OBSERVATION I
Lucie-Rose R..., 22 ans. (Extrait du rapport äe 1896, de M. Paris.)
« Adressée à nous après une simulation de folie et de tentative « de suicide. Arrêtée causant du scandale sur la voie publique, « elle fut mise en observation dans un hospice où elle se pendit, « mais en ayant soin de tenir d’une main la partie du lien appli- « quée sur le cou, supercherie que ne remarqua pas la surveil- « lante qui vint couper la corde et qu’appelait le bruit fait par la « pendue. Dès le lendemain de son entrée à Maréville, cette femme « nous faisait l’aveu de sa simulation et nous constations que nous « n’étions qu’en présence d’une paresseuse qui voulait se faire hos- « pitaliser et la meilleure preuve que nous étions dans le vrai, « c'est que, mise en liberté avec quelques secours elle ‘est allée « jusqu’à Epinal et revenue peu de temps après vagabonder à « à Nancy simulant de nouveau la folie pour se faire réintégrer à « l'asile dont le régime lui plaisait. »
Le certificat médical accompagnant la malade la déclarait atteinte ce lypémanie, avec tendances au suicide. A l’hospice qui larecueillit tout d’abord, elle ne cessait de geindre et d'appeler la mort, et fit sa pseudo-tentative de suicide dans un escalier très fréquenté. Cette tentative simulée faillit lui coûter cher ; ne pouvant se détacher elle-même elle fut vite fatiguée de teniy la corde'et, quand on coupa les liens qui la retenaient, elle était menacée de syncope.
A son entrée à l'asile, la malade change absolument d’aspect,
Lorsqu'on l’interroge sur les circonstances mêmes de sa tentative de suicide, elle en parle en riant, disant qu’elle ne reconmencerait plus et qu’elle l’avait faite pour attirer l’attention sur elle, de façon à être placée quelque part.
Fille d’un alcoolique brutal, et d’une mère morte de maladie inconnue, jeune encore, R... est malformée physiquement. Grande, très maigre, face osseuse asymétrique, lèvres lippues, saillantes, avec prognathisme, crâne étroit, oreilles grandes, carrées, mal ourlées. Mauvaise tenue, sale et décoiffée constamment. Boite très fortement: pied-bot varus équin et luxation congénitale de la hanche.
Dénuée de toute instruction, elle n’a jamais travaillé, passant son temps à vagabonder et mendier. À l’asile même, elle ne cherche pas à se rendre utile.
A l'interrogatoire, on ne note plus qu’une mobilité extrême des idées, liée à de la débilité mentale.
On la déclare non aliénée, en indiquant qu'en raison deson passé et de ses infirmités physiques sa place serait dans un dépôt de mendicité.
Etrangère au département, elle est rendue à la liberté complète. mais avec un secours assez important.
Deux mois après, elle rentre après avoir fait du tapage dans les rues, insultant les passants, et frappant ceux qui la maintenaient, elle continue à simuler un certain temps à l’asile où elle fait un séjour d’un mois. Sort de nouveau dans les mêmes conditions et avec les mêmes réserves qu’autrefois, relatives à son passé et à ses infirmités.
Elle n’a pas reparu.