, termine ainsi cette première partie de soncétude ve. .,.: ya [à une question d'école : d’une part, l’école française, qui sépare les hémitremblements proprement dits des contractures et de la trépidation postparalytique, qui établit entre eux et la lésion de la capsule interne dans Son tiers le plus reculé, un rapport de cause à effet, une relation absolument adéquate ; de l'autre, l’école allemande et l’école anglaise, à quelle M. Brissaud se rallie, qui attribuent à un processus irritatif ou destructif, en un point quelconque du parcours du faisceau pyramidal et des fibres motrices qui l’accompagnent, les convulsions épileptiformes, les contractures, les tremblements, quel que soit leur aspect (trému-
(1) Ricoux. Thèse de Nancy, 1882.
LS OR lation ou spasmes convulsifs), et qui font rentrer dans une même famille tous ces troubles de la motilité, s’expliquant pour elles par une simple différence de degré.» Depuis le travail de Ricoux, bon nombre d'auteurs en France ont admis les idées allemandes et anglaises, préconisées par Brissaud (1): nous citerons Bernheim et Demange, de Nancy, Bidon, de Marseille. Ce dernier, dans un travail qui a été jugé digne par l'Académie de médecine du prix Bernard de Civrieux (1885), termine ainsi son exposé historique : « Ainsi les mouvements involontaires post-hémiplégiques sont signalés d’abord par les Anglo-Américains. L'école française tente la première explication et sépare les hémitremblements des contractures. Les écoles allemande et anglaise élargissent la théorie française et réunissent ce qu’elle avait séparé. En dernier, lieu, enfin, l'école française adopte cette opinion nouvelle et la complète. »
Les deux auteurs que nous venons de citer, bien que se ralliant
à la doctrine allemande et anglaise, qui rapproche les contractures des hémitremblements, maintiennent encore parmi ces derniers la classification proposée par M. le professeur Grasset. Toutefois, M. Bidon, en intitulant son travail, si remarquable d’ailleurs, « Hémichoré symptomatique », et en groupant sous £e titre général tous les mouvements post-hémiplégiques, montre déjà la tendance, que l’on trouve beaucoup plus accusée de l'autre côté du Rhin, à n’attribuer à ces termes qu'une signification clinique très effacée. Il y a en effet tout une école {l'école allemande), disait M. le professeur Grasset, dans une «le ses cliniques (2), qui voudrait ne plus classer les différents mouvements post-hémiplégiques, mais en faire un grand groupe avec des degrés divers (mémoire Greidenberg, Arch. f. Psych et Vervenk, p. 137).
(1) Brissaud. Thèse de Paris, 1880; puis ailleurs: Mécanisme de Vathétose (Gazette hebdomadaire, 1880).
(2) Leçons cliniques faites à l'hôpital St-Eloi,, mai 1888.
Si, tenant compte des travaux antérieurs et des travaux récents que nous venons de citer, nous voulons à notre tour donner un aperçu rapide de la doctrine qui paraît, à l'heure actuelle, rallier un certain nombre de savants, voici ce que nous dirons : Nous devons ouvrir dans la pathologie nerveuse un chapitre unique ; chapitre dans lequel nous grouperons tous les phénomènes qui peuvent apparaître dans les membres hémiplégiés, depuis la contracture latente de Brissaud jusqu'à la contracture permanente, forcée, intercalant entre ces deux extrêmes les différentes formes d'hémimouvement, les convulsions épileptoïdes, les trépidations spinales, et leur donnant à tous, comme raison anatomique , une lésion irritative ou destructive d'un point quelconque du faisceau pyramidal, dans son trajet des grandes cellules motrices de l'écorce cérébrale aux grandes cellules motrices des cornes antérieures de la moelle. Hémichorée, hémiathétose, hémiataxie, etc., contractures, n’ont pas d'individualité clinique ni anatomo-pathologique. Toutes ces formes de phénomènes post-hémiplégiques peuvent se montrer d'un malade à l'autre avec des termes de transition ; se succéder, se remplacer chez un même malade, et n’expriment en dernière analyse qu'une question de degré dans la lésion du faisceau pyramidal.
La synthèse est certainement un but très élevé que l'esprit humain tend constamment à atteindre; et rapprocher des phénomènes jusque-là séparés, montrer les liens étroits qui les unissent, leur assigner une raison unique, c’est faire une œuvre remarquable. L'école allemande a devancé l’école française ; mais la synthèse qu’on nous propose répond-elle, en clinique, à la réalité des faits? N’est-elle pas, en ce qui concerne l'anatomie pathologique, au moins prématurée ? Telles sont les deux questions que nous essaierons de résoudre.
Dans la première partie de notre étude (Étude clinique), après avoir caractérisé chacun des phénomènes post-hémiplégiques
Mdr et montré par des observations à l'appui que les caractères indiqués répondent à la réalité, nous essaierons, dans une vue d'ensemble, d'établir, au nom de la clinique, deux phénomènes nettement distincts les uns des autres: les contractures et les hémimouvements. Nous essaierons en outre de montrer que, pour ces derniers, nous devons maintenir la classification proposée par M. le professeur Grasset; cette classification ayant à la fois une raison elinique et didactique.
Dans la deuxième partie (Étude anatomo-pathologique), nous examinerons si nous sommes en droit, dans l’état actuel de la science, d'attribuer tous ces phénomènes à une lésion irritative ou destructive d’un point quelconque du faisceau pyramidal ; puis, nous donnerons nos conclusions.