INTRODUCTION
Quand on parcourt les nombreuses monographies qui ont été inspirées par la nature de la sciatique depuis Cottugno jusqu'à nos jours, on est surpris des discussions interminables dont elle a été l’objet. L'accord est aujourd’hui encore loin d’être fait. Pour les uns, il y aurait des névralgies et des névrites se différenciant par des caractères cliniques tranchés, pour d’autres, il n’y aurait que des névrites avec des degrés différents d'intensité.
Les causes de ces divergences dans les conclusions d’observateurs considérables sont plus aisées à découvrir que les arguments qui permettent de trancher définitive-ment le débat : le désaccord commence avec létiologie de l'affection. Pour les plus anciens observateurs, les sciatiques essentielles, primitives forment une classe impor-
tante ; les principales causes occasionnelles sont le froid
se et les traumatismes; ce n’est que depuis peu qu’on a reconnu l’origine infectieuse et diathésique de la plupart de ces affections. Ici déjà, un élément de jugement considérable semble séparer les théories anciennes des idées actuelles.
L'étude exclusive d’un symptôme ne pouvait non plus conduire à une solution définitive. Dans la plupart des affections douloureuses et paroxystiques, le symptôme douleur semble avoir absorbé l'attention des cliniciens à l'exclusion des autres, or la sciatique est toujours une affection douloureuse. C’est la douleur que le malade accuse avant tout, et il ne demande à son médecin qu'un soulagement à cette douleur dont il indique généralement très bien et le siège et les variations d’intensité.
L’anatomie pathologique ne fournit que des renseignements insuffisants et peu nombreux, parfois négatifs.
Un certain nombre d’observations attestent, dès le début, des lésions inflammatoires et congestives du tronc du sciatique; d’autres, des lésions anciennes de névrite confirmée, La transition entre les cas extrêmes semble manquer. Enfin, dans quelques cas de sciatique, l’examen microscopique du nerf n'aurait donné aucun résultat.
La névralgie sciatique, en tant que lésion sine maleria, compte aujourd’hui moins de partisans. Ceux qui la défendent hasardent l'hypothèse d’une altération dynamique du nerf. C’est là une explication que rien n’infirme et que rien ne prouve, mais qui ressemble fort à un aveu d’im-
puissance habilement déguisé.
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Tout a été dit sur les causes, les modalités, l’importance de la douleur dans la sciatique, elle a été pour bon nombre d’observateurs le symptôme primordial, essentiel qui devait servir à préciser la nature même de l'affection età en déterminer le pronostic. Il n’est pas surprenant que l’attention absorbée par cette seule manifestation ait été détournée d’autres symptômes également constants, parfois antérieurs à la douleur qu'ils tiennent peut-être sous leur dépendance, par une relation de causalité.
Un symptôme, et surtout un symptôme subjectif, n’a qu'une médiocre valeur, si on le considère isolément ; il prend une signification plus précise si d’autres signes peuvent en être rapprochés, et alors il devient possible d'apprécier quels rapports ont entre elles Les différentes manifestations pathologiques observées.
Tous ceux qui ont suivi la clinique de M. le professeur Bondet savent avec quelle insistance ce maître éminent appelle sur les signes objectifs l'attention de ses élèves. L'observation d’un certain nombre de signes objectifs a, en effet, jeté un Jour nouveau sur la nature même de la sciatique. En 1887, un travail inspiré par M. Bondet à M. le D' Pitiot signalait l'extrême fréquence de l’abaissement du pli fessier dans la sciatique, et ce signe que nous avons toujours constaté, trouvait sa raison d'être dans la diminution de la tonicité musculaire démontrée par les troubles de contractilité du muscle.
Il y avait là un nouveau sujet d’études et de recher-
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ches, M. le professeur Bondet nous fit l’honneur de nous confier ce travail qui devint l’objet de notre thèse inaugurale. Nous le remercions sincèrement des précieux conseils qu’il nous a donnés.
M. le professeur agrégé Roque a bien voulu nous aider dans toutes les recherches que nousavons eu à faire, et, si cette partie de notre travail a quelque mérite, c’est à lui que nous le devons. Nous tenons donc à témoigner toute notre reconnaissance à ce maître aimable dont nous avons mis si souvent à contribution le temps et l’érudition.
Voici comment nous avons divisé notre travail : nous avons d’abord passé en revue un certain nombre d’observations anatomo-pathologiques, nous inspirant du travail de Lagrelette, de ceux de Lasègue et de Landouzy. Après avoir essayé de montrer que l’anatomie pathologique était insuffisante à préciser la nature de la sciatique, nousavons recherché sur quelles bases s'était étayée la classification des sciatiques en névralgies et en névrites. Nous avons exposé que la douleur a été le symptôme qui a servi de point de départ à ces tentatives de classification, que l’étiologie tient une place minime dans l'esprit des auteurs anciens, enfin, que l’étude des symptômes objectifs n’a pris de relief que depuis peu.
Dans la seconde partie, nous donnons le résultat de l'exploration électrique chez un certain nombre de ma-
lades que nous avons pu observer et nous rappelons
brièvement les lois de la contractilité d’où découlent les conclusions que nous avons tirées de nos observations.
Dans la troisième partie, nous avons groupé les signes objectifs sur lesquels M. Bondet insiste particulièrement : attiude générale du corps, attitude des membres inférieurs, foulées des pieds sur le sol, plis cutanés, fessiers et de l’espace costo-iliaque, etc. Nous avons terminé en proposant comme un signe nouveau la recherche de la contractilité faradique dans la sciatique.
Notre programme était vaste, trop vaste peut-être, et eût sans doute mérité d’être mieux traité, aussi, demandons-nous toute la bienveillance de nos juges en les priant de ne retenir qu'une chose, c'est que nous avons conscience d’avoir aimé notre sujet et d’avoir fait tout notre possible pour les satisfaire.
Une tradition que le temps a consacrée appelle nos souvenirs vers ceux qui nous ont prodigué les conseils de leur science et de leur expérience ; nous ne saurions leur ménager les témoignages d’affection et de reconnaissance, parce qu’ils n’ont jamais compté avec leur temps et avec leurs peines quand notre éducation médicale était en cause. Nous remercions donc bien sincèrement ceux de nos Maîtres de Dijon qui se sont surtout efforcés de faire de nous un bon praticien. Nous n’osons espérer qu’ils aient “réussi, toujours est-il que nous avons fait tout notre possible pour que la tâche qu’ils ont entreprise ne demeurât pas stérile.
Les noms de MM. les Docteurs Deroye, Quioc et Parizot évoquent pour nous le souvenir d'excellents maîtres que nous ne saurions oublier en raison des marques de sympathie qu'ils n’ont cessé de nous donner alors que nous faisions sous leur bienveillante direction notre service d’interne.
M. le D' Misset est de ceux à qui le cœur s’attache instinctivement et que l’on ne saurait quitter sans regret. Nous sommes heureux de témoigner ici publiquement les
bons sentiments que nous avons pour lui.