‹ Contribution à l'étude des Résections des Métatarsiens et des Phalanges des Orteils: Résultats fonctionnelsChapitre 10 sur 13 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

(Dr E. Briau, Revue d’orthopéche, 1898).

Résection de l'articulation métatarso-phalangienne du gros orteil gauche avec ablation de la première phalange.

M”° X..., âgée de trente-sept ans, est actuellement soignée par M. le professeur Poncet, pour une ostéoarthrite tuberculeuse du genou droit, datant de neuf ans (pointes de feu pénétrantes et immobilisation).

Elle a eu, il y à vingt et un ans, une affection du gros orteil gauche qui fut à n’en pas douter, d’après les renseignements, une ostéo-arthrite, également tuberculeuse, de larticulation métatarso-phalangienne du gros orteil. Cette affection, quidura un an, débuta par une localisation douloureuse au niveau de la première phalange, puis survinrent du gonflement, de la rougeur, enfin il s’établit une fistule avec écoulemeut purulent. M. le professeur L. Tripier pratiqua à cette époque la résection complète de Îa première phalange, en même temps que la résection de la tête articulaire du premier métatarsien correspondant. Cette tentative de conservation fut suivie de guérison, et il est permis aujourd’hui d’en apprécier le résultat définitif. Le gros orteil gauche, au lieu de continuer l’axe du premier métatarsien, fait au contraire avec lui une sorte d'angle droit, et, en même temps que l’œil est frappé par

cette déformation si particulière, on constate un raccourcissement considérable de l’orteil, La peau a conservé sa coloration normale, on remarque simplement les cicatrices opératoires anciennes. À un examen méthodique, la première phalange fait complètement défaut, et sousune cicatrice sans trace d'aucun noyau osseux, sans trace même d'aucune induration fibreuse, rien ne vient témoigner d'une régénération du squelette enlevé. La deuxième pha-

lange du gros orteil se met directement en contact avec la tête tronquée du métatarsien qui lui correspond, mais en même temps, comme nous l'avons dit, elle se lève en haut et en arriere, et elle forme avec l’axe de cet os un angle obtus tres ouvert, Quant aux mouvements de cette nouvelle articulation, mouvements imprimés par la malade, ils sont dans tous les sens tres limités, et elle ne saurait arriver à ramener le gros orteil dans la direction de ses congéneres.

Il résulte en résumé des considérations dans lesquelles nous venons d’entrer, que non seulement le gros orteil

conservé est le siève d’une difformité très accusée, mais que ses fonctions physiologiques sont nulles. Aussi faut-il le considérer non seulement comme inutile, mais encore, par suite de sa position vicieuse, comme particulièrement gênant. Il va directement, en effet, par son extrémité plantaire, buter contre l’empeigne de la chaussure et s’il ne pouvait être facilement ramené, par la pression,dansune bonne direction, il faudrait pour le pied gauche un sou lier tout à fait spécial, avec extrémité en dôme pouvant loger le gros orteil déformé qui, abandonné à lui-même, brave le ciel, suivant une expression ici tout à fait de circonstance. Heureusement qu'il s’agit, comme nous l’avons fait remarquer, d’une sorte d’orteil de polichinelle pouvant être ramené et maintenu assez facilement dans une bonne position. Il n’en est pas moins vrai que le doigt déformé tend constamment à se redresser ,et il est fort probable que l'impression de la chaussure à son niveau serait douloureuse et mal supportée, s’il ne s’agissait d’une malade marchant très peu et qui, atteinte d’une tumeur blanche du genou, ne se déplace qu'avec des béquilles.

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