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Fournier, et enfin Sergent, sont d'un avis tout contraire.
Pour eux, le traitement spécifique influence toujours heureusement la tuberculose, en modifiant le terrain sur lequel elle a germé. :
Etudions ces opinions en détail et voyons ce que nos observations nous permettent d'apporter en faveur de l’une ou de l’autre.
Tout d’abord, il est une chose certaine, c’est que le
traitement énergique des hérédo-syphilitiques doit entrer
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dans la prophylaxie de la tuberculose. Sans attribuer plus de valeur que nous n’en attribuons à l'hérédo-
syphilis, dans la genèse des différentes localisations de la tuberculose, il n'est pas moins certain qué, au même ütre que d’autres dystrophies, les dystrophies liées à l'hérédo-syphilis, en diminuant la résistance du sujet, peuvent le rendre plus apte à se laisser envahir par le bacille de Koch. En traitant ces hérédo-syphilitiques,
on améliore leur état général. Cela est si vrai que nous avons tous vu des hérédo-syphilitiques, même non tuber-
culeux, changer considérablement d'aspect au cours d’un
traitement énergique et prolongé. On augmente ainsi leur résistance au bacille de Koch, comme aux autres agents infectieux, et c'est à ce titre qu'un fraitement antivénérien peut être prophylactique de la tuberculose.
La tuberculose une fois développée chez notre hérédo- Syphilitique, nous devons la combattre. Le traitement spécifique nous apportera ici encore un appoint; mais ce n'est qu'un appoint et nous ne ii pas qu'il ‘faille lui demander autre chose.
Disons de suite qu'il n’est pas dangereux. Pratiqué d’une certaine manière, sur laquelle nous aurons à revenir, il ne comportera pas d’inconvénients pour le ma- «ade. C'est là une crainte qui a arrêté bien des médecins, et à considérer les observations que nous rapportons, on peut se demander si, en effet, ce’ traitément n’a pas été nuisible dans certains cas. Dans nos observations 1, IIT, IX, XII, XV, XVII, XVIII, XX, XXIIL l'emploi du traitement semble avoir été suivi d'incidents. Remarquons que dans certains de ces cas, on avait employé du sirop de Gibert. Ces incidents ont été, soit
le réveil de la suppuration, soit une augmentation de
celle-ci. Mais, en somme, même quand on a continué le traitement, ces accidents ont été limités, et n'ont pas reparu aux séries suivantes. Chez certains de nos malades, d’autres causes que le traitement spécifique pouvaient être invoquées (radiothérapie dans l'observation T), chez les autres, peut-être n'y eut-il que coïncidence, ce qui n'est pas surprenant, dans une affection’ aussi capricieuse que les suppurations ostéo-articulaires ou ganglionnaires d'origine tuberculeuse. Enfin, notons que le traitement spécifique a été employé dans 24 de nos observations. Sept fois seulement, il y a eu légère reprise de la suppuration, ce qui est peu, et jamais ces réactions n'ont eu de conséquences graves. M. le Dr Méry disait en 1906 à la Société de Pédiâtrie : « On me demande
si le traitement spécifique, dans ces cas d'association de bacillose et de syphilis, ne peut pas avoir des effets nocifs; les documents que je possède me permettent de répondre hardiment : non. » Notre conclusion sera la même; tout au plus pensons-nous que l'effet de ce traitement devra être surveillé de près, et qu'il ne faudra employer que des sels solubles, dont l’action se fait rapidement au lieu de s’accumuler, afin de pouvoir arrêter le traitement au premier accident inquiétant. Nous ‘avons dit qu'en général ces accidents n& l’étaient pas.
Ce n'est pas assez que d'être inoffensif; encore faut-il que le traitement spécifique ait une action thérapeutique évidente. Pour étudier cette question, il nous faut distinguer deux catégories de faits; distinction que nous avons déjà établie d’ailleurs au cours de cette étude : d'un côté ceux où la tuberculose évolue chez des syphilitiques, mais où les lésions tuberculeuses, peut-être légèrement modifiées dans leur évolution, sont cependant pures, indemnes de toute lésion syphilitique; d’un autre côté, les hybrides, qu'il s'agisse d’hybridité de lésion, ou d’hybridité de terrain.
Dans le premier cas, l’action du traitement spécifique .ne nous a pas semblé toujours très efficace. Nous ne voulons pas nier les cas qui ont été rapportés, de tuberculoses guéries rapidement ou au moins améliorées par le traitement; pour notre part, nous n'en avons pas rencontré. Si nous étudions par catégories nos diverses observations, voici les résultats obtenus.
Pour la scrofule proprement dite, si nous faisons abstraction des cas où il y a eu réviviscence de l’activité des foyers tuberculeux, cas sur lesquels nous nous sommes expliqués déjà, l’action des traitements pra-
tiqués a été nulle. Nos malades ont bien guéri de leurs
lésions cutanées, oculaires et autres, mais en général, ils ont été guéris avant tout traitement spécifique, et par les seules méthodes hygiéniques et des applications de pommade. D'ailleurs, si de cette scrofule nous
-rapprochons les lésions tuberculeuses cutanées, le lupus en particulier, nous pouvons citer une observation intéressante. Longin qui, comme nous l'avons dit, fait de l’action favorable du traitement spécifique, le critérium de l'hybridité de lupus et de syphilis, a voulu voir si ce critérium était bien légitime. Dans ce but, il a recher- €hé quelle était l’action du traitement syphilitique chez des malades atteints de lupus simple. Cette action est nulle. Même, et c'est le cas qui nous intéresse, quand ce lupus évolue chez un hérédo-syphilitique (thèse de Longin, obs. XV). Enfin, ajoutons que dans ces cas de scrolule, le traitement n'a pas agi comme préventif, puisqu'il n’a pas empêché le développement des lésions tuberculeuses, peu de temps après sa cessation.
Les lésions ganglionnaires ne paraissent pas davan- ‘tage influencées par un traitement spécifique. Dans plusieurs de nos observations, ces adénites cervicales étaient ouvertes et fistulisées. Plusieurs séries de traitements consécutifs n’y faisaient rien : la suppuration continuait. Ces adénites étaient certainement tuberculeuses, puisque le pus inoculé à des cobayes avait tuberculisé cet animal. Dans deux cas, la suppuration qui avait résisté au traitement spécifique, céda une fois à une cause fortuite, un érysipèle (obs. I); une fois à un séjour à Berck, sans aucun traitement spécitique {obs. V). Nous ne doutons pas que les autres envoyés à Berck aient guéri de la même façon. Qu'il nous soit permis de rapporter ici l'histoire de deux malades, qui nous furent montrées à Berck et dont malheureusement nous n’avons pu prendre l'observation : l’une et l’autre étaient porteuses d'adénopathies fistulisées du cou et dont le pus contenait du bacille de Koch. Une seulement avait un Wassermann positif ou au moins des stigmates d'hérédo-syphilis. Elle fut mise au traitement spécifique, en même temps qu'on continuait la cure solaire et marine. Elle guérit assez rapidement et fut montrée #omme un cas possible de lésions hybrides. Mais sa voisine, que n'était pas syphilitique et avait une adéno-
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pathie cervicale tuberculeuse, avait guéri dans le même temps par la seule cure climatique.
Quant aux adénopathies cervicales non fistulisées que
nous avons observées, elles n'ont point été améliorées par le traitement. Une seule doit être exceptée (obs. VIT). S’agissait-il dans ce cas d’adénopathie tuberculeuse ? Nous n’en avons point fait la preuve, car la cuti-réaction positive nous dit bien que quelque foyer tuberculeux existe quelque part chez cet enfant, mais ses ganglions cervicauxen peuvent être indemnes. Leur guéson par le traitement tendrait plutôt à faire penser qu'ils étaient d'origine syphilitique. Ils ne rentrent pas dans, le cadre de notre étude et c'est à dessein que nous en avons tout de même rapporté l'observation. Ainsi, elle répond à celles que publie Mlle Pouzin dans sa thèse: elle distingue chez les hérédo-syphilitiques deux catégories d’adénopathies; celles qui s’accompagnent d’une cutiréaction négative et qui sont toujours d’origine syphilitique, guérissant par le traitement; celles qui s'accompagnent d’une cuti-réaction positive, et dans ce cas les unes guérissent par le traitement, elles sont encore d’origine syphilitique, les autres non, le traitement n'y fait rien, elles sont tuberculeuses. Nos observations nous : amènent à conclure dans le même sens. Les adénopathies tuberculeuses des hérédo-syphilitiques ne sont pas influencées par le traitement spécifique.
Etudions maintenant nos observations de tuberculoses. ostéo-articulaires. Toutes ont été mises au traitement spécifique, les unes dès leur début, les autres plus tardivement; la réaction de Wassermann étant venue alors inciter à pratiquer ce traitement. Que voyons-nous ? Leur durée n'en a pas été écourtée. Nous allons résumer brièvement ce qui intéresse le traitement dans ces observations.
Os. XIII, — L'enfant guérit, mais au bout de quatre ans et trois mois, il est vrai que l’on n'indique pas que le traitement ait Cté continué tout ce temps. Peut être parce qu’ on en a reconnu d'inutilité.
O8s. XIV. — ji s’agit d'une tumeur blanche du genou gauche qui évolue lentement jusqu'en 1915. À ce moment une réaction de Wassermann positive incite au traitement. En janvier 1927, l'enfant est améliorée, mais non guérie,
O8s. XV. — C'est encore une tumeur blanche du genou, avec suppuration des fléchisseurs des doigts, traités par les seuls moyens chirurgicaux pendant un an et demi, Une réaction de Wassermann positive fait instituer le traitement mercuriel. La guérison n’est obtenue qu'au bout d’un an
O8s. X'I. — Tumeur blanche du genou traité par les moyens ordinaires pendant un an. Puis par le traitement mercuriel associé aux moyens ordinaires pendant up an et demi. Guérison au bout de ce temps.
Ons.X VII. — Coxalgie droite. Traitée presque à son début par des piqûres de biiodure de mercure. Après cinq ans de traitement variés et de vicissitudes diverses, il n’est pas certain que l'enfant soit guéri.
Os. XVIII. — Mat de Pott dorsal. Après plus de deux ans de traitement spécifique, on constate une amélioration.
O8s. XIX. — Coxalgie droite. Deux ans durant lesquels l'enfant subit des piqûres de biiodure. Après quoi il part à Berck.
O8s. XX. — Hydarthrose des genoux. Après deux ans de
traitement mercuriel, l'enfant part amélioré pour Arromanche.
L'Oss. XXI n'est pas assez prolongée pour de on puisse en tirer parte,
Ogs. XXII. — Tuberculose du tarse postérieur ; guérison en un an et demi après une seule série de néosalvarsan.
À ces observations personnelles, nous voulons joindre les titres d'observations publiées dans la thèse de Chambrette, sur le sujet qui nous occupe. Ces titres seuls sont ne ants.
O8s. I de Chambrette. — Enfant sûrement spécifique, survient une hydarthrose. Traitée spécifiquement. Malgré le
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traitement, cette hydarthrose fait place à une tumeur blanche nettement confirmée.
Os. IL. — Hérédité spécifique, au cours du traitement une coxalgie se déclare.
Os. III. — Chez un spécifique héréditaire, une tumeur blanche du coude se déclare après plusieurs mois de traitement spécifique.
O8s. IV. — Traitement tenté au cours de l’évolution d'un mal de Pott, pas de mieux sensible.
O8s. V. — Lésions tuberculeuses de l'épiphyse inférieure du fémur chez un enfant hérédo-syphilitique. Injections de biiodure de mercure ; dix mois après environ guérison (cette guérison obtenue en dix mois n'a pas été plus rapide que celle obtenue par les procédés habituels de traitement, dans les tuberculoses diaphysaires).
Ogs. Vi. — Lésions tuberculeuses osseuses du genou sur hérédité syphilitique, non caractérisée par les stigmates classiques, traitement au biiodure, amélioration momentanée. Guérison après intervention chirurgicale six mois après.
Os. VIT. — Mal de Pott fistulisé : spécificité héréditaire. Après le traitement s’est tari où à peu près l'écoulement purulent ; par contre l'état général ne s'est pas amélioré
O8gs. VIII, — Accident spécifique et tuberculeux. Traitement mercuriel etintervention chirurgicale. Deux cicatrisa ons en deux ans, bon état général. :
Ovs. IX. — Tuberculose indéniable : Amélioration des lésions cutanées. Mort par aggravation peut-être consécutive à la reprise du traitement...
O8s. X. — Hérédo-syphilis du tibia; mal de Pott cervical ou sous-occipital. Traitement mercuriel, mort, autopsie.
Ces observations intéressantes de Chambrette comportent les mêmes réflexions que les nôtres. Sans aller avec lui jusqu'à dire que le traitement à amené dans certains cas la mort, ce qui n’est pas sûr, on ne peut.
s'empêcher de constater que ce traitement, en premier lieu, n'empêche pas le développement de tuberculoses osseuses, quand elles ne sont pas encore développées (obs. I, IT, III de Chambrette, obs. XII, XV de notre thèse). En second lieu, quand la tuberculose est en évolution, le traitement n'a pas d'action sur celle-ci; elle est aussi longue, semée des mêmes accidents (formation d’abcès, fistulisation) que l’évolution des tuberculoses ordinaires. Enfin, dans certains cas, il semble y avoir une amélioration à la suite du traitement spécifique ; mais, dans ces cas, l’évolution totale de la maladie est aussi longue qu'elle l'aurait été, si on l'avait soignée par les moyens ordinaires. C’est ce que l’on remarqué dans notre observation XXII, où une tuberculose du tarse se trouve guérie en octobre, après avoir subi en mai un traitement par le novarsénobenzol. Mais si on considère la durée totale de cette affection, on constate qu'elle a été à peu près la même que pour les lésions tuberculeuses du même ordre que l’on voit guérir à Berck (1).
Donc, pas plus pouriles lésions ostéo-articulaires que pour les autres, nous ne perdrons de temps à faire le traitement antisyphilitique exclusif. |
I1 serait trop beau de guérir par le traitement spécifique les méningites tuberculeuses chez les hérédosyphilitiques. Une telle cure, dans une méningite tuberculeuse, affirmée par la présence de bacille de Koch dans le liquide céphalo-rachidien, serait la plus démonstrative des preuves de l'association intime de la tuberculose et de la syphilis. Nous ne la possédons pas et à ce sujet, nous ne pouvons mieux faire que de rapporter l'opinion du professeur Hutinel. « Nous avons eu des moments d'espérance en présence de sujets hérédospécifiques, atteints de méningites un peu anormales, avec bacilles tuberculeux dans le liquide des ponctions lombaires: ces espérances ne tardaient pas à S'éva-
1. Nous tenons cette affirmation de M. le D' Andrieu, dont la compétence en la matière n’est das douleuse:
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nouir » et plus bas: « Peut-on espérer que les fric- , tions hydrargyriques associées ou-non à l'iodure, peuvent . provoquer des rémissions ou entraver passagèrement la
marche naturelle de la maladie? Nous en doutons :
cette médication a été mise en jeu dans toutes les obser-
vations citées plus haut, avec un insuccès complet. Enfin, dans les péritonites et les pleurésies tubercu-
leuses des hérédo-syphilitiques, nous n'avons pas relevé
d'observation où l’on ait remarqué une amélioration de la tuberculose par le traitement antisyphilitique:
Done, scrofule et toutes ses modalités (lésions gan- w
glionnaires et ostéo-articulaires), tuberculose des mé-
ninges ou des autres séreuses, ne sont pas influenicées.
par le traitement, même quand ces lésions se développent chez un sujet hérédo-syphilitique. Il nous reste à étudier le cas des tuberculoses viscérales (foie et poumon). ;
C’est surtout ce dernier organe que nous aurons en vue. En vérité, peu de nos malades ont été mis au traitement. Pour la tuberculose ganglio-pulmonaire nous ne l'avons pas tenté, parce que ces lésions guérissent bien parelles-mênes, en Les soumettant au traitement ordinaire (préventorium avec tous ses degrés). Nous avons vu de telles améliorations d’adénopathies trachéo-bronchiques par la cure d’air, le soleil, qu'il ne semble pas que le traitement spécifique aurait rien fait de plus. Pour les lésions ulcéreuses du poumon, on n'a plus cette excuse; et d’ailleurs des faits ont été cités de guérison de tuberculose avec bacilloscopie positive, par le traitement spécifique chez les hérédo-syphilitiques. C'est là une opinion généralement adoptée. Apert, en 1903, rapportant une observation de syphilis pulmonaire publiée par Zuber à la Société de Pédiâtrie disait : « La présence du bacille de Koch dans les crachats ne doit pas empêcher
d'instituer un traitement antisyphilitique intense, quand.
les caractères des lésions pulmonaires sont ceux de la syphilis pulmonaire, et qu'il existe des. antécédents de syphilis héréditaire ou acquise.
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