‹ Contribution à l'étude des rosacées-prunées-amygdaléesChapitre 4 sur 149 · PRELUDE SUR LES PÊCHES & LES PÉCHERS · texte numérisé non relu

PRELUDE SUR LES PÊCHES & LES PÉCHERS

« Des Pêchers que fleurit le pâle et tendre Avril, Descendent, lentement, de légers flocons roses, Qui mettent des émaux sur les gazons moroses, Où les matins, encor, s’argentent de grésil.

L'arbre dut emprunter cet incarnat subtil, À l’aurore, féérique ordonnatrice des choses, Pour en peindre l’émoi des corolles écloses, A l'heure où le soleil est revenu d’exil...

Et, quand l’Automne vient, patinant les fruits lourds, Dont les chairs font bomber leurs robes de velours, Des tons chauds, qu'il puisa sur sa riche palette,

De nouveau, des carmins vont mêler leur éclat A l’ivoire avivé de plaques de grenat, Où l’ardente langueur des aubes se reflète ».

Ce délicieux sonnet du très sympathique et délicat poète Henri LECLERC, consacré aux « pêchers en fleurs », prélude, magnifiquement à cette étude d’une essence d’arbre fruitier, particulièrement délicate et recherchée par les amateurs des Jardins. Et l’on peut

ajouter, avec le D' H. LECLERC, dans les « Fruits de France » : « Que le Printemps l’ait couvert de fleurs d’un rose tendre, qui lui donnent l'aspect d’une claire vapeur où se jouent les lueurs d’une aube naissante, que l’été fasse plier ses branches au feuillage gracile, sous le poids de ses fruits veloutés et laqués de carmin, le Pêcher nous apporte la vision d’un arbre d'Orient, digne de peupler les Jardins enchantés des Mille et Une Nuit 15... L

Après avoir longtemps et longuement discuté sur l’origine du Pêcher, les Botanistes sont, aujourd’hui, d'accord pour reconnaître le Céleste Empire comme son lieu d’origine. A la vérité les textes anciens sur lesquels se fonde son origine orientale sont assez obscurs et confus à souhait : certains auteurs, tels que DUHAMEL du MoNCEAU, le font provenir d’Ethiopie : venu d’Ethiopie en Perse, de Perse en Egypte et d'Egypte à Mycène, le Pêcher était connu des Anciens, sous le nom de Persica, Persea et Persicus.

Il est plus vraisemblable que la Chine soit son véritable berceau d’origine, car le.fruit du Pêcher fut chez les Chinois l’objet d’un vénérable culte, depuis les temps les plus reculés et devint même le symbole de l’immortalité... A en croire l’Auteur du Chin-noug-king, ce fruit « éternise la vie et préserve le corps de la corruption, jusqu’à la fin du Monde, si on le consomme en temps opportun ».

Le Pêcher était inconnu en Asie occidentale jusqu’au II: Siècle avant notre Ere : Il est probable que l’importation de cet arbuste, aux fieurs éclatantes et précoces, est due à quelque caravane, venue de l’Empire du Milieu jusqu’au royaume des Parthes, et que, de là, sa diffusion s’étendit vite jusqu’à la Caspienne… à travers l'Iran et la Syrie... Les Pêches duracines (Persicorum palma duracinis) — variétés auxquelles PLINE-le-Naturaliste ne manquait point de décerner la palme parmi tant d’autres fruits succulents — ne tiraient-elles point leur nom de Durak (Duracina) : ville du Faristan ?

PSE ES

Et POSIDONIUS signale, à son tours, l'existence du

« Perseion », en Syrie et en Arabie :

pepe de Xœ To Tepoesov m Apaoia Xaim Xvpla:

Certains auteurs grecs, se référant à l’incarnation et au parfum si délicats de la Pêche, comparables à la Rose, l’appelaient : puôooivea . Mais le plus grand nombre la nommaient : wforxov pmAov & mepaetov..., -parce qu'ils la supposaient d’origine persique... ce que les Latins avaient traduit par persica; (la persique) ou Malum persicum (pomme persique). En Arabe ce fruit est dénommé : Sauch Chauch.

L'arbre était, en latin, le Malus persica, et en grec : wÉoix7 hear: ER

En Allemand c'est le « Pfersichbaum » et le fruit est la « Pfersing ».

En Espagnol la Pêche s'appelle : Pescégos, en Ita-

lien : Persiche, en Arabe : Sauch-Chauch, et en vieux

François : Pesche...

Selon CORNARIUS les pêches et les Pêchers étaient de son temps, dénommés : Rodacena et Duracina et aussi, Fructus Rhodacenorum ou Rodacenon, et il convenait d'écrire, en grec, pvôooiwvsa plutôt que ôvpaxa : ce, terme de Duracia devant être réservé à l’abricot, ainsi que ceux d’Armenia et Précocia. Celui de Duracina était usité par PLINE, pour désigner une Pêche à peau épaisse, et non pour toutes les Pêches, de même qu'il désignait, la Cerise à peau dure, par le terme de Cerasa duracina.

PLINE dit encore, que le nom du Pêcher fut importé de Perse et que le fruit de cet arbre était étranger en Grèce comme en Asie. Selon cet auteur les Pêchers sont stériles en l'Isle de Rhodes, et si cet arbre — importé d'Egypte — est capable d’y fleurir, comme en son pays d'origine et autres lieux circümvoisins, il est inapte à transformer ces fleurs en fruits savoureux... Les Pesches duracines, ou les Presses sont, aux dires de PLINE, les plus estimées de toutes; les Gauloises et Asiennes

portent le nom de leur pays d’origine. Elles sont mûres

Page 1