À MON PRÉSIDENT DE THÈSE
MoxsIEuR LE PRroressEur BROCA
PROFESSEUR A LA FACULTÉ DE MÉDECINE CHIRURGIEN DES HOPITAUX CHEVALIER DE LA LÉGION D'HONNEUR
… La guerre actuelle a, par le grand nombre des blessés qu’elle a fournis, mis sous les yeux des chirurgiens, des plaies extrêmement variées. Les guerres précédentes Russo-Japonaise, des Balkans, Italo-Turque, avaient déjà permis de juger ce que seraient les plaies produites par les nouveaux engins de guerre. Jamais cependant, la diversité des sujets n'avait été telle, jamais la chirurgie n'avait pris pareille extension, et n'avait eu affaire à une aussi grande variété de blessures, quant à leur forme et à leurs causes.
Dans notre travail, nous nous proposons d'étudier les cas,-où des projectiles, éclats d'obus, de grenades, babes de fusil, shrapnells, ont pu, à des profondeurs variables, pénétrer l'intimité des tissus, puis l’intérieur d’un vaisseau (parfois de gros calibre) et, sans avoir déterminé d’hémorragie immédiate, être lancés dans la circulation.
Nous essayerons d’abord d'expliquer la genèse de la pénétration intravasculaire. Puis, frappés par le fait que la perforation du muscle cardiaque, de l'aorte, de la fémorale, etc., aient pu dans ces cas ne pas donner nais-
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sance à une hémorragie foudroyante, nous rappellerons quelques données sur les plaies vasculaires sans hémorragie, ajoutant deux observations à titre d'exemples.
Considérant le projectile lancé dans le torrent circulatoire, nous nous efforcerons d'indiquer les conséquences fàcheuses que peut entrainer sa présénce ; nous indiquerons ensuite les quelques observalions rassemblées de projectiles migrateurs dans les voies vasculaires, observations déjà publiées à l'exception de celle que nous devons à l’amabilité de M. le Docteur Mazet.
Enfin, dans un dernier chapitre, nous tâcherons d’énumérer les symptômes, les moyens qui permettent de poser le diagnostic en insistant sur l'utilité de la radioscopie, et du contrôle intermittent par l'écran.
Nous terminerons notre travail en discutant brièvement la thérapeutique chirurgicale des corps étrangers mobiles dans le système vasculaire.
Pénétration du projectile à l'intérieur
du vaisseau.
Soit, par exemple, une balle de fusil. Elle est chassée avec une force vive représentée par la formule % m +? mne varie pas. La vitesse v, diminue proportionnellement au chemin parcouru, ou à la résistance qui lui est offerte dans sa course. D'un maximum de valeur initiale, 34 m +? tend constamment vers zéro. Supposons qu’au moment où la force vive est relativement faible, la balle rencontre un obstacle constitué par un corps humain. L'énergie rémanente permettra à la balle de pénétrer dans les tissus
es + AA
jusqu'à une cerlaine profondeur. Supposons encore qu'à l'instant où la force vive devient nulle, la balle se trouve dans une cavité cardiaque, oudanslalumière d’un vaisseau elle y restera, et devenue corps étranger intra-vasculaire, pourra dès ce moment suivre la route que lui traceront la pression sanguine, et, dans certains cas, la pesanteur. À
Certes, dans la grande majorité des cas, la cavité cardiaque intéressée, le vaisseau perforé, donneront lieu à une hémorragie externe ou interne, et d'autant plus dangereuse que le calibre du vaisseau sera plus grand et le corps étranger plus volumineux. Cependant, on
connaît depuis longtemps des exemples de blessures
vasculaires sans hémorragie. Il est fréquent, dans les
- ambulances de l’avant d'observer dans les gros trauma-
tismes des membres, des sections complètes d’artères importantes, dont l’hémostase s’est faite spontanément. Tous les chirurgiens ont vu des cas de ce genre, pendant la guerre, et c’est ce qu'il a été convenu d'appeler
plaies sèches des vaisseaux.
Plaies vasculaires et du cœur sans hémorragie.
L'assimilation du cœur à un muscle creux est depuis longtemps classique. Si, en vérité, la fibre musculaire cardiaque possède une individualité propre, et quelques particularités histologiques, elle n’en reste pas moins soumise aux mêmes lois physiques et chimiques que la fibre musculaire en général. Or, l'expérience a démontré, que lorsqu'un corps étranger doué d’une
force vive assez grande vient à rencontrer un muscle, celui-ci lui livre naturellement passage, et, si ce corps étranger est relativement petit, les fibres musculaires, brusquement écartées pendant son passage, reviennent sur elles-mêmes, s’accolent à nouveau; il est parfois difficile de reconnaître le trajet. La contraction des fibres aide souvent à dissimuler la direction suivie par le corps traumatisant. C’est le cas pour les blessures musculaires par instruments piquants. C’est aussi ce qui s’est présenté maintes fois au cours de la guerre actuelle, par des lésions musculaires par balles, ou petits éclats d'obus. |
Le raisonnement portait à croire que le cœur véritable muscle ait pu se comporter parfois de même manière. Bien avant la guerre, M. Morestin avait publié dans les Archives générales de Médecine, en 1903, sous le lilre de Plaie du cœur, une observation personnelle de plaie du ventricule droit avec projectile libre dans le ventricule. L'acte opératoire n'eut lieu que de longues heures après la blessure. Il est cependant évident que. pendant tout ce temps la plaie cardiaque ne laissa pas en communication conlinuelle la cavité ventriculaire et la séreuse péri-cardiaque.
Depuis la guerre, MM. Ombredanne et Ledoux-Lebard dans leur livre De la localisation des projectiles rappellent le cas d’un projectile migrateur dans le système vasculaire rapporté par Grandgérard. Dans ce cas, l'éclat après avoir pénétré dans la veine fémorale, aurait élé retrouvé dans le ventricule droit.
Le Bulletin et Mémoires de la Société de Chirurgie