III. — Retentissement sur l'appareù digestif
D'autres sujets par contre réagiraient à l'excitation appendiculaire dans un autre sens; ils feraient par exemple des troubles dyspeptiques. Notre maître M. Enriquez, en 1907 déjà (1), avait mis en valeur cette communauté d'origine el comparé la dyspepsie à l'asthme, dont l’origine appendiculaire possible n’était pas encore connue. Il, y aurait là, écrivait-il, «un coefficient de susceptibilité individuelle. Tel malade répondra aux excitations diverses, périphériques, centrales ou réflexes par une réaction épileptique ou asthmatique, tel autre par une réaction dyspeptique. Chaque malade fait « sa » dyspepsie à sa façon, comme il fait « son » asthme ».
L'importance de la dyspepsie appendiculaire a été mise en évidence par des médecins: Talamon, Hayem et Lion, Enriquez et par des chirurgiens Jalaquier, Gosset, Walther, Moynihan.
Ces troubles gastriques peuvent se produire chez un appendiculaire présentant parfois des crises aiguës, et ils seront alors assez facilement rattachés à leur cause ; mais ils peuvent êlre la seule manifes-
1. Article dyspepsie, in Pratique médico chirurgicale, Paris,
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rate à
lation d'une appendicite larvée, dont le diagnostic restera longtemps méconnu, s’il n’est fait un examen systématique du malade. Fréquemment la dyspepsie appendiculaire se présente comme tout autre dyspepsie secondaire : pesanteur survenant aussitôt après le repas, ballonnement, renvois gazeux, nausées, constipation habituelle, troubles indépendants dans une certaine mesure de l’alimentation. Cependant, certains signes lui seraient plus particuliers : l’intermittence des troubles, leurs rapports avec les mouvements (marche, voiture), les manifestations vaso-motrices (Ramond) ; l’anorexie fréquente, si marquée dans certains cas que l’on a pu décrire des formes anorexiques de l’appendicite chronique, portant parfois électivement sur certains aliments: œufs, lait, graisses ; la fréquence des nausées surtout le matin à jeun, allant parfois jusqu’à constituer un véritable état nauséeux, sur lequel insiste M, Eariquez ; la facilité des vomissements ne survenant pas après surcharge alimentaire, mais souvent après l’ingestion d'œufs, et qui peuvent présenter chez le jeune le type des vomissements cycliques ; l’hyperchlorhydrie. Parfois le syndrome pylorique peut être réalisé avec toute sa netteté : douleur tardive trois à quatre heures après le repas, avec pyrosis et sialorrhée ; parfois même hématémèses. L'examen radioscopique montre des contractions exagérées dans, la région pylorique avec douleur à la pression à ce niveau. Le diagnostic d’ulcus pylorique parait s'imposer. Parfois les caractères de rémission de la dou-
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leur, la faim douloureuse calmée par les aliments, font porter le diagnostic d’uleus duodénal.
On note parfois de la constipation à type cœcal, qui peut être interrompue par des débâcles de selles liquides très fétides ; à l’occasion de ces débâcles on peut voir se produire des réactions côliques : syndrome violent décrit par Mathieu dans différentes affections intestinales, et caractérisé par une douleur vive en barre, une altération rapide de l’état général avec vertiges, nausées, sueurs froides, tendance à la lipothymie, parfois syncope.
Chez certains sujets, le plus souvent des intellectuels, on peut observer des crises atténuées de «pseudo-angine nocturne mal définie, coïncidant généralement avec l’absorption au repas du soir d'œufs ou de boissons alcooliques » (Girou).
Enfin chez la femme l’accentuation ou l’apparition des troubles au moment de l'apparition des règles ; dans la dyspepsie secondaire à la lithiase biliaire ceite accentuation se ferait au contraire dans les quatre à huil jours qui précèdent les règles et cessepait avant leur apparition comme nous le fait souvent observer M. Gaston Durand, à sa consultation de la Pitié.
Une pression au point appendiculaire réveille parfois une douleur épigastrique.
La dyspepsie appendiculaire finit par retentir sur l’état général qu’elle altère profondément : amaigrissement, teint terreux, asthénie, « retard de croissance chez l'enfant, dépression nerveuse chez l’adulte
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allant jusqu’à la production d’un véritable état neurasthénique et parfois même d’une véritable cachexie» (Hayem et Lion, in Brouardel). D'où le danger de méconnaître un diagnostic qui, posé à temps, permet par une intervention bénigne de faire disparaitre rapidement les troubles dyspeptiques.
Comment agit l’appendice malade ?
Dans quelques cas on à vu que des adhérences épiploïques, à point de départ péri-appendiculaire, peuvent tirailler directement l'estomac et en perturber le fonctionnement.
Exceplionnellement même, comme on l’a vu à intervention chez un jeune malade de MM. Enriquez et G. Durand, l’appendice pourrait être enroulé autour du pylore, grâce à son extrême longueur et au défaut d’accolement du cœcum, du côlon ascendant et de la portion droite du transverse. Mais c'est
là une curiosité opératoire.
Dans la majorité des cas le mécanisme n'est pas aussi manifeste.
L’appendice malade serait le point de départ d'un réflexe, qui se transmettrait par la voie vago-sympathique, soit directement au plexus cœliaque et à l’estomac, soit indirectement par l'intermédiaire des centres. La sténose pylorique spasmodique constatée assez souvent à l’écran radiologique et au cours de l'intervention chez des appendiculaires (Moynihan),. et la douleur épigastrique provoquée dans certains cas par la pression au point appendiculaire seraient en faveur de cette théorie.