OBSERVATION VII
C'est une femme entrée en 1896 à Maréville, transférée d’un asile du Nord. Ses antécédents personnels et héréditaires sont lourdement chargés ; elle avait eu six ans auparavant une atteinte d’aliénation mentale, une de ses sœurs est morte dans un asile.
D'un caractère excentrique, il semble qu’elle ait eu des manifes-
tations hystériqnes dans sa jeunesse : elle s’est mariée mais n’a pas tardé à se séparer de son mari; depuis ce moment, elle a, voyagé dans toute la France et en dernier lieu s’est trouvée loin de son pays natal, ayant des démêlés avec un sous-préfet et de nombreux curés. Elle présentait à son entrée des idées de persécution très systématisées et de l’excitation maniaque.
Cet état s'était amélioré très lentement, elle était devenue calme, ne s’agitait plus, travaillant très régulièrement. Comme elle demandait fréquemment sa sortie, et que sa situation était très améliorée, on lui fit savoir qu’elle pourrait être transférée dans un hospice ordinaire, en attendant sa mise en liberté probable. Elle fut d’abord enchantée, puis, avec la mobilité des dégénérés, elle fut aussi vite prise de peur, et redouta le moment de sa sortie. Contrairement à ses habitudes antérieures, elle se mit alors à quitter tout travail, se promenant dans la cour, ia tenue mal soignée, dansant et chantant ; elle se livrait à cette comédie presque exclusivement au moment des visites médicales, disant qu’elle n’allait pas bien et qu’elle se sentait impropre à toute occupation. Cet état dura tant qu’elle craignit sa sortie, puis quand elle jugea que le moment était passé, elle redevint tranquille ; elle est actuellement relativement raisonnable, maïs en raison de son caractère irritable, de son impressionnabilité spéciale, de l'insuffisance de son travail, elle est incapable de vivre en liberté. Elle s’en rend compte elle-même, ainsi que l’attestent ses derniers troubles simulés.
Encore üne observation qui montre bien toute l’importance de l’étude complète des antécédents des simulateurs, qui montre aussi comment le simulateur peut encore être victime de sa simulation, qui peut le conduire réellement à la folie, comme la simulation de tentatives de suicide peut aboutir quelquefois à un suicide réel et involontaire.
Cet exemple montre en outre, comment l'association d’une névrose (l’hystérie dans le cas particulier) de dégénérescence mentale inférieure, et de simulation, peut
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entraîner à l'erreur, en noyant, en quelque sorte, les troubles simulés dans les troubles réels.