INTRODUCTION
Ayant eu l’occasion d'observer un cas intéressant de cysto-sarcome du sein, nous avons cru qu’il y avait dans l'étude de cette affection de la mamelle matière à quelques recherches. C’est ce qui nous a décidé à les entreprendre et à choisir cette question comme sujet de notre thèse inaugurale.
Notre intention n'est pas de rapporter ici tous les cas de tumeurs semblables que nous avons pu recueillir ; il nous aurait fallu faire un mémoire par trop considérable ; nous avons seulement colligé les observations qui nous ont paru les plus dignes d'intérêt à des titres divers. De leur étude nous avons cherché à en dégager ce qu'il y avait de
spécial à l’adéno-sarcome kystique du sein, trop heureux si nous avons pu contribuer à mettre un peu d'ordre dans ce chapitre nosologique.
Mais avant de poursuivre, qu’il nous soit permis de remercier nos maîtres dans les hôpitaux de Paris.
M. le D' Hanot a été un de nos premiers maîtres. Nous n'oublierons jamais ses savantes leçons et les excellents conseils qu'il nous a prodigués pendant notre stage dans son service à l’hôpital St-Antoine.
Nous tenons à assurer de notre profonde reconnaissance M. Monod, chirurgien de l’hôpital St-Antoine et M. Moi-
zard, médecin à l'hôpital des Enfants-Malades.
M. Budin, accoucheur .en chef de la Maternité, nous a
Définition.
Nous étudierons sous ce titre de sarcomes kystiques de la mamelle toutes les productions adéno-sarcomateuses compliquées de kystes; nous éliminerons ainsi de par notre dénomination toutes les tumeurs adénoïdes en dégénérescence sarcomateuse, mais non kystiques.
Cette élimination nous restreint naturellement le sujet que nous avons à traiter. Néanmoins tel qu’il est il est encore étendu.
On verra par ce qui va suivre que le cysto-sarcome du sein mérite une description spéciale. Cette variété de tumeur de la mamelle forme en effet un tout qu'il importe de bien connaître tant au point de vue anatomique qu’au point de vue clinique. On verra à quelles erreurs elle a pu donner lieu dans les deux cas, et quelles conséquences fàcheuses il en peut résulter.
Synonymie.
Avant d’entrer en matière il importe, après avoir précisé la question, de s'expliquer sur les termes employés par les auteurs pour la dénomination des tumeurs kystiques du sein.
Il faut dire tout d’abord que la synonymie est d’une très grande richesse. Chaque anatomo-pathologiste a presque
Fra cru nécessaire de créer un terme nouveau pour désigner cette affection.
Récapitulons rapidement les termes adoptés par les principaux auteurs.
Cruveilhier (1), frappé de la consistance dure et de la dégénérescence kystique de ces tumeurs, les nomme : tumeurs fibro-cystiques. s
Pour Velpeau (2), elles constituent une variété des tumeurs adénoïdes, et le grand chirurgien de la Charité les appelle : adénoides kystiques.
Müller (3), frappé par la structure embryonnaire du tissu de la tumeur, les classe dans la grande famille des sarcomes ; aussi les a-t-il appelées cys{o-sarcomes.
Paget (4), en raison du caractère végétant de la tumeur dans les cavités kystiques, crut saisir là le principal élément différentiel de ces tumeurs d'avec les autres kystes du sein. Aussi proposa-t-il de les nommer : kystes prolifères. ë
Toutes ces dénominations sont bonnes par certains côtés ; mais la plupart sont incomplètes. Sil'on voulait tenir compte de toutes les conditions étiologiques, anatomiques et cliniques qui ont trait à cette variété de néoplasmes, on devrait décorer ces tumeurs du nom très juste, mais un peu trop long de : adéno-sarcomes kystiques du sein. Cette dénomination seule est complète et permet d'éviter toute équivoque sur ce qu'on veut désigner.
(1) CRUVEILHIER (J.), Mémoire sur les corps fibreux de la mamelle. Bull. de l'Acad. de méd., 1843-44, t. IX, p. 380.
(2) VELPEAU, Traité des maladies du sein et de la région mammaire, 1854.
(3) MULLER (J).Ueber den femeren Bau der Geschwülste. (4) PaGEr (J). Lecture on surgical Pathology, 1853, t. IT, p. 56.
Historique.
L'histoire des sarcomes kystiques du sein. est intimement liée à l’histoire même des tumeurs bénignes de la mamelle.
Comme pour ces tumeurs en général, et suivant en cela l'exemple de Labbé et Coyne, nous croyons qu'on peut admettre trois périodes dans l’histoire de la sarcomatose kystique du sein. Ces trois périodes sont les suivantes : 1° période clinique ; 2 période anatomique ; & période histologique. S
1° Période clinique. — Au début le sarcome de la mamelle rentrait dans la classe des cancers, et l’époque n’est pas même très éloignée où tout ce qui était tumeur du sein était considéré comme tumeur maligne.
Ce fut Astley Cooper (1) qui le premier mit un peu d’ordre dans la pathologie de la mamelle et reconnut qu’on devait y distinguer des tumeurs malignes et des tumeurs bénignes. C’est une des gloires du chirurgien anglais d’avoir fait cette distinction ; il est juste cependant de dire qu'il fut précédé dans cette voie par quelques autres cliniciens, Ledran (2), Boyer (3) entre autres. Néanmoins s’il
(1) Asrzey Cooper, Œuvres chirurg. complètes, trad. franç. de RICHELET et CHAssAIGNAC, 1837, p. 520 et suiv.
(2) LEDRAN, Des cancers qui se forment aux mamelles des femmes, souvent occasionnés par des causes externes. Mém. de l’Acad. roy. de chir., 1767, t. ET, p. 99.
(3) Boyer, Trailé des maladies chirurgicales, t. VII, p. 228 et suiv.