II. — COMPLICATIONS LOCALES
Statistique de la Clinique Mayo portant sur 692 cas obser-
vVés :
69 cas de polypose ;
99 cas de sténose du rectum et du dons ; 26 cas d’abcès périrectal ;
23 cas de perforation du côlon ;
15 cas de dégénérescence maligne du côlon.
La polypose apparaît comme une complication fréquente
de la recto-colite ulcéreuse. Elle s’observe rarement d'emblée, presque toujours comme une complication d'évolution. On la constate le plus souvent à la faveur d’une poussée (pour notre part, les polypes que nous avons observés se sont toujours révélés à la fin d’une poussée, comme signant véritablement la phase d'amélioration) ; mais elle peut se révéler dans une période de rémission par une hémorragie intestinale inattendue. Le nombre des polypes est variable, ils se situent en général dans la région rectale ; ils peuvent être pédiculés
* ou sessiles, être de plus ou moins grande grosseur. Leur symp-
tomatologie est liée à celle de la colite ulcéreuse, mais ils sont la cause de l’aggravation du syndrome hémorragique. Le diagnostic de constatation est le plus souvent facile à
faire par la rectoscopie, il n’en est pas de même des diagnos-
tics d’ extension, la radiographie restant ici encore souvent en défaut pour les localiser. Quant au diagnostic de différen-
ciation entre polypose autonome et polÿpose complication
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de recto-colites ulcéreuses, il pose souvent un problème diffcile et nous faisons une réserve sur les statistiques qui les citent comme une complication extrêmement fréquente de la maladie que nous étudions, nous demandant si ces auteurs
n'ont pas quelquefois pris des cas de polypose simple infec-
tés pour des recto-colites ulcéreuses compliquées.
Le danger de dégénérescence maligne des polypes est classique. SNAPPER écrit à ce sujet: «sans doute faut-il considérer la plupart des cas où une tumeur maligne se développe chez un patient atteint de colite ulcéreuse comme une dégénérescence maligne d’un de ces polypes ». Il sera donc une règle s’il n’est possible de traiter radicalement la polypose, de répéter les examens histologiques pour suivre une éventuelle modification maligne.
OBSERVATION RÉSUMÉE (DT Racer).
Me De..., 35 ans.
En 1927, première crise dysentérique avec diarrhée, température, amaigrissement. Durée de 3 mois. Depuis cette date, rechutes annuelles sans aucune cause apparente. Entre les rechutes la diarrhée persiste, la poussée est un paroxysme caractérisé par des évacuations de glaires et de sang sans que l’état général soit très atteint. Mais en juillet 1934, poussée très intense qui ne s’améliore qu’à l’automne. En décembre 1935, rechute très grave : amaigrissement énorme, température à
. 39-400, évacuations dysentériques incessantes (50 selles par jour).
Rectoscopie : Rétrécissement du rectum canaliculé à 5 ans et audessus et au-dessous images érosives, extrême fragilité de la muqueuse qui saigne très abondamment au moindre contact. Amélioration très lente (le traitement avec la solution huileuse de vitamine a été très mal toléré au début). En mai 1936, petite poussée hémorragique. Rectoscopie : Très grosse amélioration ; seulement une muqueuse rouge qui saigne avec bien moins de facilité mais au-dessus de la sténose deux polypes qui n’existaient pas auparavant. l’examen anatomo-pathologique a conclu à des formation: polypeuses remanmiées par une réaction inflammatoire ne présentant aucun signe d'évolution maligne. Un examen radiographique n’a rien montré d’anormal au-dessus
. du sigmoïde.
48 RECTO-COLITES ULCÉREUSES
LES STÉNOSES
Les sténoses viennent en deuxième ordre de fréquence dans la statistique des auteurs de la Clinique MAyo. GALLART Moxess les cite aussi comme étant une des complications les plus fréquentes ; l’auteur espagnol « étant convaincu que beaucoup de sténoses inflammatoires du rectum ne sont autre chose qu’une complication résiduelle de la recto-colite ulcéreuse ». De même que SNAPPER, autre rapporteur du Congrès de Gastro-entérologie, nous ne partageons pas la même opinion et nous nous rangeons absolument à l'avis de BENSAUDE et LAMBLING qui, sur 186 cas de sténose inflammatoire, n’ont relevé dans aucun la colite ulcéreuse comme étiologie et qui écrivent en conclusion : « la notion qui s'impose à l’esprit en présence des résultats apportés par cette enquête étiologique est celle du caractère vénérien de l'immense majorité des rétrécissements rectaux, qu'il puisse exister des faits isolés de sténoses d’origine diverse nous ne le nions pas, maisiln'en reste pas moins que le bloc compact des rétrécissements inflammatoires est exclusivement réservé à un groupe de maladies « polyvénériennes » : syphilis, gonococcie, chancrelle et maladie de NicoLAs-FAVRE se retrouvent chez eux avec une fréquence qui ne laisse pas subsister de doute ».
Nous verrons plus loin la haute valeur de la réaction de FREI pour le diagnostic étiologique des sténoses rectales, en l’appliquant systématiquement, il apparaît que la plupart des cas de soi-disant colites ulcéreuses avec sténoses du rectum ne sont que des maladies de Nrcoras- FAVRE localisées au rectum.
Ces réserves étant faites, il n’est pas douteux que la sténose rectale ou recto- -colique est une complication de la rectocolite ulcéreuse qui n’est pas exceptionnelle (BENSAUDE et RACHET en ont rapporté 4 cas au Congrès de Plombières).
Elle peut s'installer à n’importe quel moment de l’évolution. Elle a certains caractères qui diffèrent notamment de la sténose inflammatoire classique. C’est une sténose canalicu-
M. Br..., 67 ans.
Rétrécissement canaliculé étendu de tout le rectum et du sigmoïde,
" . Nr . Ê< F x : \ : | il ‘ | | Ë ; 3 Fe j .
lée assez haute, qui ne s'accompagne pas de rectite prolifé-
rante, elle est assez lente à se resserrer et peut pendant longtemps se laisser franchir mais elle entraîne fatalement plus ou moins tard l’anus de dérivation. Quelquefois le processus sténosant reste assez localisé, mais dans bien des cas c’est une très grande portion du côlon qui est atteinte (chez un malade du Dr RACHET le processus s’étendait jusqu’au transverse).
OBSERVATION INÉDITE (DT RAcHET).
M. Br..…., 67 ans.
Premiers accidents dysentériques survenus en 1921 à Tanger, assez discrets et sans grand retentissement sur l’état général ; ils ont consisté en trois où quatre selles quotidiennes de diarrhée sanglante, il n°y a Jamais eu de pus dans les selles. Les phénomènes se sont prolongés pendant un an puis se sont amendés avec des traitements banaux. En 1923, rechute sur un mode plus intense (10 à 12 selles par jour); après un mois d'évolution les phénomènes cèdent en 10 jours dès l’institution d’un traitement émétinien. En 1925 à Tunis, crise de : mois et demi avec guérison spontanée. .
Rechutes successives en 1927, 1928, 1931, 1933. En 1935, à Troyes, une crise cède assez vite avec des pansements rectaux. En décembre 1936, reprise des phénomènes dysentériques avec évacuations surtout sanglantes. On pense à des hémorroïdes mais les différentes thérapeutiques instituées ne donnent aucun résultat. Un traitement émétinien
en deux séries, la première de vingt infections de 0,02 (2 par jour), la
2e de 12 injections (1 par jour) influent peu sur la symptomatologie : le sang diminue seulement un peu dans les selles mais les évacuations restent invariables dans leur fréquence malgré l’émétine. Le malade est examiné par le D' Racer le 17 février 1397. Au cours de l’évolution de cette même crise le malade a encore 10 à 12 évacuations journalières muco-sanglantes, est en mauvais état général, fébrile et asthénique, amaigri de plusieurs kilogrammes. Un examen corpologique pratiqué par TerRiAL est absolument négatif et confirme en ‘cela la nullité de toutes les recherches antérieures pendant et entre les crises. L’examen endoscopique montre un aspect de recto-colite typique et un rétrécissement canaliculé étendu de tout le rectum et du sigmoïde : inextensibilité absolue des parois dures et épaissies (voir cliché cicontre).
Le traitement à la solution huileuse de vitamine A est institué le
50 RECTO-COLITES ULCÉREUSES
1er mars. Le malade revu le 17 avril présente une amélioration nette : 3 à 4 selles par jour sans sang ni glaires. Reprise des forces, reprise du poids mais à la rectoscopie tout est identique au premier examen, aucune modification.
Cette observation, outre la complication de périrectite et de rétrécissement qu’elle nous permet de présenter, est intéressante à d’autres points de vue :
1° Confusion de la symptomatologie d’une recto-colite ulcéreuse avec celle d’une dysenterie amibienne ; 29 action paradoxale de l’émétine qui a amené la guérison une fois et qui n’a donné aucun résultat une autre fois ; 3° action paradoxale aussi de la solution huileuse de vitamine A qui donne une amélioration générale et aucun résultat local.
Nous reviendrons sur ces points de vue ultérieurement.
LA DÉGÉNÉRESCENCE NÉOPLASIQUE Nous ne pouvons pour notre part en rapporter de cas, mais il semble que s’il y a dégénérescence néoplasique il s’agisse bien plus souvent de transformation maligne de polypes que de développement néoplasique sur une lésion de recto-colite ulcéreuse.