CHAPITRE V
Pronostic et traitement.
Tous les anciens accoucheurs croyaient nécessaire d’intervenir dans les présentations de la face, C’est-à-dire que tous portaient un pronostic des plus graves.
C’est ainsi que Louise Bourgeois disait en 1710 : « Si le menton avance le plus au passage, il faut porter la main et repousser le menton sur la poitrine, car l’enfant ne pourrait passer dans cette posture. » Nous nous proposons de rapporter plus loin quelques très-anciennes observations dans lesquelles on verra quel empressement les auteurs qui nous les ont fournies mettaient à intervenir activement dès le début du travail.
Smellie croyait aussi l’accouchement par la face impossible spontanément, et cependant cet auteur commence déjà à rejeter la version et à conseiller l’emploi du forceps. Il nous donne, le premier, une description du mécanisme xpulseur, à propos d’un cas qu’il a été à même d’observer. e Il s’agit d’une femme ayant déjà eu plusieurs enfants ; voici comment il raconte le. fait : « Chez une femme qui avait fait plusieurs enfants, je constatai une position de la face. Le nez et les joues étaient dirigés à droite vers la partie inférieure de l’ischion. Dans la première ou seconde douleur, le nez se tourne en dedans, par-dessous les os du pubis, contre lesquels le menton remonte. Par ce moyen, la fontanelle, le vertex, la nuque, se trouvèrent relevés et sortis, moyennant un demi-tour pour se dégager du péri-
née(l). » Malgré plusieurs de ces faits d’expulsion spontanée, tous professaient que l’on devait, ou bien chercher à fléchir la tête avec la main nue ou recouverte d’un linge, ou, quand on ne pouvait pas réussir à l’aide de ce moyen, qu’il fallait aller chercher les pieds, terminant l’accouchement par une version. Quand ils assistaient à un accouchement spontané, c’était pour le considérer comme une très-réelle exception. Mauriceau et Smellie nous ont laissé quelques-unes de ces observations, dans lesquelles nous trouverons des choses intéressantes ; mais laissons parler ces auteurs :
« D’autres fois, dit Mauriceau (2), l’enfant se présente la face première, ayant la tête renversée en arrière, en laquelle position il est encore très-difficile qu’il vienne, et s’il y demeure longtemps, le visage lui devient si livide et si bouffi, qu’il en paraît tout à fait monstrueux dans l’abord, ce qui arrive, tant à cause de la compression qui s’en fait en cette situation, que pour avoir été quelquefois trop souvent et trop rudement touché avec les doigts en tâchant de lui faire prendre une meilleure situation. Il me souvient d’avoir accouché, il y a trente-un ans, une femme dont l’enfant qui s’était présente io. face devant, vint au monde si livide et si contrefait (comme c’est toujours l’ordinaire en telles occasions), que son visage en paraissait tout semblable à celui d’un Ethiopien, nonobstant quoi je ne laissai pas que de l’amener vivant. Aussitôt que la mère s’en fut aperçue, elle me dit qu’elle s’était toujours doutée que son enfant serait aussi hideux, à cause qu’au commencement de sa grossesse elle avait regardé
0) Smellie. Paris. 1871. T. II.
(2) Mauriceau. Traité des Maladies des femmes grosses. Paris. 1740. 7° édit.
fixement et avec grande attention un Maure ou Ethiopien, un de ceux dont M. de Guise avait toujours grand nombre à sa suite, pour lequel sujet elle souhaitait ou du moins ne se souciait aucunement qu’il mourût, afin de ne pas voir continuellement un enfant si défiguré qu’il paraissait pour lors ; mais elle changea bientôt de sentiments, lorsque je lui eus expliqué que cette lividité ne provenait que de ce qu’il était venu la face devant dans le commencement, et que très-assurément cela se passerait, comme il arriva en moins de trois ou quatre jours, après lui avoir oint plusieurs fois tout le visage avec l’huile d’amandes douces tirée sans feu ; ensuite de quoi, son teint commença à s’éclaircir de telle sorte, que, l’ayant vu un an après, il me parut un des plus beaux enfants et des plus blancs qu’on puisse rencontrer.
« Or, pour se bien gouverner en cet accouchement, on y procédera de la même manière que quand l’enfant présente la tête par le côté, laquelle on redressera avec les mains, comme nous avons dit ci-dessus ; observant toujours de le faire le plus doucement qu’il sera possible pour ne pas meurtrir la face de l’enfant. »
Dans l’observation suivante, Mauriceau se sert d’un crochet pour retirer un enfant mort.
« Le 16 avril 1681, j’ai accouché une petite femme âgée de 33 ans, de son premier enfant qui était fort gros et présentait la face devant. Lorsque je fus mandé pour secourir cette femme, il y avait trois jours entiers qu’elle était en travail et deux jours que les eaux de son enfant étaient écoulées, et comme il n’était pas possible en ce temps-là de le mettre en bonne situation pour espérer que la nature le pût pousser d’elle-même dehors, et qu’il n’y avait pas lieu de le retourner pour le tirer ensuite par les
pieds, à cause que, toute la matrice étant à sec et disposée
pour l’inflammation, on eût fait à la mère une violence
mortelle, qui n’aurait pas manqué de faire périr aussi
l’enfant dans l’opération, quand il aurait été encore vivant, je fus obligé, pour ce sujet et à l’instante prière de tous les parents de cette femme, pour lui sauver la vie, de lui tirer du ventre son enfant en la situation qu’il était, avec le crochet, ayant une certitude morale qu’il était mort, à cause des humidités cadavéreuses qui sortaient de la matrice de cette femme, et que, suivant son rapport, elle ne l’avait pas senti remuer depuis un jour et demi. Néanmoins, après avoir ainsi tiré cet enfant, il ne me parut aucune corruption en tout son corps, ce qui pouvait faire croire qu’il n’y avait vraisemblablement que peu d’heures qu’il était mort, la puanteur des humidités qui sortaient de la matrice ne venant que des humeurs extrêmement échauffées qui avaient croupi en dedans, durant tout le temps de ce long et laborieux travail, nonobstant lequel cette femme, par le moyen du secours que je lui donnai dans cette urgente nécessité, se porta bien ensuite. »
Cette fois nous allons lire l’histoire d’un accouchement spontané par la face, et de plus, Mauriceau, qui nous la raconte encore, soupçonne fort sa cliente, qui était multipare, d’avoir été la cause de la mauvaise présentation de son enfant.
« Le 4 juin 1685, dit-il, j’ai accouché une femme d’un gros enfant mâle qui se portait fort bien, quoiqu’il vînt au monde la face devant. Comme c’était le second enfant de cette femme, je jugeai que, le passage ayant été suffisamment dilaté par la naissance de son premier enfant, ce second pourrait bien être poussé dehors en cette posture. C’est pourquoi, pour éviter la violence qu’il eût fallu faire
à cet enfant pour le réduire en une posture plus naturelle, je le laissai venir comme il s’était présenté, aidant seulement le mieux qu’il était possible à dégager la tête de l’enfant, et me gardant bien d’en meurtrir le visage et les yeux. Dans le moment que cet enfant naquit, il avait les deux lèvres si tort tuméfiées et si livides aussi bien que toute la face, qu’il en paraissait tout monstrueux ; mais, peu d’heures après sa naissance, tout son visage reprit sa figure et sa couleur naturelle. Cette femme m’avait envoyé quérir' un mois entier devant le temps qu’elle accoucha, croyant être dès lors en travail, à cause qu’elle sentait quelques douleurs dans le ventre qui venaient de ce que son enfant s’était tourné, lequel me parut en ce temps se présenter en la figure naturelle, qui depuis s'était apparemment changée par les trop fréquents exercices que la mère avait faits durant tout le neuvième mois de sa grossesse, comme font fort abusivement la plupart des femmes qui, croyant se procurer par ces sortes d’exercices un plus facile accouchement, sont souvent cause que leur enfant, qui s’en sent extraordinairement agité, prend une mauvaise situation » (Mauriceau, p. 279).
Du même auteur nous avons encore une autre observation d’accouchement par la face; mais Mauriceau ne nous donne cette fois aucun détail, si ce n’est que l’enfant était gros, la mère primipare et âgée de quinze ans. L’enfant ne vécut que cinq heures.
En 1765, de Lamotte (1) fut appelé près d’une femme en travail, chez laquelle une sage-femme, en pratiquant le toucher, prenait l’ouverture de la bouche de l’enfant pour la continuation du canal de la matrice. Il reconnut
(t) De Lamotte. i 765. T. I, p. 294.
la face, naturellement fit la version, et délivra la mère d’un enfant qui n’avait pas plus de sept mois.
Nous avons déjà eu l’occasion de parler d’une observation de Smellie, dans laquelle l’issue de l’accouchement avait été heureuse et naturelle. A côté de celle-là, Smellie place un autre cas dans lequel il dut fléchir la tête, après quoi il vit l’accouchement se faire spontanément.
Ainsi nous voyons, en parcourant tous ces faits, que si, dans quelques circonstances, on se décidait à laisser venir naturellement les enfants qui se présentaient par la face, la plupart du temps, au contraire, on sehâtaitd’intervenir, soit pour chercher à corriger la présentation, soit pour la combattre en pratiquant la version.
Nous voyons cette crainte des présentations de la face durer ainsi jusqu’àl’époque de madame Lachapelle, qui au contraire considère ces cas comme devant toujours se terminer aussi facilement que ceux du sommet. Malgré son opinion, un peu trop favorable peut-être, madame Lachapelle n’en cite pas moins, dans sa statistique de 72 cas, seulement 41 qui se terminèrent spontanément. Aussi, comme le dit à cet égard M. le professeur Depaul, nous pensons qu’il est bon cependant de faire quelques réserves et qu’on doit considérer les accouchements par la face comme offrant un pronostic sérieux pour la mère et plus encore pour l’enfant.
Tel était aussi Lavis de P. Dubois et Desormeaux, qui, en parlant du pronostic dans les présentations de la face, se prononcent de la façon suivante: « Nous pensons que les présentations de cette région de la tête ne peuvent pas, sous le rapport de la facilité et de l’innocuité de l’accouchement, être tout à fait assimilées aux présentations du sommet. »
Ce pronostic sérieux que nous portons, le sera d’autant plus qu’on aura affaire à des mento-postérieures.
Un des premiers effets de la longueur du travail et de la situation de l’extrémité céphalique, est la bosse sérosanguine donnant à toute la face une lividité quelquefois considérable.
Nous l’avons observée presque toujours dans les conditions d’un enfant à terme, mais nous devons dire que cette teinte ecchymotique peut, ou se répandre sur une grande surface, ou n’occuper qu’un point fort restreint, tel que les lèvres, par exemple. Nous avons parlé d’ailleurs de
ce fait dans nos observations, et nous venons de voir qu’on •
l’avait remarqué depuis longtemps. La conjonctive peut être également ecchymosée, et c’est même sur elle que les traces persistent le plus de temps. Si ce phénomène n’a jamais de conséquences graves, il n’en est pas moins vrai qu’il est bon de prévenir la famille de sa possibilité et de sa production, car beaucoup de mères seront réellement effrayées de l’aspect particulier que présente l’enfant.
11 n’y a donc là qu’un phénomène tout à fait transitoire et, quelques jours après sa naissance, l’enfant a ordinairement repris son aspect ordinaire. Les congestions des paupières sont encore citées par M. Depaul, comme pouvant prédisposer aux ophthalmies fréquentes, des nouveaunés, c’estlà déjà une conséquence un peu plus grave, bien que le traitement actuellement suivi pour ces sortes d’inflammation, même quand elles deviennent purulentes, arrive rapidement à en arrêter la marche.
Mais c’est surtout dans la grande extension de la tête que nous allons trouver l’explication des accidents les plus sérieux qui peuvent atteindre l’enfant se présentant par la face. Par le fait de la convexité du cou à sa partie anté-
Heure, la compression des grosses veines de cette région est à craindre, et l’apoplexie ou du moins la pléthére cérobrale, dit madame Lachapelle, peut en être le résultat.
Bien que ces faits soient rares, plusieurs observations dans lesquelles on avait trouvé de petites hémorrhagies cérébrales chez des entants nouveau-nés ainsi, ont été présentées à l’Académie de médecine par M. Parrot.
Tous ces faits viennent donc à l’appui de ce que nous disions plus haut, c’est à-dire que l’accouchement par la face doit être considéré comme moins favorable pour la mère et surtout pour l’enfant, que celui dans lequel le sommet se présente le premier.
Maintenant que nous avons indiqué quels étaient les dangers de certaines anomalies du mécanisme, que nous avons montré que, même quand ce mécanisme était normal, il pouvait retentir d’une manière fâcheuse sur la mère et sur l’enfant, il nous reste à parler des moyens à employer pour parer à ces dangers, pour aider un accouchement qui se prolongerait trop, et non-seulement quels sont ces moyens, mais encore quand et comment il faut les mettre en pratique. C’est là ce qui va faire le sujet de la dernière partie de ce chapitre.
Au moment d’en arriver à l’exposé des méthodes actuellement employées, nous ne rappellerons que pour la rejeter l’opinion de Baudelocque, qui voulait que dans les mento, postérieures on intervint au début du travail, afin de ramener la tête dans la flexion et de substituer ainsi une présentation du sommet. Cette théorie, cette manière de faire a été combattue longuement dans un mémoire publié par H. Chailly dans la revue médicale de l’année 1844 (1 ).
(1) Chailly, (H.). Revue médicale, 1844. T. I, p. 256.
Cet auteur, dans ce travail, s'appuie sur l’oppinion de P. Dubois, de Moreau, de Nœgelé et, après avoir émis cette proposition que, non-seulement il convient de ne pas intervenir, mais que c’est souvent par suite d’une intervention intempestive mise en usage dès le début du travail, ou d’une intervention mal dirigée (tractions directes) que des accidents se produisent, qu’on est disposé à mettre sur le compte de la présentation, il conclut en disant : «Bien que les présentations mento-postérieures puissent dans « certaines circonstances fort rares, donner lieu àdesacci- « dents graves (qu’on ait été ou non obligé d’intervenir), « on ne peut pas s’autoriser de ces accidents si exceptionnels « pour conseiller d’intervenir toutes les fois que le men- « ton sera situé en arrière au détroit supérieur, et pour « parer à une éventualité qui ne se réalisera probablement « pas, on ne doit pas compromettre à coup sûr la sûreté de « la mère et celle de l’enfant, en troublant intempestive- « ment la marche de la nature. »
Nous poserons donc en règle générale qu’il ne faut pas se hâter d’intervenir, nous pourrions presque dire qu’on intervient toujours troptôt; quand la tête cependant a franchi l’orifice, nous ne devons pas la laisser plus de trois heures dans l’excavation, la compression qu’elle y exercerait pouvant devenir pour la mère l’occasion de lésions graves.
Les moyens auxquels nous devrons avoir recours sont : 1° un procédé indiqué par M. le professeur Tarnicr et qui consiste à aller accrocher le menton avec l’index et à profiter d’une contraction pour aider la rotation. Bien que ; dans un travail tout récemment paru (1), un auteur aitcru
(1) Mattéi. Annales de gynécologie. Mars 1876.
devoir avancer que la rotation de la tête était un effet et non une cause, que c’était le tronc qu’il fallait solliciter à tourner pour obtenir la rotation de l’extrémité céphalique, nous continuons à nous ranger à l’opinion de nos maîtres et d’ailleurs des succès très-réels ont été observés après cette petite manœuvre si simple.
2° L’application du forceps ;
3° La version.
Il ne faut pas se hâter d’intervenir, avons-nous dit. Effectivement, le travail est toujours plus long dans ce genre d’accouchement que dans celui où le sommet se présente. Les raisons de cette prolongation en sont toutes dans la nature même de la région fœtale qui se présente et dans les conditions nécessaires au parfait fonctionnement du mécanisme. Comme le dit M. le professeur Depaul, la dilatation de l’orifice est moins rapide, parce que la forme de la face s’applique moins bien exactement sur le segment inférieur de la matrice.
Aussi, connaissant ces particularités, devons-nous ne pas nous départir de la plus grande surveillance, surtout vis-à-vis de la circulation de l’enfant. C’est surtout dans ce cas qu’il faudra ausculter avec soin et souvent. Tant que les pulsations fœtales transmises par le sthétoscope, appliqué toutes les dix minutes, seront régulières, bien frappées, nous serons tranquilles pour l’enfant, et tant que les contractions utérines seront soutenues, que l’état général de la femme sera bon, nous serons d’avis de laisser l’expulsion du produit de conception à la nature. Si, au contraire, les battements du cœur faiblissent, si leur rhythme se modifie, ou que, la santé de l’enfant restant bonne, la longueur du travail fatigue la femme outre mesure, si encore il y a plus de trois heures que la face a franchi l’ori-
fice utérin, et que néanmoins la rotation ne s’effectue pas, alors nous nous croirons autorisé à intervenir; et voici comment nous comprenons cette intervention dans chaque position que nous aurons constatée avec soin.
Position mento-iliaque droite 'postérieure. — C’est l’index gauche que nous introduirons jusque derrière le menton ; une fois là, prenant un point d'appui sur le maxillaire gauche de l’enfant, nous attendrons le moment d’une contraction utérine pour agir. Alors, appuyant sur le menton d’arrière en avant et de droite à gauche, nous verrons souvent, sous cette implusion, la rotation, qui se faisait attendre, s’effectuer facilement. Ce résultat obtenu, et le menton une fois ramené vers la branche ischio-pubienne droite, ou à la symphyse même du pubis, l’accouchement arrive au quatrième temps de son mécanisme, et nous allons bientôt voir le périnée bomber sous l’action de l’occiput qui le presse. C’est alors qu’il faudra nonseulement soutenir la tête qui se dégage, mais réellement aussi s’occuper du périnée qui menace de se rompre. Rappelons-nous, en effet, que l’occiput est obligé de parcourir toute la face antérieure du sacrum, que son chemin est longuet difficile avant qu’il sorte à la commissure postérieure, et que nous ne saurions prendre trop de précautions pour éviter une rupture.
Si, malgré l’emploi du doigt porté derrière le menton, nous n’avons pas pu parvenir à faire effectuer la rotation de la tête, c’est au forceps que nous aurons recours, à la condition de nous rappeler toujours que cet instrument ne doit nous servir qu’à seconder la marche de la nature, c’est-à-dire qu’à son aide nous devons nous efforcer de faire exécuter à la tête les mouvements qu’elle eût exécutés si l’accouchement eût été spontané.
Tout d’abord il est bien entendu que la situation de la femme aura été changée. On aura pris le soin de la placer en travers du lit, près du bord, le siège relevé par un coussin assez résistant, les jambes fléchies, les cuisses dans l’abduction et maintenues par deux aides.
Comment devons-nous appliquer le forceps dans la position mento-iliaque droite postérieure?
Le diamètre occipito-frontal, nous le savons, occupe le diamètre oblique gauche du bassin maternel, mais le diamètre oblique droit est libre à ses deux extrémités. C’est là, par conséquent, que nous devrons placer les cuillères de l’instrument, et en agissant ainsi nous sommes sûrs que la tête de l’enfant sera saisie comme elle doit l’être. On est dans l'habitude de commencer par introduire la branche postérieure la première, ce qui donne une plus grande facilité pour articuler. C’est donc dans ce cas la branche gauche que nous placerons d’abord. Introduisant donc les
I quatre derniers doigts de la main droite dans le vagin, nous atteindrons les bords de l’orifice, que nous aurons soin de dépasser en suivant la tête jusqu’à ce que l’extrémité de nos doigts pénètre dans la cavité utérine. Alors la main gauche qui tient la branche du forceps correspondante fait glisser la face convexe de la cuillère sur la paume de la main droite, jusqu’à ce que l’extrémité de cette cuillère soit elle-même dans l’utérus. Rappelons ici que, dans les applications obliques, les seules que nous devrons faire ailleurs qu’à la vulve et au détroit inférieur, la cuillère doit reposer à plat par son côté bombé sur la symphyse sacro-iliaque (la gauche dans l’exemple que nous avons choisi), et que, par conséquent, une fois l’instrument placé. le manche doit présenter sa plus grande largeur dans un plan presque horizontal. Ce premier temps de
l'opération accompli et la branche confiée à un aide, nous procéderons à l’introduction de l’autre branche. Cette manœuvre nous sera facile, et nous serons certains de bien placer notre cuillère si nous avons le soin de bien suivre avec le manche, et en l'effleurant, la cuisse gauche de la mère. Grâce à l’observation rigoureuse de cette règle, nous amènerons toujours notre seconde cuillère en rapport avec l’éminence ilio-pectinée du côté droit, c’est-àdire que la tête sera prise suivant son diamètre bi-pariétal.
Après avoir articulé les branches, pris les précautions nécessaires, c’est-à-dire s’être assuré que la tête est prise, bien et seule prise, il ne reste plus qu’à procéder à la traction.
Celle-ci doit être faite d’abord directement en bas, et de manière à exagérer l’extension de la tête. Tout en tirant doucement, lentement, dans l’axe du bassin, nous exécuterons alors la rotation de la tête, en ramenant le menton sous les pubis. Cette manière d’agir est de la plus grande importance, et, comme l’a dit M.le professeur Depauldans ses Leçons cliniques : « Il faut opérer avec le plan bien « arrêté de ramener le menton en avant avec le forceps, « sous peine de s’engager dans des difficultés insurmon- « tables. J’ai vu nombre de ces cas de présentation de la « face mento-postérieure dans lesquels on avait appli- « qué le forceps et fait les tractions les plus énergiques « sans rien obtenir, quoique le bassin fût bien conformé « et l’orifice complètement dilaté ; tandis qu’au contraire, « si l’on ramène le menton en avant en exécutant avec « l’instrument le mouvement de rotation qui ne s’est pas « produit, on fait disparaître toutes les conditions défavo" « râbles, et, quoique cette opération ne soit pas toujours « aussi facile à réussir que dans les présentations du som-
« met, on termine habituellement avec une assez grande « facilité des accouchements pour lesquels des médecins « peu expérimentés avaient employé inutilement plu- « sieurs heures d’efforts énergiques et souvent très-nui- « sibles. »
D’ailleurs, Chailly (fl.), que nous avons déjà cité plus haut, dans un second Mémoire de la même année et publié aussi dans la Revue médicale , à propos des cas de présentation de la face dans lesquels on est obligé d’intervenir, s’exprime ainsi : « Il faut appliquer le forceps « toujours dans le but de ramener le menton en avant, à « moins que le bassin ne soit très-large, les organes ex- « térieurs très-extensibles, le fœtus mort et ramolli par « suite de sa mort, toutes circonstances qui peuvent au- « toriser les tractions directes. »
C’est donc là,, on le voit, un point du manuel opératoire auquel il faut attacher une grande importance. Une fois qu’on l’aura exécuté, le reste de l’accouchement ne diffère en rien de l’accouchement par le sommet. La manœuvre qui reste à faire est la même, bien qu’avec un résultat différent, puisque c’est autour du menton , comme centre, que va pivoter la tête; mais c'est toujours en ramenant en haut les branches du forceps, en leur faisant décrire un cercle, jusqu’à ce qu’elles arrivent à être couchées sur l’abdomen de la femme, qu’on obtiendra le dégagement de la tête. Pendant ce mouvement, exécuté de la main droite, le pouce de la main gauche maintiendra le front, tandis que les autres doigts de la même main prendront un point d’appui sur le périnée.
Position mento-iliaque gauche antérieure. — Lesr abonnements que nous venons de faire précédemment nous dis-
pensent d’entrer dans beaucoup de détails pour la position mento-liiaque gauche antérieure. Tout d’abord, on comprend que, vu le peu de chemin que le menton doit parcourir pour parvenir sous la symphyse pubienne, on aura moins souvent à intervenir et que, devrait-on en arriver là, les manœuvres nécessitées par cette intervention seront plus faciles et moins longues. En tenant compte des nouveaux rapports contractés par la partie fœtale qui se présente, si nous voulons avoir recours au procédé indiqué par M. Tarnier, c’est avec l’index droit que nous irons accrocher le menton. Si c’est au forceps que nous nous adressons, en appliquant au cas présent les règles que nous avons exposées pour la mento-iliaque droite postérieure, on verra facilement que c’est encore par la branche gauche que l’on devra commencer l’application, et qu’une fois les branches articulées, la rotation devra être faite de gauche à droite.
Version. — Sans vouloir ériger en règle, comme on l’a fait (1), que la version doit être tentée avant tout, et que c’est seulement quand elle est impossible que l’on doit avoir recours au forceps, nous rappellerons, que dans certains cas, cependant, c’est l’opération qui, seule, offrira des chances de succès. Aussi, par exemple, si dans une présentation de la face on constate la procidence d’un bras, il est bien certain que la seule conduite à tenir sera de repousser la partie fœtale qui se présente et d’aller à la recherche des pieds. Nous n’avons pas évidemment à décrire la manière de faire la version, cela sortirait du
cadre que nous nous sommes imposé. Si nous avons donné
(1) Crousse. Thèse de Paris. 1844.
un peu d’étendue à la description des applications de forceps, c’est qu’il y avait certains points spécialement intéressants, au point de vue de notre sujet. Mais, pour la version, les conditions dans lesquelles on doit la pratiquer, les règles qui doivent présider au manuel opératoire, sont les mêmes pour ce cas et pour une présentation de l’épaule par exemple; aussi nous bornons-nous seulement à la mentionner.
Avant de terminer ce chapitre, nous pensons, cependant, devoir dire un mot de ce qui resterait à faire si les procédés que nous venons de passer en revue étaient rendus impossibles, et tel serait, par exemple, le cas dans un rétrécissement suffisant pour s’opposer à la sortie de la tête. Alors, l’intérêt de la mère doit seul éveiller toute la sollicitude de l’accoucheur qui, dans une pareille circonstance, sera autorisé à demander au céphalotribe la fin du travail.
Le travail que nous venons de faire ne nous permet pas de poser des conclusions. Comme nous le disions au début, nous avons voulu uniquement faire ressortir quelques particularités, certains faits intéressants, observés par nous dans les présentations de la face. Notre plus grand désir est de voir cette étude offrir quelque intérêt à ceux qui voudront la continuer et l’approfondir.
Nous avons dû passer sous silence certaines remarques que nous avons faites à propos du mécanisme de la production, parce que les observations qui nous y ont couduit ne sont pas en assez grand nombre, et qu’il ne suffit pas d’entrevoir une théorie pour l’exposer sans des preuves à l’appui. Nous nous proposons, d’ailleurs, de ne pas abandonner ce sujet et d’en continuer l’étude, quand il
nous aura été donné de rassembler une plus ample provision d’arguments.
Qu’il nous soit permis, en terminant, d’adresser nos plus sincères remercîments à nos maîtres éminents qui, dans leurs cours et par leurs écrits, nous ont inspiré le goût de l’étude si intéressante, mais si complexe, de l’obstétrique.