TRAITEMENT
Du chapitre précédent, l’on peut déduire que le traitement doit être souvent décevant ; et ce qui le prouve, c’est la multiplicité des traitements qui ont été préconisés après les échecs fréquents de chacun d'eux.
Il est un fait : c’est que la septicémie survient chez des individus tarés ou surmenés, aussi leur réaction en face de l'infection est-elle extrêmement amoindrie, expliquant ainsi, l’insuccès de bien des traitements. Comme dans toute septicémie, il faudra traiter :
Le point de départ ;
La diffusion des microbes dans l’organisme ;
Enfin les métastases.
Traiter le point de départ est parfois chose facile : septicémie secondaire à un panaris, à un abcès, etc. ; mais souvent plusieurs problèmes se posent : d’une part, la porte d’entrée peut passer inaperçue, et, on sait que c’est là l’habitude dans la forme endocarditique, isolée par Giroire; d’autre part, il peut parfois être impossible de traiter cette porte d'entrée, même reconnue : c’est le cas de la plaque de dermite érysipélatoïde sans abcès collecté.
Enfin, dans certains cas, il ne faut pas oublier comme l'a dit Métivet que les septicémies peuvent êtrè déclenchées par une intervention inopportune et brutale por-
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tant sur le foyer septique. Cette question se pose surtout en présence de furoncles et d’anthrax; aussi en présence de furoncles et d’un anthrax, surtout de la face, l’abstention opératoire est préférable. C’est après une triple incision d’un furoncle du conduit auditif externe que la malade de notre observation XVII a présenté sa dermite et sa septicémie staphylococciques. L'avis actuel de tous les chirurgiens est de traiter médicalement les furoncles et anthrax de la lèvre supérieure, du nez, par des pulvérisations, des vaccins. Certains auteurs ont préconisé de les traiter par la radiothérapie et ont obtenu des succès encourageants. (Faure- Beaulieu).
Quand la septicémie est déclanchée, on la traitera par des moyens chimiques ou biologiques.
Les moyens chimiques sont les premiers en date. Le Collargol fût recommandé dès 1895 par Crédé; plus tard, on employa d’autres métaux colloïdaux, or, platine, puis les sels d’étain que l’on espérait plus spécifiques.
Les insuccès de ces méthodes ont incité à chercher du côté des matières colorantes, dont l’affinité pour les microbes était connue, on essaya :
Le bleu de méthylène.
L’argochrome, combinaison d’argent et de bleu de méthylène. |
La trypaflavine, plus récemment. L’injection est faite intraveineuse à la dose de 10 à 50 centimètres cubes d’une solution au 1/100. Lemierre en a rapporté deux observations en 1925, avec guérison; mais, l’auteur
LHERONEE.
notifie qu’il est impossible d'attribuer cette issue au médicament employé. De plus son emploi est à rejeter dans le cas de lésions rénales.
Le mercurochrome 220, soluble de Young, est fait en injections intraveineuses. La dose étant de 5 mmg. par kilog et la solution employée à 1/100. Cet auteur rapporta des résultats remarquables non confirmés par la suite.
Dès 1923, Léger, Gallip, Gautier et Billard obtiennent de bons résultats dans les anthrax, érysipèle par les injections intraveineuses de So‘Cu. Le résultat des expériences de ces dernières années n’a pas été aussi bon et Reinhold dans sa thèse de 1934 conclût que ce traitement possède dans les infections à staphylocoques non septicémiques une action certaine, mais, qu’il est incapable d’arrêter l’évolution grave des cas de septicémies. Nous avons tenté des injections de SoCu dans deux cas :
Dans notre observation IV, qui se termina par la guérison, et dans notre observation VII, rapidement mortelle ; mais, ces deux seuls cas ne nous permettent pas de juger l’action de ce traitement.
Enfin, on a également essayé les injections intraveineuses d'alcool qui donnèrent quelques résultats.
A côté de ces moyens chimiques on peut essayer de renforcer la réaction de l’organisme, soit, en apportant des anticorps, soit, en l’aidant à en produire :
L'apport des anticorps peut se produire au mieux par l’'immunotransfusion. Dans notre observation IV nous avons fait successivement deux immunotransfusions de 150 cc. Le donneur était le malade de notre observation
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III qui avait eu une septicémie à staphylocoques guérie. Chaque transfusion fût poussée lentement à la seringue de Jubé et suivie d'aucun choc, seulement une légère ascension de la température après la deuxième injection. Avant les immunotransfusions, l’état général était extrêmement grave, avec lésions pulmonaires et rénales, la température oscillait aux environs de 400. Les jours suivant la première immunotransfusion, la température baisse de 1 degré environ, mais, l’état général reste très grave. Après la deuxième immunotransfusion, faite quinze après, la température va baisser progressivement de 390 à 370 en même temps que l’état général se relève, et que les lésions pulmonaires et rénales disparaissent. Consécutivement à ce traitement étaient faites des injections d’autovaccin.
Comme toujours, il est extrêmement difficile de tirer une conclusion de notre observation; néanmoins, la baisse de la température, l’amélioration de l’état général sont apparus après la première et, surtout la deuxième immunotransfusion : amélioration qui semble avoir été consolidée par les autovaccins, sur lesquels nous reviendrons ultérieurement.
Pour tenter de renforcer la formation d'anticorps dans l'organisme on a essayé les abcès de fixation et les vaccins.
Nous avons employé l’abcès de fixation dans un seul cas: notres observation VI sans aucun résultat; en réalité, il ne semble pas avoir d'indications lorsqu'il existe déjà des métastases purulentes, son action semblant être uniquement de localiser l’affection. On peut
en rapprocher l'observation de MM. Villaret, Justin- Bezançon, et Fauvert qui ont rapporté un cas à la Société Médicale des Hôpitaux, dans lequel l'apparition spontanée d’un abcès de fixation fût un facteur indiscutable d'amélioration.
Les vaccins, et, surtout les auto-vaccins, ont été très employés dans le traitement des septicémies à staphylocoques. Monnier, qui a enregistré un succès personnel par les autovaccins, leur attribua la chute de la température et la bénignité des matastases : ils agiraient par apport d'anticorps ; d’autres auteurs, attribuent au contraire leur action au choc. En réalité, nous avons traité trois malades par des autovaccins avec deux guérisons.
Dans notre observation III, le malade reçût une première série de douze injections qui amenèrent d’abord une sédation de la température et des localisations, mais, avec rechute à la fin. Une deuxième série, faite vingt jours après la fin de la précédente et faite de quinze injections, s’accompagna d’une reprise nette de l’état général avec baisse progressive de la température à 379, sans nouvelle apparition de métastases et guérison ultérieurement.
Nous avons déjà vu l’action, dans notre observation IV, des deux immunotransfusions qui furent accompagnées d’une série de vingt injections d’autovaccins : injections, nous l'avons dit, ayant semblé consolider l’action des deux immunotransfusions.
Dans notre observation VI, nous avons fait onze injections d’autovaccins, sans résultat, le malade ne présentant plus aucun moyen de défense dans son organisme.
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En somme, dans les cas que nous avons traités, il nous est permis de conclure à l’action favorable des autovaccins ; non pas, tout au début, ni dans! les formes suraiguës lorsque l’organisme est sidéré, mais après quelques jours, quand les moyens de défense commencent à s'établir, au besoin après une ou deux immunotransfusions qui les auront stimulés.
En décembre 1934, à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, M. Alberto Mané, présenté par notre maître M. le Professeur Lereboullet fit une communication très intéressante sur un cas de septicémie, post abortum, guéri par la vaccination effectuée avec des bacilles vivants; nous reproduisons ici le résumé qu’en donne l’auteur :
« En résumé, nous pouvons reconstituer les faits de la façon suivante :
1° Avortement infecté (annexité, paramétrite) ;
29 Guérison apparente après cinquante jours d’un traitement adéquat dans deux cliniques ;
3° Séjour au domicile de six jours pendant lesquels, probablement par suite d’un traumatisme génital (coït), la paramétrite et l’annexité se réveillent aggravées ;
49 Nouvelle entrée à notre clinique, cette fois, avec septicémie à staphylocoque doré ;
5° Aggravation extraordinaire qui résiste à toute médication classique ;
69° Vaccination cutanée, avec une culture sur agar de staphylocoques de la malade, lavée au sérum physiologique (scarifications à la face externe de la cuisse droite) ;
7° Période de cinq jours sans modification apparente du tableau ;
8° Suppuration in situ, franche et abondante ;
90 Apparition immédiate à distance de : hydro-adénite axillaire bilatérale, abcès aux bras et dans la région fessière, furoncles ;
10° Amélioration, puis disparition rapide et surprenante de tous les symptômes ;
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11° Guérison.
Nous pensons que cette observation présente un très grand intérêt clinique et thérapeutique. En effet, quoique nous ayons utilisé d’autres agents thérapeutiques (salvarsan, sérum de convalescent d’ostéomyélite, etc..), le fait si net, de l’amélioration s’amorçant au moment même où s'ouvre l’abcès produit par la vaccination cutanée nous porte à croire que c’est celle-ci, qui est vraiment la cause de la guérison de la septicémie. »
Et avec l’auteur, nous pouvons conclure, que la vaccination cutanée semble ouvrir une voie nouvelle dans la thérapeutique de ces états septicémiques.
Enfin, nous terminerons ces considérations sur le traitement des septicémies à staphylocoque doré par les injections de bactériophages.
Le bactériophage, découvert par d’Hérelle en 1916 dans les selles d’un dyssentérique, fût tout d’abord employé dans les staphylococcies cutanées, par Bruynoghe et Maisin en 1922, puis, dans les septicémies par voie veineuse par Gratia, en 1922. Depuis, de nombreux travaux ont été faits et tout particulièrement par Sauvé et Raiïga.
Le traitement consiste dans les septicémies, à faire des injections intraveineuses de 5 à 10 cc. de stockbactériophage ou d’autobactériophage en milieu non peptoné, dilués dans 250 à 300 cc. de sérum physiologique ; l'injection devant être injectée extrêmement lentement : une demie heure en raison des chocs qui peuvent se produire. Dans les heures qui suivent, le malade présente des signes de choc : température à 40° qui seraient dûs à la lyse massive des microbes dans le sang. Deux échecs peuvent se produire : soit que le staphy-
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locoque soit résistant au stockstaphyphage et c’est par des passages successifs que l’on pourra adapter le staphyphage à le lyser, réalisant un autobactériophage ; soit, qu’il existe dans le sang des antiphages qui paralysent l’action des staphyphages. C’est là un phénomène particulièrement fréquent dans les staphylococcies, surtout chroniques. L’autohémothérapie en est le meilleur palliatif.
Sauvé a présenté à la Société de Chirurgie une série de résultats intéressants et récemment Jacques Récamier et Sobieski ont rapporté à la Société de Chirurgie un cas de septicémie à staphylocoques survenu chez un homme de 39 ans, à la suite d’un anthrax de la nuque; cette septicémie fût prouvée par des phénomènes toxiinfectieux, datant de trois mois, par des lésions pulmomonaires, coxales, rénales avec staphylocoques, et, par deux hémocultures. Dans ce cas, on avait tenté: propidon, métacuprol, abcès de fixation. L’injection de 10 cc. de bactériophage faite dans les veines amena la première fois une remarquable sédation et la deuxième fois une guérison radicale.
Pour notre part, nous avons tenté un traitement par le bactériophage chez le malade de notre observation VI. Deux injections à quarante huit heures d'intervalle, faites neuf jours après le début de la septicémie, restèrent sans résultat. Malgré les injections d’autohémothérapie, le sérum du malade présentait une grande quantité d’antiphages.
En réalité, il est extrêmement difficile d’apprécier les résultats d’une thérapeutique au cours des septicémies à staphylocoques, étant donné d’une part, la pos-
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sibilité de guérisons quasi spontanées, d'autre part, la possibilité d’accalmies trompeuses pouvant durer plusieurs mois et même plusieurs années après lesquels une rechute se produira. Aussi, avant d’assurer la guérison de tels malades, il faudra toujours attendre longtemps, revoir les malades, répéter les examens cliniques et de laboratoire pour s'assurer qu’il n'existe pas un foyer latent.
Pourtant d’après les résultats des diverses thérapeutiques mises en œuvre dans nos observations et tout en tenant compte des difficultés d'appréciation selon les cas cliniques, nous estimons que l’autovaccination et l’immunotransfusion constituent les méthodes les plus efficaces. L’immunotransfusion nous paraît surtout indiquée dans les formes aiguës où l’état général est très touché et dans lesquelles l’organisme, comme sidéré par l'infection ne peut faire spontanément les frais de la défense, même stimulé par l’auto-vaccinothérapie qui ne peut agir qu'avec quelques délais. L’immunotransfusion reste d’ailleurs indiquée aussi dans les formes subaiguës, complétée par des séries d’autovaccin.
L’autovaccinothérapie, qui n’a pas le temps d'agir dans les formes aiguës, nous a donné de bons résultats dans deux observations et nous avons nettement l’impression qu'elle a certainement contribué à la guérison de nos deux jeunes malades. L’autovaccin nous paraît nettement supérieur au stock-vaccin.
Nous n’avons pas l’expérience suffisante du bactériophage pour nous permettre de le juger : mais nous nous proposons de l'utiliser, à l’avenir, en suivant la technique bien mise au point par les travaux de Sauvé et de Raiga.