CHAPITRE IV Pathogénie
LS
On ne peut plus à l’heure actuelle admettre, sur la pyohémie spontanée, l’ancienne théorie de Teissier, pour lequel le sang pouvait créer le pus de toutes pièces. :
Il faut pour que cela ait lieu, que les microbes entrent dans l’organisme, luttent et s’y développent.
Il existe toujours une porte d'entrée ; mais par+ fois elle peut échapper à nos investigations cliniques ; elle nous est inconnue, nous ne pouvons la diagnostiquer. Nous savons d'autre part, que les pyogènes existent à l’état latent dans certaines parties du corps et qu'ils sont tout prêts à pénétrer, par la moindre fissure, dans nos tissus et y produire des désordres par l’exaltation de leur virulence.
La porte d'entrée peut-être récente ou ancienne.
Porte d'entrée récente. — Deux cas peuvent se présenter.
1° L'infection se fait par une solution de continuité, de la peau ou des muqueuses, par une simple desquamation épithéliale qui échappent à l'examen clinique le plus soigneux soit parce que elles sont
profondément situées, ou parce que trop petites, elles passent inaperçues.
Nos téguments, nos muqueuses sont trop souvent le siège d’excoriations ou de lésions insignifiantes, pour que des portes d’entrée de cette nature, suffisantes pourtant pour la pénétration des microbes, puissent être retrouvées au moment de l’éclosion des accidents. Parmi ces lésions nous pouvons citer les lésions de grattage, des écorchures autour des ongles, des maux de gorge insignifiants, etc.
Si l’on va plus loin, on s’apercevra que les organes internes, l'intestin notamment peuvent facilement offrir de petites lésions tout à fait ignorées par le malade et pourtant capables de créer une porte d’entrée aux pyogènes.
Dans ces conditions, nous devons admettre que chez un sujet prédisposé, une infection grave peut résulter d’une lésion infiniment minime et de fait, ne voyons-nous pas des maladies mortelles, comme le tétanos, être la conséquence de petites blessures ou bien la rage éclore après l’écorchure presque inévitable produite par la dent de l’animal malade.
Ce que nous voulons prouver ainsi, c’est que dans certaines conditions, la gravité de l'affection peut n’être pas en rapport avec l'importance de la lésion originelle.
Ce qu'il faudrait savoir, c'est dans quelles conditions l'affection évolue avec cette gravité et ici nous
est
devons admettre l’influeuce prépondérante du terrain. Malheureusement, nous ne sommes pas assez avancés dans l'étude de la chimie de l’organisme et des conditious de ses réactions pour pouvoir émettre une opinion à ce sujet. Tout au plus pouvons-nous chercher l'influence de la misère, l'alcoolisme, le surmenage, etc. Mais quend nous aurons constaté cette influence, nous devons nous arrêter devant l'impossibilité de lui assigner un mode d’action. |
2° La pénétration des microbes se fait par la peau ou les muqueuses saines. ou plutôt saines en apparence.
Peau saine. Les expériences de Gané et Wasmuth ont démontré que la peau saine n'est pas un obstacle à l'introduction des microbes. Ils se localisent probablement entre les cryptes des bulbes pileux ; de là passent dans l'organisme. Les ouvertures des glandes sébacées et sudoripares ne servent pas de porte d'entrée. |
Ces expérimentateurs ont remarqué qu’une simple ouverture sur la peau avec une culture pure donne des résultats négatifs. Mais après une légère friction, la peau saine des hommes et des animaux devient perméable aux microbes pathogènes vulgaires et qu'une fois pénétrés, ils occasionnent des troubles locaux et généraux.
L'exemple le plus frappant de ce mode d'infection semble être la mort du D' Blanc, de Lyon, survenue
Ode
à la suite d’une septicénné aiguë, contractée en soignant une femme atteinte d'affection puerpérale.
On ne put découvrir sur les mains du malheureux médecin, aucune trace d’éraillure et d’excoriation justifiant l'entrée des germes infectieux.
Muqueuse intestinale saine. La muqueuse intestinale saine peut permettre le passage des pathogènes. Kocher, le premier, affirma celte voie assez fréquente.
On a dit que la pustule maligne pourrait se développer à la suite d’ingestion d’aliments infectés ; on admet d’autre part que l'infection tuberculeuse peut se faire par la muqueuse intestinale ; dans ce cas « les bacilles traversent la couche épithéliale, atteignent les parois des intestins au moyen des lymphatiques.
Ne peut-on admettre pour les pyogènes vulgaires ce que l’on admet pour le bacille charbonneux et pour le bacille de Koch ? | |
Muqueuse broncho-pulmonaire saine. Si l’on accepte comme possible la pénétration de la muqueuse intestinale par les microbes, on doit, a priori, admettre celle de la muqueuse pulmonaire ; elle semble pouvoir s'effectuer d'autant plus facilement que les dernières ramifications bronchiques ne sont tapissées que par une seule couche de cellules cylindro-cubiques.
Le revêtemant épithélial intact des alvéoles, qui, si facilement, laisse passer les poussières inertes, peut donc aussi se laisser pénétrer par des microorganismes vivants,