COURANT CONTINU
Sur des muscles sains et en l’absence de lésion nerveuse, les courants continus déterminent difficilement des contractions musculaires; ces contractions ne sont jamais aussi sensibles qu'avec des courants induits de même intensité, |
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La conséquence immédiate de cette proposition est que notre attention devra être en éveil chaque fois que nous verrons les courants continus déterminer des contractions énergiques.
Si la contraction est plus forte lorsqu'on agit directement sur les muscles que lorsqu'on agit sur les nerfs moteurs, on doit en conclure qu’il y a une lésion des nerfs etnon des muscles ou tout au moins que la lésion a atteint les nerfs primitivement.
1° Contractilité galvano-musculaire augmentée. — Cela signifie que les nerfs ont été altérés primitivement, rapidement, et que les nerfs moteurs seuls sont atteints. Cet état est presque toujours l'indice d’une paralysie périphérique totale ou partielle ou au moins d’un trouble fonctionnel notable dans le muscle considéré.
2 Contractilité galvano-musculaire diminuée ou abolie. — Isolément, ce signe n’a aucune valeur déter minée, 1l correspond à des lésions diverses, 1l ne prend un sens précis que par l'examen comparatif de l’action du courant induit.
3° Action du courant ascendant el du courant descendant. — Sur un membre sain le courant ascendant détermine des contractions plus énergiques que le courant descendant. (Le courant marche en dehors de la pile, du pôle positif au pôle négatif.)
a) Si en employant un courant ascendant, les contractions ont lieu très facilement, nous devons en conclure que l’excitabilité des nerfs est très grande et presque exagérée. Cela decèle des actions réflexes très prononcées et, par suite, une grande excitabilité de la moelle.
b) Si les mêmes phénomènes se produisent au contraire
avec un Courant descendant, on peut affirmer qu’il y a diminution ou abolition de ’excitabilité réflexe de la moelle.
3° EXAMEN COMPARATIF DE LA CONTRACTILITÉ MUSCULAIRE SOUS L'INFLUENCE DES COURANTS INDUITS ET DES COURANTS CONTINUS
Nous ‘avons ici cinq cas à considérer, nous allons les passser en revue en donnant ensuite leur signification respective.
1° Les courants induits donnent des contractions normales. Ni les muscles, ni les nerfs périphériques, ni la portion de la moelle dont partent les nerfs qui se rendent aux muscles paralysés ne sont lésés.
Cette proposition sera confirmée si, en même temps, l’excitabilité des nerfs et des muscles est restée normale avec les courants continus.
2° La contractilité faradique est diminuée et la contractilité galvanique est normale ou augmentée.
Conclusion. — Le système moteur seul est altéré, mais l'altération est lente et incomplète; les fibres musculaires n’ont encore éprouvé que des lésions partielles ou peu graves.
3° La contractilité faradique est abolie et la contractilité galvanique est augmentée. |
Conclusion. — Les nerfs moteurs sont complètement détruits et la lésion est d’origine périphérique. Les muscles ontsubi un commencement d’altération, mais cette altération est sans gravité.
4 La contractilité faradique est abolie et la contractilité galvanique existe, mais très faible.
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Conclusion. — Destruction rapide des différentes espèces de filets nerveux ou des cellules de la substance grise médullaire. Lésions graves des muscles.
5° La contractilité faradique et la contractilité galvanique sont abolies simultanément.
Conclusion. — Destruction complète du système nerveux et du système musculaire.
À ces lois formulées brièvement, nous n’ajouterons que quelques propositions à l’aide desquelles s'expliquent un certain nombre de faits surprenants à première vue, qui peuvent paraître quelquefois paradoxaux et qu’on rencontre à chaque instant dans les explorations électriques. On retrouvera d’ailleurs toutes ces notions développées dans les traités spéciaux d’életricité médicale. Nous nous sommes inspiré ici des travaux d’Onimussur cette matière.
La contraction idio-musculaire est parfois déterminée par une excitation plus faible que la contraction indirecte par les nerfs moteurs. L’irritabilité musculaire par les excitants tels que les courants de pile ou les agents chimiques où mécaniques est beaucoup plus grande lorsque les muscles sont privés de leurs nerfs que lorsqu'ils sont reliés au système nerveux. Donc, chaque fois qu'un muscle est séparé du système nerveux où chaque fois que celui-ci est affaibli, l’irritabilité musculaire est augmentée. Il semble donc que, chaque fois qu’un musele est privé pour une cause ou pour une autre de Pinflux nerveux, il devient plus excitable par certains excitants ; qu’en même temps chacune des fibres musculaires acquiert une sorte d’in-dépendance qui lui permet de se contracter isolément et à la plus légère excitation.
La réciproque peut être formulée ainsi :
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Les nerfs, pendant leur état de repos apparent, empèchent les muscles de se contracter sous l’influence des excitants de toute nature qui peuvent agir directement sur les fibres musculaires.
Les faits que nous venons d’énoncer ont une importance capitale, c’est en les prenant pour base de nos recherches que nous sommes arrivé à nous convaincre que, dans tous les cas dont nous présentons l’observation, nous avions affaire à des affections où les nerfs moteurs étaient plus où moins lésés, en un mot à des névrites. Aussi, avons-nous tenu à insister sur ces phénomènes fondamentaux de Pexploration électrique. Nous résumons donc succinctement les conséquences qu’il convient de tirer de ces lois de la contractilité.
Aucun excitant ne provoque aussi facilement la contraction musculaire que les courants induits, pour cela, il est indispensable que la fibre musculaire n’ait pas dégénéré et que les plaques nerveuses motrices aient conservé leur intégrité. Aussi, dès que la contractilité faradique diminue, on peut affirmer qu'il y a altération des éléments nerceux, altération qui sera d’autant plus certaine qu’on aura en même temps augmentation de la contractilité galvanique.
On le voit, le courant induit n’a, sur la fibre musculaire, qu’une action médiate, il n’agit que par l’intermédiaire de l’élément nerveux-moteur. Le courant de pile, au contraire, aune action très faible sur l'élément nerveux, tandis que son action est des plus puissantes et 2mmédrate sur la contractilité idio-musculaire. Les conséquences à en déduire sont les suivantes :
L'augmentation de la contractilité galvanique, loin d’être un bon signe est d’un pronostic défavorable, tandis que c’est absolument l’inverse pour la contractilité faradique.
On a donné à ces modifications électro-musculaires le nom de réactions de dégénérescence, pour montrer qu’elles se manifestent lorsqu'il y a une altération des fibres nerveuses où musculaires.
La contractilité idio--musculaire, c’est-à-dire la propriété qu'a un muscle de se contracter indépendamment du système nerveux est un fait indéniable et suffisamment établi (grenouille curarisée), mais il faut dire qu’à l’état normal, la fibre striée ne peut se contracter que par l’intermédiaire du système nerveux. Pathologiquement, chaque fois qu’on obtient une contraction brusque et nette avec les courants d’induction, on peut affirmer que les filets nerveux terminaux ou les plaques motrices sont excitables et par conséquent n’ont subi aucune altération. Réciproquement, et au point de vue du diagnostic et du pronostic, cela est important à préciser, chaque fois qu’il y a abolition ou diminution de la contractilité faradique on peut affirmer que le système nerveux périphérique est détruit ou profondément altéré. Si, en même temps, la contractilité galvanique est conservée ou augmentée, la proposition précédente est encore plus certaine, mais on peut affirmer que la maladie sera guérissable, car la fibre musculaire n’est pas dégénérée, et dès que les filets nerveux auront recouvré leur intégrité, l’état normal pourra reparaitre.
Cette exagération de l’excitabilité par les courants de pile a lieu, non seulement dans les cas de paralysie péri-
phérique, mais chaque fois que la fibre musculaire reprend son indépendance vis-à-vis du système nerveux et pour toute espèce d’excitant, qu’il soit physique ou chimique.
Les expériences physiologiques concordent avec les observations histologiques de Ranvier, pour montrer que, dans les cas où on observe ces réactions musculaires, il y a altération des filets nerveux.
Dans les névrites et dans la sciatique en particulier, on observe très souvent, pour ne pas dire toujours, ces réactions, et elles peuvent servir au diagnostic si on les rapproche des autres symptômes. Une altération périphérique, consécutive à une lésion médullaire ne peut survenir qu'accompagnée d’autres symptômes, tels que fièvre, retentissement douloureux ou paralysie sur d’autres régions. Dans les névrites, l'augmentation de la contractilité galvanique et la diminution de la contractilité fara dique servent donc au diagnostic et démontrent une affection périphérique en labsence de symptômes géné raux importants.
C'est donc surtout comme signe précisant les altérations anatomiques que les différences de contractilité doivent servir au diagnostic. Naturellement, on est porté à croire que, mieux un muscle se contracte, meilleur est son état, cela est vrai avec les courants d’induction, mais c’est absolument l'inverse avec les courants de pile.
On pourra peut-être nous reprocher de nous être particulièrement attaché à la recherche de la contractilité faradique. Nous croyons avoir suffisamment démontré d’autre part, que la diminution de la contractilité faradique considérée isolément, est un signe suffisant pour établir l'existence d’une lésion des éléments nerveux moteurs
UD terminaux chaque fois que les signes généraux d’une lésion médullaire font défaut. Or, c'était le cas de tous nos malades.
Voici la série d'observations que nous avons recueillies. Nous n’avons trouvé dans la littérature médicale qu’une seule observation où les recherches électriques aient été faites dans un but de démonstration clinique. Elle est empruntée au traité d'Onimus et Legros, la voici, textuel lement reproduite, malheureusement trop courte.
OBSERVATION I (Empruntée au Traité d'électricité médicale, d'Onimus et Legras).
Une jeune dame, à la suite d'une sciatique très forte avait eu une atrophie du jambier antérieur et des deux muscles péroniers et une perte de la sensibilité de toutes les régions innervées par le nerf musculo-cutané, branche du sciatique-poplité externe. Plusieurs mois après l'apparition de la névralgie, les douleurs reparaissaient encore très violentes et par accès, mais le point de départ de ces douleurs était toujours le dessus du pied et la région externe de la jambe, c’est-à-dire les parties anesthésiées. Dans ce cas, nous avons en même temps constaté une diminution assez orande de la contractilité électro-musculaire pour tous les muscles de la jambe ; sous l'influence des courants induits, les jumeaux les fléchisseurs se contractaient encore, quoique faiblement. Mais sur le jambier antérieur et les péroniers, les courants induits ne déterminaient aucune action, tandis que les courants continus produisaient une légère contraction.
IL est regrettable que l'observation soit si courte et que le résultat du traitement ne nous ait pas été donné. Ge traitement fut certainement rationnel, car Onimus recom-
SLT OS
mande d’agir surtout sur la nutrition des membres, sans trop se préoccuper de l’élément douleur. Les lésions nerveuses durent être dans le cas qu’on vient de lire d’une gravité exceptionnelle; l’abolition totale de la contractilité faradique coexistant avec une diminution notable de la contractilité galvanique, étant, ainsi qu’on l’a vu plus haut, un signe de destruction rapide des éléments nerveux moteurs et de lésion grave des muscles.
OBsERVATION II (personnelle).
Sciatique gauche ancienne (dix mois).
Salle Saint-Augustin N°8 (service de M. Bondet), 17 mars 1894. Réaction prises par M. Roque.
M..., vingt-cinq ans, cultivateur.
Etat général satisfaisant. Pas de maladie antérieure,
Début lent et progressif des accidents il y a dix mois. Depuis, la maladie semble avoir subi dans son évolution des alternatives de répit et d’exacerbation.
En fin de novembre 1893, la douleur devint brusquement tellement intense que le malade, mis dans l'impossibilité de marcher et même de se tenir debout dut s’aliter.
Quand le malade voulait s'asseoir sur son Kt pour manger, la douleur devenait intolérable en un point qu’il désigne encore aujourd’hui et qui est le point d’'émergence de son sciatique.
Le repos du lit détermina en dix jours une sensible amélioration.
Depuis, l'intégrité fonctionnelle n’est jamais revenue complètement, et en tout temps le malade prétend souffrir en un point bien localisé en arrière du grand trochanter.
Ce point douloureux est unique, et il semble l'avoir toujours été ; il n’y a pas d'irradiation douleureuse dans la partie inférieure de la cuisse, ni dans la région sacro-lombaire, le trajet crural du
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sciatique est indolent, nous ne trouvons pas les points de Valleix. Les signes habituels semblent faire défaut, nous ne pouvons provoquer lesigne de Bonnet, celui de Lasègue n’est qu'ébauché.
Pas d’abaissement du pli fessier.
Pas d’atrophie du membre malade.
Pas d’attitude vicieuse du tronc.
Dans la marche le membre malade est porté normalement en avant sans que le malade paraisse gêné, le pied de ce côté semble toutefois raser Le sol de plus près que le pied droit.
Du côté des articulations de la hanche et du genou, aucun trouble fonctionnel.
En somme, aucun signe objectif appréciable, pas d’arthrite, pas de lombago. Le malade aurait pu paraître un simulateur. Les réactions électriques permirent le diagnostic en faveur de la sciatique.
RÉACTIONS FARADIQUES
Côté gauche (malade) Côté droit (sain) À 11 centimètres, Rien Rien 4 410) — Rien Contraction nette A 9 — Contraction très Contraction forte légère
L'appareil d’induction dont nous nous sommes servi est la bobine à charriot de du Bois-Reymond, c’est le même appareil que nous avons employé dans toutes nos recherches.
L'observation qu’on vient de lire est intéressante à ce point de vue que, en l'absence de tout signe objectif directement appréciable, l'exploration faradique décèle un trouble de l’innervation motrice périphérique.