PREMIÈRE PARTIE
Nature probable de la sciatique d’après les données
anatomo-pathologigues et étiologiques.
L'étude méthodique de la sciatique est de date relativement récente. Cotugno, le premier, dans un mémoire intitulé De Zschiade nervosa et qui vit Le jour à la fin du xvi° siècle, donne de la maladie une description scientifique ; il l’isole nettement des affections articulaires avec lesquêlles on la confondait avant lui. D’après cet auteur, c’est le nerf surtout qui est intéressé, et il fait un rapprochement curieux entre la sciatique et la névralgie du cubital.
Valleix propose de donner à la maladie le nom de névralgie fémoro-poplitée, il précise la localisation habi tuelle des points douloureux.
Lasègue, en 1864, distingue les sciatiques bénignes et les sciatiques malignes : la douleur, avec son début brus que ou progressif, son intensité variable, ses intermittences ou sa continuité sert de base à cette classification.
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En 1875, Landouzy, suivant les principes de Lasègue, s’attache aux signes différentiels, négligeant les analogies; il tend à démontrer que : «les différences dans Les allures des sciatiques correspondent à des variétés ou au moins à des degrés de la maladie, et que le médecin, aux prises avec une sciatique peut arriver à diagnostiquer, tantôt une névralgie, tantôt une névrite. » Et c’est comme ses devanciers sur le seul élément douleur qu’il établit sa classification des sciatiques. Le passage suivant, que nous citons textuellement, ne laisse aucun doute à cet égard.
« Comparant nos névralgiques atrophiés à ceux qui ne l'avaient pas été ou ne le devenaient pas, analysant les douleurs, les comparant entre elles, nous avons été frappé de retrouver des caractères qui, rapprochant certains d’entre nos malades, en éloignaient d’autres. Nous avons été ainsi amené à rechercher de très près, comment et en quels points souffraient les sciatiques que nous observions. Les descriptions faites par les malades nous ont convaincu que ces névropathes en apparence identiques avaient certaines manières de souffrir, manières présentant, tantôt assez de ressemblances, tantôt assez de différences pour qu’on pût essayer des distinc tions entre tous ces névralgiques.
« Nous avons cru remarquer que les malades souffrant suivant un type n'avaient pas d’atrophie musculaire, tandis que ceux qui souffraient d’une autre manière avaient le membre amaigri 1. »
Avec Cotugno, Bonnefin, Ollivier et Lasèoue, c’est la
1 Landouzy, Archives de médecine, 1875, vol, I.
le
durée de la douleur qui est mise en jeu; avec Landouzy, c’est sa modalité. Quoi qu’il en soit, l’attention était mise en éveil et l’étude de l’atrophie, bien qu'il la subordonnät à la douleur devait l’amener à des conclusions du plus haut intérêt, à savoir que « la dystrophie musculaire » devait correspondre à une « dystrophie nerveuse », dans les sciatiques névrites. « L'intérêt de l’atrophie musculaire des sciatiques est tout entier dans ce fait qu’elle décèle, dans un grand nombre au moins de ces affections, un trouble matériel ; une maladie du nerf. » Ainsi, il y a la sciatique avec atrophie musculaire et lésion nerveuse, c’est la névrite ; mais il y à aussi la sciatique sans atrophie, présentant simplement des phénomènes douloureux et peutêtre congestion du nerf, c’est la névralgie.
Il nous à paru intéressant de bien établir l'histoire de cette théorie, nous voyons que Les préoccupations constantes des cliniciens ont été déviées vers la symptomatologie. La douleur est au premier plan avec Lasègue et ses prédécesseurs; l’atrophie, mais l’atrophie subordonnée à la douleur, absorbe l'attention de Landouzy dont les idées ont prévalu à peu près jusqu’à ce jour.
Pour certains auteurs contemporains, la division prend un caractère encore plus absolu. M. Grasset, dans son traité des Maladies du système nerveux, s'exprime ainsi :
«… Que, dans certains cas, il y ait épaississement du nerf, congestion, peut-être même inflammation, quand la sciatique est ancienne et plusieurs fois récidivée, c’est possible. Mais de là à dire que la névrite existe dans tous les cas, il y a fort loin. Je ne suis pas même convaincu que tous les faits avec troubles trophiques correspondent à une lésion anatomique du nerf. Rien ne le
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prouve. Il y a des zonas fagaces derrière lesquels il est difficile de supposer une névrite ; nous ne voyons aucun motif de modifier pour la sciatique les conditions exposées pour les névralgies en général, soit au point de vue des lésions anatomiques, soit au point de vue des tronbles vaso-moteurs et trophiques qui peuvent les accompagner. »
Nous retrouvons le même exclusivisme dans l’article du traité de Médecine (Debove-Achard): « Parmi les formes de la sciatique, il y a lieu avant tout, de bien séparer la sciatique-névralgie, de la sciatique-névrite. Pour nous, nous considérons cette division comme essentiellement . clinique... ». Après quoi, Pauteur établit une distinction en regles d’après les modalités de la douleur.
Nous avons constaté cependant,dans les recherches que nous ayons faites, que ces idées n’étaient pas universellement admises, et un certain nombre de cliniciens nous ont paru admettre implicitement la lésion nerveuse dans tous les cas de sciatique confirmée. Les affections sine maleria deviennent de moins en moins nombreuses et laissent de plus en plus sceptique.
L’anatomie pathologique qui à permis de déterminer l’origine et la nature de tant de manifestations morbides est discrète en ce qui concerne la sciatique, Cela n’a rien qui doive surprendre, étant donné qu’il faut un concours de circonstances bien rare pour que des nécropsies de sciatiques puissent être faites ; d'autre part un bon nombre de ceux qui pourraient les faire ne les font pas, convaincus qu’ils ne découvriront aucune lésion.
En résumé, nous voyons que l’observation clinique a abouti à une dissociation en sciatiques bénignes et en