‹ Contribution à l'étude des points iso-électriques des protides du sérum: Techniques de rechercheChapitre 13 sur 45 · AT · texte numérisé non relu

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10 à 12 jours, le traitement a donc été d’une brutalité extrême et de fait, la survie des souris a été faible ; à Lausanne sur des tumeurs plus jeunes, on a pu ménager davantage les doses et allonger le traitement, il y a eu des exemples de survies relativement longues atteignant 40 jours.

Ainsi donc la technique à laquelle a abouti la longue série de recherches dont nous avons donné les principes plus haut, a permis de réaliser sur une certaine forme de cancer spontané de la souris, près de 4/10° de disparitions.

Il était naturel de chercher à retrouver sur l’homme une trace des actions frénatrices obtenues sur la souris.

Nous citons textuellement ces essais sur l’homme tels que | VLÈS et DE COULON les ont décrits dans les Archives de Physique Biologique de décembre 1933. Ils sont trop passionnants et trop précis pour risquer de diminuer la portée de ces faits par un résumé maladroit.

« Déjà avec le mélange d’acides aminés seuls, quelques essais avaient été faits sur l’homme. Mais outre que la technique s’en présentait comme compliquée (introduction sous la peau du ventre d’une masse de plusieurs grammes de pastilles ou de pâtes d’acides aminés), les premiers effets sur les tumeurs étaient médiocres et fugaces. Un seul cas avait pu être poussé jusqu’à la disparition complète de la tumeur, mais l’application intercurrente de rayons X n’avait pas permis d’interpréter l’origine réelle de la régression. Cependant des baisses importantes des points iso-électriques des sérums, condition théorique de la réaction, avaient été observées sur tous les malades. »

« Avec les nouvelles directives qui nous avaient conduits à traiter les tumeurs spontanées de la souris, de nouvelles recherches ont été entreprises dans le service anticancéreux du Professeur GUNSETT, en donnant aux malades, cette fois par voie buccale, des mélanges, acides aminés n° III B (cystine, proline alanine) — poudre d’éléments du tube digestif (muqueuses de l'estomac, du duodénum, du début du grêle, et pancréas) — des endocrines en petites quantités (thyroïde, testicule hypo-

physe surrénale — auxquels on avait joint une petite quantité de poudre de peau, jouant des rôles secondaires (par exemple par la richesse en cystine des bulbes pileux); les malades que l’on devait mettre en traitement, tous arrivés à l'extrémité de l’évolution de leur affection, après insuccès des thérapeutiques usuelles, représentaient, bien entendu, les plus mauvaises conditions au point de vue expérimental.

Les statistiques actuelles sont assez réduites, beaucoup de ces malades qu’on avait commencé à traiter ayant quitté le service sans e&ttendre que se dessinât un résultat. Un premier groupe de trois malades, mis en route au mois de novembre 1932, a donné des résultats intéressants; si l’on excepte l’un d’eux, mort au tout début du traitement (1 mois 1/2, à peine 9 grammes de substances absorbées), par l’intercurrence d’une autre affection antérieure (néphrite), les 2 autres cas ont présenté, au cours d’une observation d’un an (140-150 grammes de substances absorbées), des régressions importantes de leurs tumeurs. Un deuxième groupe de 3 malades a été mis en route au mois de juin 1933; l’un d’eux (homme de 82 ans, spinocellulaire de la bouche) est décédé de cachexie après 4 mois 1/2. Un autre (mélanosarcome du pied), a fourni une importante régression que nous décrirons plus loin, le dernier (spinocellulaire de l’amygdale) a abandonné le traitement malgré une apparence de régression. Enfin un dernier groupe, mis en route au mois d’août, est trop récent pour qu’on puisse en tirer des conclusions. Trois des cas méritent d’être rappelés sommairement (observation de VLES et GUNSETT) :

L'un d’eux est, chez une femme de 47 ans, un sarcome ulcéré du cuir chevelu, ayant perforé la table de l’occipital, récidivant depuis plusieurs années, malgré des exérèses rhirurgicales et finalement des irradiations énormes (9.700 r). Au bout de quelques mois de traitement par le mélange à base d’acides aminés, la masse générale du sarcome a disparu, la plaie diminuée, ramenée à des petites dimensions; cette femme a engraissé de plusieurs kilos et se trouve dans un bon état général. Des biopsies faites au cours de l’année sur le fond de la plaie ont été irrégulièrement, les unes positives, les autres négatives, il subsiste donc encore probablement des bourgeons sporadiques isolés de sarcome. Au bout d’un an de traitement la malade se présente en excellent état général, avec une forte augmentation de poids et ayant repris toute son activité (1) (Voir Planche I).

(1) Encore vivante en 1935,

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Le second cas est celui d’un épithélioma spinocellulaire, atypique de la face chez une fenime de 82 ans. La tumeur péri-auriculaire ulcérée, est une troisième récidive, après exérèse chirurgicale et traitement radiothérapique intensif. Au bout de 3 mois de traitement à base d'acides aminés, la tumeur a été réduite à une plaie plane, rétrécie, inodore. Après une période de plusieurs mois d'état satisfaisant, vers le neuvième mois a reparu un début de bourgeonnement sur les bords de la plaie, pendant que du côté opposé de la tête s’individualisait un petit baso-cellulaire. La malade abandonna le service; 12 mois après le début du traitement, après une survie inespérée, elle mourut subitement (Voir Planche Il). k

Le troisième est un mélanosarcome du pied chez un homme de 58 ans, grosse tumeur noire du volume d’une orange, ayant résisté à une irradiation de 6.000 r.; les ganglions (poplité, triangle de Scarpa) sont pris. Au bout de 2 mois de traitement, la tumeur commence à diminuer, au troisième mois, elle se dépigmente et après 4 mois elle se recouvre, comme une cicatrisation banale, de bourgeons épithéliaux partis de la peau périphérique. Le ganglion poplité, autrefois gonflé est à peine sensible. La régression est au bout de 7 mois presque complète. Le seul accident présenté par le malade a été une crise nerveuse qui avait fait songer à une métastase cérébrale, mais dont tous les symptomes ont rapidement régressé. Le malade est à l’heure actuelle en bon état général avec une plaie du pied très diminuée, et une augmentation de poids de plusieurs kilos (2).

De l’ensemble des cas qui ont été examinés depuis le début de ces recherches, un certain nombre de remarques sont nées.

Les premiers effets du traitement par la voie buccale paraïssent consister dans tous les cas, en une excitation locale de la tumeur et d’un territoire un peu plus grand que celle-ci (territoire de cancérisation imminente) lequel subit une poussée néoplasique, puis est le siège d’une nécrose brutale. Il a fallu mettre sur pied une technique de nettoyage (au Dakin dilué, puis pansement sec avec le mélange d’acides aminés II B.) pour parer à la putréfaction des tisssus nécrosés.

(2) Décès en 1934 par métastase cérébrale.

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Les divers types histologiques de cancers que le hasard nous a adressés ne semblent pas équivalents au point de vue de la réponse au traitement : le type sarcome, même mélanique, semblant plus sensible que, par exemple, le spinocellulaire ; il y aura probablement, par la suite, des questions spécifiques à préciser.

Il faut enfin noter qu'aucun des malades n’a encore été suivi jusqu’au bout de sa régression, et que l’on doit faire des réserves expresses sur la terminaison du traitement. Si même les hypothèses que nous avons faites sur les déficiences sont exactes, il semblerait que ce traitement ne doive jamais finir et que le malade doive continuer les compensations après la disparition de la tumeur ; il est possible que la guérison clinique ne soit pas la guérison physiologique de l’organisme, pas plus que le traitement du diabète par l’insuline n’est la guérison du pancréas du malade.

Ainsi donc, on a retrouvé, sur l’homme, avec la technique suivie, au moins des traces des effets frénateurs sur les tumeurs que l’expérience nous avait montrées exister sur la souris. Il est évident que les résultats obtenus, quoique encourageant à continuer les essais, n’ont, pour le moment, rien d’une véritable thérapeutique du cancer et n’ont pas eu la prétention d'apporter une solution définitive de ce problème tant cherché. Mais peut-être que d’autres travailleurs pourraient, un jour, tirer, des quelques données que nous avons apportées au cours de ces dix années, une base dans la voie de recherches à venir : en présence d’un problème aussi grave que celui du cancer, tous les documents, de quelque origine qu'ils soient, doivent être mis en commun, et les perfectionnements ne peuvent être que l’œuvre de tous. »

Nous avons insisté sur les travaux du professeur VLÈSs et de ses collaborateurs, pour montrer vers quels horizons nouveaux et pleins de promesses, entraînait l'étude des points isoélectriques.

Nous étions partis de notions très théoriques, protéines, variabilité des points isoélectriques sous des influences diver-

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ses, etc., etc. et insensiblement, nous sommes arrivé en pleine pathologie humaine.

Il serait facile d’esquisser quelle lumière ces nouvelles données scientifiques projettent sur différents problèmes de Biologie ou de Pathologie humaine, mais nous serions entraîné hors des limites que nous nous sommes fixé. Nous préférons aborder immédiatement la description des techniques qui permettent d'obtenir les points isoélectriques des protéines.

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