OBSERVATION DE MÉRY ET TERRIEN
Un cas de syphilis pharyngée et pulmonaire ay ant simulé de tous points la tuberculose.
L'observation suivante concerne un enfant de neuf ans, porteur d'une vaste ulcération pharyngée et de lésions pulmonaires accusées. ;
L'ulcération pharyngée, superficielle, accompagnée d'une adénopathie sus-maxillaire considérable, présentait de tous points les caracfères des ulcérations tuberculeuses. Tel fut également l'avis du Dr Cuvillier, dont la compétence en pareille matière est reconnue par tous. L'existence au sommet droit des signes de ramollissement, venait d’ailleurs consolider singulièrement ce dia— gnostic.
Or, malgré ces caractères, malgré l’adénopathie concomittante, malgré la coexistence de signes pulmonaires, l’ulcération pharyngée et sans doute aussi la lésion pulmonaire, étaient de nature syphilitique, et sous l’in- Îluence d'un traitement mercuriel, elles ont guéri rapidement.
Voici en quelques mots cette observation :
L'enfant Jean R..., âgé de 9 ans, est reçu salle Bouchut, à
HAT des
l'Hôpital des Enfants-Malades, le 15 mai 1905, sur la demande de M. Cuvillier, qui a constaté chez lui une ulcératon pharyngée d'apparence tuberculeuse et des seARS non douteux de tuberculose pulmonaire,
Anlécédents. — Dentition facile, a marché à 13 mois, rougeole à 18 mois sans complication, a toujours été d'une constitution délicate.
Histoire de la maladie. — Depuis environ un an le caractère de l'enfant s’est modifié : il est devenu irritable et gro- &non; il y a trois à quatre mois,il a commencé à se plaindre
de la gorge; il eut alors, paraît-il, des abcès dans cette région pour lesquels on dut intervenir. A cette époque une adénopathie sous-maxillaire volumineuse existait déjà. Entin, depuis un mois environ, l'enfant maigrit, il a des sueurs nocturnes, tousse et crache abondamment,
Examen de l'enfant. — Le 16 mai, on examine l'enfant et voici ce qu’on constate : un amaïgrissement assez notable, une adénopathie considérable, une ulcération pharyngée et des lésions pulmonaires accentuées.
Adénopathie sous-maxillaire : Le développement des ganglions sous-maxillaires est tellement considérable, que le bas
du visage en est déformé : près de l’angle de la mâchoire, du côté gauche, on voit une grosse masse, dure, indolore, très
peu mobile. Vers la ligne médiane sous le menton, il existe
une tuméfaction analogue, un peu moins volumineuse, mais
ofirant exactement les mêmes caractères, Jamais cette adé- - nopathie ne fut douloureuse.
Examen de la gorge. — On est frappé tout d'abord par l'asymétrie du voile du palais, abaissé du côté droit et semblant au contraire légèrement soulevé du côté gauche; l'amyg-
dale gauche est plus grosse que la droite ; sur le fond du pharÿnx, on constate l'existence d’une ulcération grisâtre, irrégulière, à bords très minces et peu surélevés, dont le fond est recouvert d'un enduit gris verdâtre ; à premiére vue, on a l'impression de mucosités tapissant le fond de la gorge et descendant du naso-pharynx. Cette ulcération n’est pas entourée de grains jaunâtres, elle est étendue à presque tout le fond du pharynx, mais surtout à gauche et dans le sens vertical, et cachée en partie, en haut, par le voile du palais...
Le Dr Cuvilier qui a examiné ces ulcérations pharyngées,
fait le diagnostic d’ulcération tuberculeuse, J. Mercier ; )
Examen du poumon. — L'exploration de la poitrine vient d'ailleurs confirmer cette opinion. Le malade crache beaucoup,au point qu’on est obligé de vider son crachoir plusieurs fois par jour. Ses crachats sont épais, légèrement verdâtres, et nagent dans la salive. Au niveau du sommet droit on note: de la submatité, avec résistance au doigt, tant dans la fosse sus-épineuse, que dans la région sous-claviculaire. Des râles sous-crépitants abondants dans la fosse sus-épineuse, et donnant l'impression de ramollissement du poumon, une respiratiori très affaiblie dans toute la hauteur du poumon droit, des râles de bronchite, sibilants et ronflants, localisés surtout dans la région des sommets.
26 mai, — L'état de l'enfant est stationnaire ; sa mère est venue le voir et a fourni quelques renseignements sur les antécédents ; le père fut traité pour la syphilis, il y a envi-. ron huit ans. Pendant sa grossesse, la mère futtraitée également et il semble que dans les prémiers mois qui suivirent sa naissance, on eut recours aussi pour l'enfant au traitement mercuriel.
Ces renseignements coïncident tout à fait avec deux constatations qu'on avait faites chez cet enfant : au niveau de l'œil droit. on note de la kératite interstitielle avec un peu d'iritis, et les incisives médianes supérieures présentent une déformation spéciale. rappelant incomplètement les dents d'Hutchinson : elles sont plantées obliquement, inclinées l'une vers l’autre, avec légère encoche sur le bord inférieur, iln’y a pas de surdité.
On fait l'examen bactériologique des crachats. Ceux-ci ne contiennent pas de baciiles. On injecte de plus à l'enfant 1/10 de milligramme de tuberculine : la réaction est négative.
On met alors l'enfant au traitement mercuriel, injections sous-cutanées de biiodure de wercure (1/2 cent. pendant 4 jours, 1 cent. les jours suivants).
ve" juin. — Le malade parle et avale facilement, l'état pulmo-. naire paraît s'améliorer, les signes sthétoscopiques sont les mêmes, mais les signes fonctionnels sont irès atiénués ei l'enfant ne crache presque plus.
9 juin. — L'état général s’est notablement amélioré, l'ulcération pharyngée existe toujours, maïs très modifiée, elle est très superficielle et change d'aspect; elle se déterge, et sous une mince couche opaline, on aperçoit le fond rose de
la muqueuse ; l'enfant av âle très facilement, le D' Cuvilier, qüi examine l'enfant, constate que cette ulcération est eu . voie de guérison manifeste.
L'adénopathie sous-maxillaire a diminué de plus en plus, la figure a repris son aspect normal, les masses ganglionnaires sont devenues plus mobiles; au lieu de la masse confuse des premiers jours, on distingue deux gros ganglions sous-maxillaires à gauche. un gros ganglion sonsmaxillaire médian.
État du poumon : L'enfant ne crache pour ainsi dire ptus : cependant les signes phÿsiques persistent encore : respiration soufliante au sommet droit en arrière; submatité à ce niveau, quelques ronflements, il n'y a plus de râles sous-crépitants.
16 juin. — La gorge à repris son aspect à peu près normal. Ganglions du volume d'une noisette, durs, mobiles. L'ulcération du pharynx continue à s'améliorer, celle de la luette a presque disparu.
État du poumon : L'expectoration a tout à fait disparu. On ne constate plus qu’une légère submatité de la fosse sus-épineuse et un peu de bronchophonie. Il semble qu'un peu de dilatation bronchique avec sclérose pulmonaire ait 'persisté.
Cette observation fut complétée l'année suivante, à l’occasion de la publication d’un nouveau cas de syphilis du pharynx. Cette partie de l'observation est peut-être pour nous la plus intéressante :
«Néanmoins, nous résolûmes de soumettre Péstnt à l'épreuve de la tuberculine qui, au premier abord d'ailicur:, parut confirmer le diagnostic porté, Dés q il n'y eut qu'une réaction tout à fait insuffisante, pour qu'on pût la regarder comme caractéristique. Mais, à. la suite de cet essai de la tuberculine, les ganglions sous maxillaires engorgés, se mirent à augmenter de volume, à devenir douloureux et finirent par aboutir à la nn Deux cobayes inoculés avec Je pus retiré de ces ganglions, suécombèrent en présentant des lésions tuberculeuses évidentes, démonstration expérimentale des plus nettes de la symbiose possible «le ces deux infections.
Enfin, Etienne a publié des observations analogues, mais ayant trait à des syphilis acquises.
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