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CHAPITRE V

Pathogénie.

Pour expliquer la pathoténie des kystes dermoïdes en général, on a émis un certain nombre de théories dont quelques-unes nous ont paru intéressantes à étudier.

Nous ne parlons que pour mémoire des premières théories qui nous font sourire aujourd'hui et qui, tant était grande la crédulité de nos devanciers, ont joui pendant des siècles d’une certaine autorité : les maléfices, le mauvais œil, etc.

Au siècle dernier, la théorie la plus originale, mais sans fondement, était celle des Incubes, émise et défendue par Schacher qui prétendait que les tumeurs dont nous parlons étaient le résultat d’un commerce illicite avec l'esprit malin.

Ce n’est qu’en 1815 que Meckel fonda sa théorie (Lucina sine concubitu), point de départ d'une théorie beaucoup

plus intéressante, la parthénogénèse, qui devait avoir son

heure de célébrité et ses partisans.

Cruveilhier (1) en 1849 divise les kystes dermoïdes en profonds et superficiels. Les premiers sont rapportés à déux causes principales : les kystes par rétention développés aux dépens des follicules pileux, et les kystes formés

(1) Cruveicmier, Anatomie pathologique, p. 360.

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de-toutes pièces se développant aux dépens d’un tissu nouvèau. Cette première théorie, la seule qui ait quelque mérite ne tarda pas à être rejetée. L’auteur en effet confond les kystes dermoïdes sous-cutanés avec les lipomes et les kystes par rétention ; il ne donne aucune explication sur l’évolution des kystes formés de toutes pièces dont il se contente de signaler l'existence et ne nous dit pas d’où vient ce tissu cutané nouveau.

Geoffroy St-Hilaire considère le kyste dermoïde le plus simple comme unindividu primitivement distinct qui s’est soudé à un autre, a tenté, sans y réussir du reste, de se développer aux dépens de ce dernier ; il est resté par conséquent incomplètement développé.

Attaquée successivement par Lebert, Broca et Lannelongue, la théorie de la diplogénèse n'est plus possible à soutenir aujourd’hui, car elle n’est applicable qu'à quelques cas particuliers et non à la généralité.

Lebert (1), après avoir combattu les idées de Geoffroy St-Hilaire, appliqua à tous les kystes dermoïdes sa loi de l’hétérotopie plastique : « Des tissus simples ou composés et même des organes plus complexes peuvent se former de toutes pièces dans des parties du corps où, à l’état normal, on ne les rencontre point. » Cette théorie a été réfutée par Trévoux (2) : « L’hétérotopie, dit-il, ne fait que constater le fait de l'existence d’un kyste dermoïde dans un organe où normalement il n'y a pas d'éléments épidermiques. Mais comment ce kyste a-t-il pu se former dans cet or-

(4) Leserr, Des kystes dermoïdes et de l'hétérotopie plastique en géné-

ral. Mémoires de la Société de Biologie, 1852, t. IV, p. 203. (2) Trévoux, Loco citato.

gane ? Aux dépens de quels éléments s'est-il dévéloppé ? Est-ce une formation de toutes pièces ? L’hétérotopie plastique ne peut nous l’apprendre. En réalité, la doctrine de l’hétérotopie de Lebert est la constatation d’un fait, mais ne saurait être élevée au rang de théorie pathogénique. »

Remak et Helsch (1) voient dans le kyste dermoïde le résultat d’une invagination dans l’intérieur du corps de parties de la peau riches en cheveux. Cette théorie n’est applicable qu'aux kystes dermoïdes du cuir chevelu.

Virchow (2) fait rentrer les kystes dermoïdes dans la catégorie des tumeurs tératoïdes, tumeurs formées par des cellules indifférentes. Ce n’est là qu’une seconde édition des idées de Lebert ; car Virchow, comme Lebert, constate les faits, mais n’essaye pas de les expliquer. Cohnheim et Kælliker admettent les idées de Virchow.

Billroth (3), dans son Traité de pathologie chirurgicale fait des kystes sébacés des kystes par rétention.

Lucke (4) donne plus d’étendue à la théorie de Remak, mais sans pouvoir expliquer la généralité des faits. Il en est de même des idées de Fraenkel (5) qui admet l'invagination du feuillet externe du blastoderme et ne l’applique qu'aux kystes simples.

Vint ensuite la théorie de parthénogénèse qui découle des idées émises par Remak et qui a compté d’illustres défenseurs tant en France qu’à l'étranger. Basée sur des trans-

) FRAëNKEL, Wiener medic. Wochenschrift, 1883, n° 28. ) Vircuow, Pathologie des tumeurs.

) Bizcroru, Traité de Pathologie chiruraicale.

) FRABNEEL, Loco citato.

5) FRAëNKEL, Loco citato.

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formations cellulaires successives, la parthénogénèse qui à première vue paraît satisfaire l’esprit, a comme un certain nombre de théories précitées le grave tort de ne s'appliquer qu'à un nombre très restreint de faits à expliquer. Parmi les défenseurs de cette théorie citons en France Mathias Duval (1), à l'étranger Œllacher (2), Waldeyer et Lawson Tait (3).

Nous arrivons à la théorie de l'enclavement que les Allemands attribuent à tort à Remak et dont Verneuil (4), avait jeté les bases en 1855 et 1858, théorie aujourd’hui admise par tous. Les kystes dermoïdes dérivent du feuillet externe du blastoderme par suite de l’enclavement de celuici dans les tissus sous-jacents. Ces données, appliquées d’abord aux kystes du pourtour de l'orbite se sont généralisées-et on peut les appliquer aux kystes dermoïdes du voile du palais que nous étudions. Elles ontété particulièrement développées et soutenues dans le Traitédes kystes congénitaux de Lannelongue et Achard (1), et résumées dans cette phrase : « Cette théorie considère les kystes dermoïdes comme dérivant du tégument cutané de Pembryon dont une portion, restée pour ainsi dire en arrière pendant le développement fœtal, se serait enclavée au sein des autres tissus et aurait par son accroissement ultérieur donné lieu à la formation d’un kyste. » :

(1) Marmias Duvaz, Sur la segmentation sans fécondation. Société de Bio- . logie, 1884, t. I.

(2) OEcracner, Die Veranderungen der unbefruchteten Keimes der Huhmereier u. Eületer. Leïpsig, 1872.

(3) Lawson Tair, Maladies des ovaires, Traduction 1886.

(4) Verneui, Société -anatomique, 1855 et 1858, Arch. de méd. 1855, vol. I, p. 641 et vol. II, p.24, 191 et 299.

(5) LANNELONGUE et AcHarp, Traité des kyste he

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Les expériences de Masse et surtout les recherches embryologiques actuelles sont venues corroborer les faits avancés par Verneuil. Le développement de la voûte palatine en deux parties symétriques si bien mis en lumière par Hertwig (1), l'examen des embryons, les faits de gueule de loup sont les meilleures preuves que l’on puisse donner en faveur de l’enclavement qui, comme le dit Comby, s’applique à toutes les tumeurs dermoïdes (2).

Pour préciser davantage, nous rappellerons qu’au début de la vie embryonnaire, l'épiderme à l'extrémité antérieure de l'embryon se déprime en une fossette dont le fond est constitué par une membrane : la fossette s'appelle la fossette buccale et la membrane, la membrane pharyngienne.

Cette membrane est formée à l'origine par l'ensemble des feuillets externe et interne du blastoderme et sépare par conséquent la fossette buccale de l'intestin antérieur. Mais elle n’a qu’une existence transitoire ; elle s’atrophie très vite et alors la cavité buccale proprement dite communique sans démarcation avec la cavité pharyngienne.

Le pourtour de la fossette buccale primitive vient alors constituer l’orifice de la bouche définitive et cet orifice qui est d’abord très régulier ne tarde pas à prendre un contour inégal. En effet, il est bientôt soulevé de chaque côté par deux bourgeons : l’un inférieur ou bourgeon maxillaire inférieur, l’autre supérieur, bourgeon maxillaire supérieur. Ces bourgeons sont constitués par un épaississe-

(1) Herrwic, Traité d'embryologie de l’homme et des vertébrés. Traduction A. Juzn.

(2) Comry, Traité des maladies de l'Enfance, V, p. 855.

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