‹ Contribution à l'étude des sarcomes kystiques de la mamelleChapitre 3 sur 17 · PHARES · texte numérisé non relu

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ne créa pas de toutes pièces la division clinique précédente, ce fut lui qui le premier l’exposa complètement. Parmi les tumeurs bénignes qu’il a décrites s’en trouve une que nous devons retenir ; il s’agit de la tumeur hydatique dela mamelle (1). On s’accorde généralement aujourd'hui pour voir dans la tumeur hydatique de la mamelle décrite par cet auteur plusieurs entités morbides différentes : 1° les hydatides de la mamelle, 2° la maladie kystique du sein, 30 et un certain nombre de fibromes ou de sarcomes kystiques. « Nous n’en voulons pour preuves, disent Labbé et Coyne, que les deux paragraphes où Astley Cooper décrit les hydatides et les globules arrondis, formés d’un tissu cellulaire œdémateux, suspendus par des filaments aux parois des kystes, et pourvus de parois douces d’une vascularité excessive ».

Waren (2) dans son Traité des tumeurs adopte pleinement les idées de l’auteur anglais.

En France la question des tumeurs du sein restait en retard : elle ne fut reprise qu'avec Velpeau (3). L'illustre chirurgien de la Charité, tout en acceptant partiellement les opinions d’Astley Cooper, crée une grande classe de tumeurs du sein: les adénoïdes. C’est dans cette classe qu'il range les tumeurs kystiques que nous voulons étudier ici.

Dans les thèses de concours de Nélaton (4) et de Bé-

(4) Loco citato, p. 517.

(2) Ware (J.), Surgical observations on tumeurs, London, 1859, p. 210.

NE 2 Traité des maladies du sein et de la région mammaire, 1854, p. 355. :

(4) NÉLATON, Des tumeurs de la mamelle, Thèse d’agrég., 1839.

rard (1), nous ne trouvons rien sur les sarcomes kystiques du sein. Ces auteurs adoptent purement et °HRISHen les idées de Velpeau.

Il faut en arriver au mémoire de Cruveilhier (2), consacré à l'étude des corps fibreux de la mamelle, pour trouver des vues nouvelles sur le sarcome et en particulier sur les kystes du sein. L'illustre anatomiste décrit en effet les formations kystiques, les végétations polypeuses de ces corps fibreux de la mamelle. Cruveilhier complétant l’analogie essaie de rapprocher les cavités intra-mammaires des géodes qui se rencontrent dans les corps fibreux utérins.

Sans vouloir enlever à Cruveilhier la part qui lui revient dans l’étude des tumeurs kystiques de la mamelle, et en particulier du sarcome, il est juste de reconnaître « qu’à côté de notions exactes, il en indique d’autres qui ne sont plus admissibles aujourd’hui » (Labbé et Coyne).

2° Période anatomique. — Dans cette période, qu'avec Labbé on pourrait mieux appeler période de la spécificité cellulaire, l’étude des sarcomes kystiques de la mamelle pe fait pas un grand pas.

Lebert (3) en créant les adénomes du sein importe le premier dans la pathologie mammaire la notion de l'élément spécifique en anatomie pathologique. Il importe de faire remarquer que l’adénome de Lebert se rapprochait essentiellement de l’adénoïde de Velpeau.

(1) BéraRD (A.), Diagnostic différentiel des tumeurs du sein, Thèse de concours, 1842.

(2) CRUVEILHIER, Des corps fibreux de la mamelle. Mém. Acad. de méd., 1843-44, t. XI, p. 330.

(3) LÉBErT, Bull, de la Soc. anat., 1850, t. XXV, p. 11-18, et 59-61.

A. Broca (1) conserva cette classification et décrivit tout au long dans son Traité des tumeurs l’adénome de la mamelle. |

Il montre que les adénomes de la mamelle forment un groupe compact comprenant les tumeurs mammaires chroniques d’Astley Cooper, les tumeurs fibrineuses de Velpeau, les fibromes de Cruveilhier. Il fait voir en outre qu’on trouve dans ces adénomes des cavités kystiques d'origine glandulaire, remplies de végétations foliacées, dont les différentes nervures, disent Labbé et Coyne, sont séparées par des dépressions plus ou moins profondes.

Les anatomo-pathologistes français de cette période s’étaient surtout appliqués à l’étude des tumeurs bénignes du sein considérées comme tumeurs homéo ou hétéromorphes de la glande mammaire ; les Anglais au contraire se livrèrent plus particuHérement à l'étude des kystes ne présentaient ces tumeurs.

Sir John Paget (2) le premier étudia d’une facon complète les kystes dela mamelle. Il décrit successivement les kystes simples, les kystes prolifères et les tumeurs glandulaires. Il insiste surtout (3) sur les kystes prolifères qui constituent la grande classe des kystes de la mamelle et qui peuvent devenir l’origine de toutes les variétés de tumeurs du sein. « En effet, dit Labbé, la cavité du kyste serait remplie d’un liquide séreux, ses parois seraient minces, et à cette période il serait impossible de le différencier d’un kyste séreux ordinaire ; mais bientôt, et c’est

(1) A. BRoCA, Traité des tumeurs, t. II, p. 418. (2) PAGET, Lecture on surgical Pathology, 1853, t: 11, passim. (5) Loco cilalo, p. 248.

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à cette particularité-là qu’on le reconnaitrait, la face interne de ses parois se recouvrirait de végétations plus ou moins sessiles, plus ou moins pédiculées. Puis les végétations, augmentant de volume, finiraient par remplir la cavité du kyste, et se souderaient par toute leur périphérie aux parois kystiques ; le liquide d’ailleurs se serait résorbé au fur et à mesure que les végétations se seraient développées. Ce travail d’adhérence terminé, une tumeur primitivement liquide puis contenant des parties liquides et solides en quantité variable, donnerait naissance à une tumeur entièrement solide, qui néanmoins conserverait la forme lobulée qu’elle avait alors qu’elle était en voie de développement ».

Paget décrit à côté des kystes prolifères une autre variété de cavités kystiques, d’origine glandulaire, dues à la dilatation des conduits excréteurs, et qui rentrent aujourd'hui en partie dans le groupe des tumeurs kystiques sarcoma- teuses du sein.

Birkett (1) qui succéda à Paget reconnut dans la mamelle deux variétés de kystes : 1° les kystes par rétention ; 2° les kystes blastématiques. Ce dernier mot était mal choisi; c'était, il est vrai, l’époque de la théorie des blastèmes et Birkett y sacrifia. Maïs sous cette dénomination de blastématique cette variété de kyste comprenait une foule de kystes, les kystes lacunaires en particulier, dont beaucoup appartiennent actuellement aux formations kystiques des sarcomes du sein.

3 Période histologique. — Ce furent les recherches de

(1) BinkerT (J). Guy’s hospital Reports, 1849, 2. s., t. VI, p.327 et 1851, 2.s., t. VII, p. 305.

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l'école allemande qui mirent seulement du jour dans cette étude des adéno-sarcomes du sein et consécutivement des kystes dans les sarcomes.

« Et c’est Müller (1), le premier, qui attira l'attention, d’une facon spéciale sur l'existence de cavités, de kystes contenant des végétations de forme variée. Il crée pour ces tumeurs, et à cause de ce caractère anatomique, la dénomination de cysto-sarcome phyllode et proliferum, décrivant ainsi les tumeurs que Paget désignait sous le nom de kystes proligères. Müller manifeste l'intention d'établir une différence entre deux variétés de tumeurs ; en effet il décrit comme cysto-sarcome proliférant des faits où les végétations intra-kystiques contenaient de nouveaux kystes, tandis que le terme de cysto-sarcome phyllode s’applique aux tumeurs dans lesquelles les mêmes végétations sont entièrement solides. Cette différence mérite-t-elle d'être conservée et correspond-t-elle à un caractère tellement important qu'elle doive être signalée par une dénomination spéciale ? Nous ne le pensons pas.

» D'un autre côté, ce terme générique de cysto-sarcome est-il toujours exact ? Oui dans le plus grand nombre des cas, mais il élimine forcément la presque totalité des tumeurs qui sont à leur début et dans lesquelles les végétations qui s’y développent ne sont encore que rudimentaires. Cette dénomination de cysto-sarcomes créée par Müller ne s'applique qu'aux tumeurs anciennes, arrivées au dernier terme de leur développement, dans lesquelles la formation kystique à, pour ainsi dire, absorbé tous les autres caractères pathologiques.

(1) MULLER, loco citato.

» Ces recherches de Müller, tout en attirant l'attention comme elles méritaient de le faire, n’eurent d'influence qu'en Allemagne, où le terme de cysto-sarcome servit pendant longtemps, et sert encore communément, à désigner la plupart des tumeurs bénignes du sein.

» Gette notion de la nature kystique de ces productions morbides fut plus tard complétée par Reinhard (1) qui, le premier en Allemagne, découvrit que les cysto-sarcomes de Müller n'étaient que des tumeurs d'origine glandulaire, des sarcomes développés dans la splière conjonctive des organes sécréteurs, et étaient dus à une modification importante survenue dans la constitution intime du tissu conjonctif péri-acineux et interlobulaire.

» Cette notion nouvelle fut confirmée par Meckel (2). Cet auteur démontre en effet que le processus morbide se développe autour des conduits glandulaires ». Il montre en outre que les cysto-sarcomes naissent au sein des lacunes conjonctives dans lesquelles sont plongés les acini etleurs canaux excréteurs. Il divise enfin les kystes de la mamelle en: kystes d'évolution formés lors de la puberté aux dépens des acini dilatés grâce à une subévolution des canalicules excréteurs, et en kystes d'involution formés lors de la ménopause par un phénomène inverse, mais de subinvolution. Cette théorie et cette division sont fausses comme l'ont démontré depuis les études embryologiques sur le développement de la glande mammaire.

(4) REINHARD, Pathologisch-anatomische Uniersuchungen. Berlin, 1852, p: 125. c

(2) .Meckez (H.), Patholog. Anat. der Brustdrüse. Illustrat. med. Zeitung. München, 1853, Abth. III, p. 141,

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Virchow (1) en reconnaissant au sarcome une origine conjonctive rejette implicitement la théorie de l’adénome mammaire et explique ainsi difficilement la formation de certaines cavités kystiques.

Depuis Virchow, tous les auteurs qui suivirent ont eu à peu près pour but de concilier les deux théories rivales dans la pathogénie du sarcome du sein. Les uns avec Billroth (2), Rosenstein (3), Labbé et Coyne (4) attachent une grande importance pathogénique aux modifications primitives du tissu conjonctif péri-acineux ; les sarcomes du sein sont pour eux des sarcomes adénoïdes (Billroth). D'autres au contraire avec Cadiat (5), Monod (6), semblent donner une influence prépondérante aux changements survenus dans la constitution de l’épithélium des acini mammaires ; c’est la théorie de l’adéno-sarcome du sein proprement dit. Quelles que soient leurs vues ces auteurs expliquent à peu près de la même façon le mode de développement des kystes à l’intérieur de ces tumeurs sarcomateuses de la mamelle. Nous aurons à étudier plus loin ces vues et ces idées pathogéniques.

Depuis lors, et dans tous les travaux récents et les + servations que nous avons pu recueillir, on a insisté sur-

(1) VircHow, Trailé des tumeurs, trad. franç., t. I, p. 281, 318, 339 et t. II, p. 991.

(2) BILLROTH, in Handbuch der allg. und spec. Chirurgie, von Pitha und Billroth, 1865, t. III, part. 2, Liv. 4.

(3) ROSENSTEIN, Contribution à l’histologie et au développement du fibrome de la mamelle. Arch. v. Virchow, 1873, t, XXV.

(4) LABBÉ ET COYNE, loco citato.

(5) CaDprAT, Du développement des tumeurs cystiques du sein. Journ. de l'anat. et de la phys., 1874.

- (6) CH. Moxon, Contribution à l'étude des tumeurs non carcinomateuses du sein. Arch. génér. de méd., janvier 1875.

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