RÉSULTATS
Pour apprécier les résultats obtenus avec ce traitement, il faut tout d’abord ne pas perdre de vue que nous traitons une affection chronique évoluant par poussées, séparées par des intervalles d'amélioration, voire même de guérison apparente plus ou moins longs.
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C’est dire que pour juger exactement de la valeur de cette thérapeutique, il faudra envisager successivement :
— son action sur la poussée aiguë ;
— son action sur le rythme des poussées.
C’est ce que n’ont pas fait la plupart des auteurs pour les divers traitements qu’ils proposaient ; et c’est parce qu'ils n’ont pas étudié cette double action qu’ils ont trop souvent apporté des résultats magnifiques, rapidement démentis par l’évolution ultérieure. Pour cette étude, nous nous sommes servis de la traduction en graphiques de la courbe évolutive de la maladie (selon les travaux récents de notre maître le Dr RACHET) (1).
a) L'action sur la poussée. — Une remarque primordiale s’impose : nous n’avons traité que des formes chroniques, dont quelques-unes d’allure très grave au moment des poussées, mais nous avons systématiquement rejeté de cette étude es formes suraiguës, évoluant presque toujours vers la mort, en une poussée unique ; elles sont heureusement beaucoup plus rarement rencontrées. Elles semblent à beaucoup d’auteurs, différentes des recto-colites ulcéro-hémorragiques chroniques ; nous n’en avons pas observé depuis deux ans. En tous cas, il est très vraisemblable qu’elles ne pourraient être traitées ainsi, à cause de l'intolérance au lavement qu'elles entraîneraient certainement.
Parmi les malades que nous avons revus récemment, nous avons observé plusieurs cas graves : et nous entendons, sous cette dénomination, des malades confinés au lit, présentant une fièvre élevée (390-400), une grosse anémie, un amaigrissement important, et une asthénie telle que l’examen endoscopique était, au début, rendu très difficile, parfois même ape, sible, ns les premiers jours.
Nous envisagerons l’action du facteur A, successivement sur les signes généraux, fonctionnels et physiques.
1. Voir plus haut, chapitre de l'Evolution où nous renvoyons le lecteur pour la consultation des graphiques (page 22).
19 SUR LES SIGNES GÉNÉRAUX. — Tous nos malades, sans aucune exception, ont été améliorés. Sous l'effet du traitement, le poids a augmenté de plusieurs kilos, parfois une dizaine et plus ; l'asthénie a disparu ; on a assisté à un retour des forces physiques et à un état de bien-être ; la température est rapidement redevenue normale.
Mais cette évolution heureuse s’est faite en un temps variable. Le plus souvent le début de l'amélioration générale s’est manifesté au bout des 12 à 15 jours, quelquefois plus ant ment, cependant en 5 à 8 jours.
te cas les plus nets ont été ceux où les malades présentaient depuis des mois des formes quasi-continues avec rechutes intermittentes plus graves : ces malades maigrissaient régulièrement ; dès les lavements à la vitamine À, nous avons toujours assisté à une reprise du poids et à une amélioration parallèle de l’anémie et de l’asthénie.
20 SUR LES SIGNES FONCTIONNELS. — a) La durée de la poussée. — Les cas où la poussée a été nettement raccourcie semblent a priori les plus rares (obs. 9 et 15). Mais il faut remarqu er que peu de malades ont été traités dès le début de leur poussée ; chez ceux-ci pourtant, la durée de cette poussée a paru raccourcie. Si l’on s’en tient donc purement et simplement au nombre de jours de la poussée, l’action de la vitamine À ne paraît pas très positive ; mais il faudrait avoir un plus grand nombre de cas traités dès le début de chaque crise, pour conclure plus nettement.
b) L’intensité de la poussée. — Par contre, les graphiques nous montrent avec évidence l'influence du traitement sur l'intensité de la poussée. Cette action se manifeste sur les divers éléments :
— sur le nombre des selles,
qui très rapidement, et dans tous les cas, passe de 12 à 15 à 1 ou 2 par jour; — sur l’aspect des selles, le sang et le pus diminuent en quelques jours, les glaires persistent plus longtemps ; — sur les douleurs.
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Le ténesme, accru souvent au début des lavements, disparaît par la suite. Mais il faut bien dire que jamais dans cette affection, les douleurs ne sont bien vives ; et nous devons souligner que le peu d'importance des phénomènes douloureux est un des éléments curieux de cette affection, en comparaison avec le ténesme intense des autres dysenteries.
Cette action si nette du traitement sur l'intensité de la poussée se juge particulièrement bien dans les cas graves qui ne cèdent pas aux traitements multiples déjà mis en œuvre. ‘C’est le cas en particulier de nos observations 4, 8, 10, 11, dont les malades nous ont été amenés dans un état tel qu’il posait un pronostic vital. |
Enfin, il nous faut signaler quelques échecs fonctionnels du traitement, heureusement peu nombreux (3 cas sur les 30 que nous avons reçus, soit 10%). Nous pensons, dans ces cas, qu'il y a lieu di incriminer surtout le mauvais contact du lavement avec la muqueuse ; nous verrons plus loin quelles solutions ont été envisagées pour remédier à ce défaut.
30 SUR LES SIGNES ANATOMIQUES. — Deux éventualités peuvent se présenter, car l’évolution fonctionnelle et générale n’est pas toujours superposable à l’évolution anatomique : les, malades en effet fonctionnellement guéris peuvent l’être ou ne pas l'être anatomiquement. : |
a) Guéris. — I1 nous faut faire ici une grosse réserve que nous avons déjà signalée dans un précédent chapitre : une muqueuse absolument normale ne se rencontre pratiquement pas. Dans les cas les plus favorables, la muqueuse n'apparaît normale qu’à un examen superficiel. En réalité, si l’on y regarde de plus près, on trouve un aspect granité très particulier, d’autres fois, une coloration pâle sur laquelle se détachent les vaisseaux (aspect de fond d'œil). Enfin, c’est toujours une muqueuse fragile qui saigne au moindre contact.
b) Non guéris. — Dans certains cas, l'aspect anatomique est partiellement modifié. - Tantôt il y a amélioration générale de l’état du rectum et
4 RTS hs di nu us tan, dé ner COR Con it
- du sigmoïde, mais en plusieurs endroits persistent de petites
zones saignantes, recouvertes ou non de fausses membranes. Signalons aussi la fréquence relative avec laquelle s’installe une polypose secondaire que nous avons vu se développer, alors que le reste guérit.
Tantôt la muqueuse est presque entièrement guérie. Il existe de larges plages saines, qui présentent l'aspect de guérison décrit plus haut. Mais il persiste des zones malades, petite bande transversale, soit au niveau de la paroi antérieure de la portion basse de l’'ampoule, soit sur la valvule: recto-sigmoïdienne. Nous signalerons la difficulté extrême de guérir ces zones, le plus souvent rebelles à tous les traitements. Et le fait de retrouver si fréquemment ces îlots de résistance très localisée fait à lui seul entrevoir la notion de terrain : épine irritative, point d'appel ; car leur ténacité seraït inexplicable par la seule cause microbienne.
Dans certains cas rares, enfin, l’état de la muqueuse n’est pas modifié sous l'influence du traïtement. C’est un échec anatomique complet, malgré un succès fonctionnel et général habituel.
b) L'action sur ie rythme des poussées. — C'est ici que doit essentiellement s'exercer notre esprit critique, pour ne pas conclure trop hâtivement, comme le font la plupart des auteurs, à la guérison. Et c’est ici surtout que se vérifie l'utilité des graphiques évolutifs.
L'étude de ces graphiques va nous permettre en effet de classer nos malades dans une des trois catégories suivantes :
1° Ceux où le rythme des poussées a été influencé. 20 Ceux dont le rythme n’a pas été modifié.
30 Ceux dont les cas prêtent à discussion.
‘10 LE RYTHME DES POUSSÉES A ÉTÉ INFLUENCÉ. — Cette amélioration ressort nettement de l'étude des graphiques 2,3, 16 et 5. Dans les trois premiers cas, l'affection évoluait par étapes rapprochées ; le fait de n'avoir pas récidivé depuis de nombreux mois acquiert alorsdela valeur. Dansl'observations, il s’agit du cas très net d’une malade qui, pour la première
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fois depuis 20 ans, n’a pas eu, au printemps dernier, sa crise annuelle. Nous avons plusieurs autres cas de cet ordre que nous ne pouvons que signaler, n’ayant pas eu les détails évolutifs suffisants pour établir une courbe exacte. Ces cas sont-ils réellement guéris ? nous n’oserions l’affirmer. Ce ne sont sans doute que des cas modifiés dans leur rythme évolutif, les périodes intercalaires tendant peut-être à s’allonger, fait en lui-même déjà très important. C’est en somme un chapitre d’attente.
20 LE RYTHME N’A PAS ÉTÉ MODIFIÉ. — Ces cas ne sont heureusement pas fréquents (3 sur 30, soit 10 %). Les graphiques 8, 14 et 17 témoignent de cette récidive après traitement à la vitamine A.
30 CAS PRÊTANT A DISCUSSION. — La plupart des autres cas doivent être discutés parce que nous n’avons qu’un recul insuffisant, deux ans et souvent moins encore. Sans doute un observateur qui se contenterait de noter la guérison de la dernière poussée pourrait considérer comme magnifique ce résultat maintenu pendant plusieurs mois, voire même pendant plus d’un an. En réalité, si l’on y regarde de plus près, et si l’on compare par le graphique l’évolution avant et après le traitement, on devient beaucoup plus modeste dans son appréciation. Prenons quelques exemples-types parmi nos
s ; les cas 7, 9 sont guéris depuis 5 à 6 mois, ce qui peut paraître très rassurant ; mais si l’on compare au reste de la courbe évolutive, on voit que ces malades ont déjà eu des ‘accalmies spontanées beaucoup plus longues (2 ans, 1 an 8 mois). Le cas 15 est guéri depuis un an, ce qui semble a priori un résultat excellent ; maïs il faut remarquer que la période intercalaire entre les poussées a déjà été de 18 mois, ce qui doit nous rendre prudents avant de conclure.
D'autre part, les cas 10 et 12, par exemple, sont guéris respectivement depuis 1 an et 8 mois. Mais là encore il faut bien se garder de po de guérison définitive puisqu il n'y a eu jusqu'alors qu’une seule poussée aiguë et qu’on ne connaît pas le rythme évolutif de ces observations, rythme qui