OBSERVATION III
Pierre P..., âgé de 24 ans.
Aucun renseignement sur les antécédents héréditaires. D’une intelligence débile P... n'a jamais travaillé; bien que fils de parents assez fortunés, il n’a jamais pu apprendre grand’ehose, malgré les efforts de sa famille: c’est à peine s'il sait lire et écrire,
Entré au régiment depuis deux ans et demi, il n’a jamais pu obtenir un grade ni un insigne quelconque. Son éducation militaire n'est guère plus avancée qu’à son entrée. Par moments il refuse d'obéir à ses supérieurs, aussi est-il constamment puni. C’est la risée de toute sa compagnie, tous ses camarades lui font des farces dont il ne se doute pas : il rit niaisement, sans s’apercevoir qu’on se moque de lui.
Quand il a de l'argent, il est à la merci de ses camarades qui.le grisent, l'emmènent dans des maisons de prostitution, qu’il quitte ayant dépensé tout ce qu'il avait en une seule sortie. Aussi, malgré la position de sa famille, il est toujours sans le sou et passe son temps à tourmenter les autres soldats pour avoir du tabac, Il s’ennuie beaucoup et s’effraie du temps supplémentaire qu'il aura à passer à la caserne en compensation des nombreux jours de prison dont il a été frappé.
Brusquement, un matin, pendant un exercice de service en campagne, P... dépose son sac etson fusil et refuse d’aller plus loin. Le lieutenant le prie de reprendre ses armes, il refuse « parce que c’est impossible, dit-il, il y a des trous devant moi et j'ai du feu plein la tête ».