OBSERVATION II
Jeanne B..., 36 ans® Entre avec un certificat dont voici des extraits : « B... est atteinte de lypémanie avec idées de suicide; elle pa-
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« raissait absolument étrangère à tout ce qui se passait autour { delle, elle gardait un mutisme absolu, refusait de prendre aucune « nourriture et était tout à fait gâteuse. D'ailleurs son regard ter- « rifié, hagard, ses traits convulsés, les cris qu’elle poussait sem- « blèrent indiquer qu’elle avait quelques hallucinations visuelles « pénibles. Puis tout à coup elle s’est mise à parler disant qu’elle (« ne se souvient pas de ce qui s’est passé les jours derniers, mais « manifestant nettement l'intention d’en finir avec la vie et rappe- « lant avec détails les tentatives de suicide auxquelles elle s’est « déjà livrée (Ouverture de veines, pendaison). »
La malade arrive étroitement camisolée et les personnes qui l’accompagnent recommandent la plus étroite surveillance.
Elle ne peut donner aucun renseignement sur sa famille.
Elle est venue d’Italie à Toulouse, à 23 ans, comme bonne, puis elle vinthabiter Nancy où elle fut fille publique pendant huit ans.
Elle essaya de se brûler avec une bougie, désolée d’avoir été quittée par un ami, mais quand elle sentit le contact du feu elle arrêta vivement sa tentative.
Commeelle ne payaitpas sa propriétaire, celle-ci la mit à la porte: elle raconte alors que, ne sachant rien faire, se voyant menacée de misère, elle craignait d’être réduite à la mendicité et de ne pouvoir pas rentrer dans son pays; c’est pour sortir de cette situation qu’elle fit ses tentatives de suicide.
On constate simplement un fond de débilité mentale accru par la misère et les privations.
Le certificat de quinzaine conclut au non-placement dans un asile d’aliénés « mais c’est une fille qui ne sait rien faire, qui n’a « jamais travaillé, dont l'intelligence n’est pas assez forte pour ne « pas ressentir quelque ébranlement d’un régime irrégulier, des « conséquences de la misère, il est donc à craindre que cette mal- « heureuse menacée de se trouver bientôt sans ressources, ne se « livre de nouveau à quelque acte fâcheux. »
Elle fut mise en liberté, et à quelque temps de là, arrêtée de nouveau dans un autre département, dans des circonstances analogues, à celles qui amenèrent Ja première arrestation. Placée dans un