CHAPITRE LII
LES HUILES LUBREFIANTES & LES CARBOLINEUM
Les huiles lubréfiantes sont tirées du règne végétal et du règne minéral, parfois du règne animal (poissons).
HUILES VEGETALES
Ce sont des éthers de la Glycérine : donc des corps saponifiables, contrairement aux huiles minérales qui ne le sont point encore. Elles n’ont ensemble qu’un point commun : leur grande viscosité physique et leur faible volatilité. Les unes et les autres agissant par colmatage des stigmates des parasites animaux et par asphyxie consécutive.
Les huiles d'Olive et d’Arachide ont été, depuis longtemps, usitées, un peu empiriquement, comme insecticides, mais à doses souvent exagérées. Ce ne fut qu’en 1939 qu'un Praticien de haute valeur : le Professeur BALAKOWSKY, après de nombreuses expériences, put démontrer que la concentration des huiles à émulsionner ne doit pas dépasser 1,5 %, dans les traitements d'été et 2,50 % dans les traitements d'hiver.
On ne doit utiliser que des corps gras liquides et
stables, légèrement volatils et peu visqueux, faciles à émulsionner ou à saponifier. Dans cet ordre d’idées on donnera la préférence (par ordre décroissant) aux huiles d’Arachide, d'Olive, de Colza et d’'Œillette (ou Pavot).
Pour faciliter leur émulsion il est utile de les additionner de Savon ordinaire ou mieux encore d’acide oléique et d’ammoniaque (pour former un savon spontané) selon la formule ci-dessus :
a) Emulsion au Savon :
Huile d'Arachides eee de 500 à 1.000 gr.
Savonide Marseille rente rene - de 1.000 à 1.500 — HaU 0e PULtS RENE EE RS q. s. p. 100 litres
b) Formule Balachowsky :
Huile d'ATAChITeM rer .. de 1.000 à 1.500 gr. Acide oléique ....... nes ss C7TD0 CET:
AMMONIAQUES ,. ; - ess see *.. 500 —
EAU -desourcé=. 5. 100 lit.
M. O. : Diluer AzH3 dans 3 à 4 litres d’eau de source ou de pluie et y verser le mélange d’huile et d’acide oléique liquides, en agitant pour activer la sanonification de la masse. Cette émulsion concentrée, tenue à l’abri de l’air, peut se conserver plusieurs semaines. Il suffira de la diluer pour l’usage c’est-à-dire, en vaporisations à l’aide de pulvérisateurs classiques.
Ces émulsions ont donné d’excellents résultats contre les Cochenilles et les Pucrons, comme insecticides de contact.
Leur activité peut être encore accrue, par addition de Nicotine en solution, à la dose 1 cm3 par litre.
L% HUILES ANIMALES ou HUILES de POISSONS |
En certains pays, comme l'Amérique et l’Allemagne, où les poissons abondent, en temps normal, on utilise volontiers cette matière première pour remplacer des corps gras, plus rares et de prix plus élevés.
- Les huiles de poissons ordinaires sont, in U.S.A., dénommées : Fish oil soap et celles de Baleine ou de Phoque sont les « Wale Oùl Soap » américaines.
On en fait des Savons de Potasse ou de Soude, additionnés ou non de résines, et on les utilise, surtout comme « mouillants » avec des bouillies arsénicales simples ou nicotinées. Ces émulsions là renferment d’ordinaire : 50 % d'huile, 30 % d’eau, 10 % de soude ou de potasse et 2 à 5 % de corps étrangers.
HUILES MINERALES
“Elles sont toutes tirées de la Houïlle ou du Pétrole.
a) HUILES DE HOUILLE dites « Anthracéniques ». On les obtient par distillations fractionnées de goudrons de Houille, dans les fours à coke :
Selon la température, le fractionnement s’opère dans la colonne à distiller et il en résulte 4 séries de -produits, diversement dénommés :
1° Les Huiles légères, passant à 170° C, dont la densité va de 0,9 à 1.
2° Les Huiles moyennes, passant à 170-230° C., dont la densité va de 0,01 à 0,02.
3° Les Huiles lourdes, passant à 200 280° C., dont la densité va de 1,02 à 1,04.
4° Les Huiles anthracéniques, passant à 280° C.
dont la densité va de 1,10.
Etant donné que ce qui fait la valeur de ces huiles est surtout leur degré de viscosité, il va sans dire que les huiles anthracéniques sont à peu près les seules usitées en parasitologie agricole.
Ces Huiles d’'Anthracène ou Brais contiennent de 2 à 3 % de corps à fonction phénolique : Anthracène, phénanthrène, fluoranthène, pyrène et quelques bases diverses, telles que : acridine, quinoléine, noléine, etc...
On ne peut les utiliser qu’au cours des traitements d'hiver et seulement sur les végétaux à feuilles caduques (et sous forme d’émulsions) car elles risquent de causer de fâcheuses brûlures sur les délicats tissus des plantes, surtout au cours de l’été et du printemps.
Longtemps étant donnés les nombreux phénols et crésols que ces huiles renferment (en proportions variables) la composition de ce parasiticide de grande classe, s’est révélée fort inconstante et a fait limiter ses. emplois. Ce qui était fâcheux, concernant un produit qui jouit de telles qualités, à la fois ovicide-insecticide, insectifuge et fongicide. Ce qui est fort appréciable, surtout par ces temps présents...
On en était réduit pour stabiliser, en partie, ses émulsions à les mélanger avec des bouillies bordelaises ou autres; ce qui apportait un élément cuivreux.… la plupart du temps, bien superflu, au cours des traitements d’hiver, où le Cuivre n’est point indiqué dans la pratique.
Aujourd’hui on prépare sous le vocable de CARBOLI- NEUM ou KARBOLINEUM solubles « une huile d’'Anthracène rendue soluble (ou pseudo-soluble) par divers procédés constituant des secrets de fabrications » et dûment brevetée sous le nom de « Karbolineum >». On s’en sert, surtout contre les Pucerons et les Cochenilles des Arbres fruitiers, de nos vergers et jardins, mais seulement pendant le grand repos complet de la végétation, c’est-à-dire au cours de l’hiver, car il serait dan-
gereux d'opérer en été. Il convient cependant d'éviter d'opérer par temps humides ou trop froids, à cause des gelées éventuelles, qui nuiraient aux opérations favora- . bles. Les effets de ces traitements sont d’ailleurs plus efficaces, sous les ciels lumineux et les climats chauds du Midi, que dans les brumeuses régions du Nord.
Ces émulsions de Carhbolineum soluble peuvent être employées à l’état pur, mais il est préférable de les additionner de quantité suffisante de bouillie bordelaise, à 3 à 8 % selon les variétés d'arbres à protéger.
Pour les Abricotiers et les Pêchers, il suffit de 3 %.
Pour les Cerisiers, Pruniers et Pommiers taillés, il faut 6 %.
Pour les Amandiers et les Noyers plus gros : mêmes doses maxima.
On devra utiliser un jet direct et violent pour les arbres à haute tige. Une pression plus basse et un jet en cône suffiront pour les arbres traités de 3 à 6 % et pour les branches fruitières et les ramilles, il suffira d’une pression de 3 à 4 kilos, en jet évasé à fines pulvérisations dispersées à 50 cm. au moins du branchage. Comme quantité de liquide à vaporiser il faudra compter, selon la taille des sujets, c’est-à-dire :
de 4 à 7 litres pour les arbres naïins ou à basse tige taillés ;
de 8 à 13 Litres pour les arbres taillés à haute tige;
de 14 à 25 litres pour les gros arbres, à haute tige non taillés;
et de 20 à 40 litres pour les gros arbres tels que les Noyers.
b) HUILES DE PÉTROLE, dites « Huiles blanches » ou « White Oùls » et « Pâles Oùls ». Le Pétrole brut, très en vogue, jadis, en Amérique n’est plus utilisé en parasitologie agricole. L’on préfère les huiles lourdes de
pétrole, obtenues par distillation de ces hydrocarbures, puis par lavages et raffinages divers. Elles doivent répondre à certains indices de distillation, de volatilité, de viscosité et de sulfonation, selon les parasites à combattre et l’usage auquel on les destine.
Indice de distillation : D'après cet indice les huiles sont classées en 4 catégories :
Huiles légères distillant à 350° : proportion .. 65-99 % Huiles semi-légères - — .. 50-65 Huiles moyennes — —— .. 85-00 ; Huiles épaisses —— — .. 0-35 %
Indice de volatilité : Cet indice est en fonction de la viscosité; plus elle est volatile, moins son action sera durable; les huiles trop volatiles ont une action trop fugace et celles qui le sont peu ont de trop grandes facultés de pénétration et causent des brûlures. La volatilité devra donc varier selon la température et les traitements d’été ou d’hiver ! Ces indices sont établis selon la méthode de DE ONG.
Indice de Viscosité : Cet indice est lié au précédent. On le mesure au viscomètre de SEYBOLD ou d'ENGLER. Ce sont les huiles plus visqueuses qui sont supérieures comme pouvoir insecticide, par suite de leur plus ou moins rapide diffusion, mais elles provoquent quelques brûlures.
Indice de sulfonation : Cet indice varie avec la teneur des huiles en Carbures saturés et non saturés, de la série grasse. Les premiers donnent par combinaison avec SO‘H2 un résidu floculent, qui précipite et forme le « résidu sulfoné », tandis que l’huile non sulfonée surnage : L'indice de sulfonation est fourni par cette « portion sulfonable » de l'huile. Il peut osciller de 50 à 70 %.
Ces « White Oils » Lubricatings Oils ou « Dormant Oils » sont réservés aux traitements d'été : leur den-
sité oscille de 0,800 à 0,890. Leur point d’inflammabilité, entre 275° et 440°. Ce sont des huiles de paraffine les plus épurées, dites « Type d’été » que l’on emploie à la dose de 1 % en émulsions. Le « Type d'hiver » est moins purifié : on l’emploie à 3 ou 4 % mêlé à des produits décapants.