‹ Contribution à l'étude des Recto-Colites Ulcéreuses de Cause InconnueChapitre 56 sur 59 · CONCLUSIONS ET CRITIQUES · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS ET CRITIQUES

Un premier point doit être bien précisé : la vitamine A en applications locales est un traitement symptomatique et non étiologique.

De tous les traitements préconisés jusqu'alors il nous semble le moins mauvais. C’est celui qui nous a donné les pole résultats, les plus constants, les plus rapides.

Son action sur les poussées est, dans l'immense majorité des cas, indiscutable. Action nette sur les phénomènes généraux et fonctionnels, moins constante mais cependant fréquente sur les lésions anatomiques.

Certains graphiques ‘où l’on peut comparer son action à celle de tous les traitements antérieurs, montrent en outre que parfois les autres traitements, après avoir donné un résultat probant restent sans effet quand ils sont à nouveau utilisés lors des poussées ultérieures. Par contre, la vitamine A reprise aux poussées suivantes, garde toute son action.

Une remarque : l'efficacité sur la poussée est presque constante. Cependant, il est des cas où l’on assiste à un échec. A quoi faut-il alors l’attribuer ? Il semble qu'il faille incriminer non pas le produit mais l'insuffisance de son application. Il est en effet nécessaire qu'il y ait contact étroit entre le lavement vitaminé et la muqueuse. C’est quelquefois difficile à obtenir.

Nous avons pour certains malades essayé avec succès des modifications à la technique, soit en incorporant la vitamine A non plus à de l'huile, mais à du liniment oléo-calcaire, soit en ajoutant au lavement un mucilage (Agar-agar), soit en faisant préparer des lavements colloïdaux spéciaux, donnant un étalement plus considérable et plus finement divisé de la vitamine À permettant donc d’espérer un contact plus intime. Une malade récente avait été améliorée par la vitamine A

106 RECTO-COLITES ULCÉREUSES

et nous avions assisté à la cicatrisation de toute sa muqueuse rectale quand toutes les autres thérapeutiques avaient antérieurement échoué, mais il persistait au niveau du sigmoïde inférieur des lésions étendues, indélébiles, sur lesquelles notre traitement, même très longtemps prolongé, n’avait aucune action. Après 3 semaines de lavements quotidiens de vitamine À, incorporée à une substance colloïdale floculante, nous avons vu guérir ces ulcérations sigmoïdiennes rebelles que rien jusqu'alors n’avait pu modifier. |

Son action sur l'affection à rechutes est beaucoup moins nette.

Il y a certes des malades chez lesquels le rythme des poussées a été influencé. S’il nous fallait émettre une hypothèse, nous dirions volontiers que dans ces cas, cette amélioration est due à une transformation ou à un renforcement de la muqueuse rectale rendue ainsi moins sensible, plus résistante à la cause pathologique inconnue de la recto-colite ulcéreuse et hémorragique. ;

Mais très souvent le traitement par la vitamine A, n’empêche pas la reproduction des poussées. Cela d’ailleurs est

loin de nous surprendre, car, répétons-le, il ne s’agit pas là.

d’un traitement étiologique. Ce qui, au contraire, nous étonnerait, ce serait la non récidive chez des malades que nous étiquetons actuellement guéris.

Si nous voulions résumer en une phrase le résultat de toutes nos observations, nous dirions : « La vitamine À, en applications locales, est actuellement le meilleur traitement de la poussée, ce n’est pas le traitement de fond de la recto-colite ulcéro-hémorragique. » (RACHET).

Il semble, en effet, qu’à la base de l’affection existe une question de {errain, sur lequel le traitement vitaminé n’agit pas ou agit seulement indirectement en améliorant l’épine irritative que peut représenter une muqueuse recto-colite modifiée. C’est en partant de cette notion de terrain que nous réalisons actuellement des expériences dont nous espérons pouvoir donner les résultats dans quelques mois.

Telle est la conception que nous avons actuellement de l’affection et de son traitement. D'ailleurs, cela n’a pas qu’un

intérêt doctrinal puisqu'on arrive à se poser cette question :

Y a-t-il avantage à continuer le traitement entre les poussées? \

C’est un point important, car il s’agit d’un traitement assez onéreux et assez astreignant,.

Si l’on s’en rapporte à ce que nous avons dit plus haut, il

semble que cette continuité des soins ne soit pas nécessaire. En'ettet::

a) On ne voit pas bien l’action que peut avoir la vitamine À quand la muqueuse est réparée et la crise terminée.

b) Les malades ayant continué sans arrêt leur traitement ont néanmoins récidivé comme les autres non traités, en sorte qu'il est difficile d’avoir une opinion indiscutable.

Mais, devant le fait que la muqueuse n’est jamais parfaitement normale, même quand elle semble à première vue guérie, que les récidives se sont le plus souvent produites alors que les malades se sentant bien avaient d'eux-mêmes diminué la dose de vitamine À sans la supprimer complètement, nous avons jusqu'ici fait continuer le traitement pendant de longs mois, mais nous nous demandons si cela est bien utile.

Il faut bien dire que c’est là une attitude de prudence en une ère de tâtonnements. Avec une expérience plus ancienne, peutêtre pourrons-nous nous abstenir de tout traitement d’entretien.

Page 1