‹ Contribution à l'étude des sources d'Asconius: dans ses Relations des Débats JudiciairesChapitre 17 sur 18 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Bien que cette étude n’épuise pas les trois relations judiciaires, elle ne laisse aucun doute ni sur la méthode d’Asconius ni sur l’origine de toutes les informations qui intéressent la forma judiciorum.

Il est évident que le scholiaste trouvait dans la littérature des sources plus commodes que celles qu’il a suivies et, si Pon peut dire, des relations toute faites. Mais les erreurs qu'il relève chez un historien pour lequel son estime n’est d’ailleurs pas douteuse, comme Fenestella, la confrontation de ses récits avec les éléments d’information qui dérivent de Tite-Live, éléments où abondent les erreurs matérielles (noms des consulaires témoins au procès de Cornélius, dans Valère-Maxime), les interprétations tendancieuses (d’après Valère-Maxime, l’acquittement de Cornélius, celui de Scaurus sont scandaleux), les traditions non contrôlées (Velleius {et le vote de Caton juge de Milon, etc., etc), jutifient assez sa défiance. Si l’on excepte les éléments du pro Scauro que nous avons cru pouvoir, avec la plus grande vraisemblance, reconnaître à Asinius Pollion, on peut dire que le rôle des historiens est nul dans les relations judiciaires. Il est remarquable en particulier que, dans la relation du pro Cornelio, où, en l’absence de sa source principale, les Acta, il était naturel qu’il s’adressât aux biographes de Cicéron, il ait négligé le témoignage de Cornélius Nepos ; nul doute que cetteomission ne soit volontaire,

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le scholiaste n’ayant aucune confiance dans un auteur qui s'était trompé de quatre années sur la date du pro Sex. Roscio Amerino.

Parmi les sources d’un écrivain qui a utilisé les Acia, archives publiques, et les commentarii defensionum, issus des archives de Cicéron, il est surprenant au premier abord que nous ne puissions identifier la correspondance. Mais nous ne saurions rien conclure de cette observation, relativement à la documentation du scholiaste. On sait que Pannée 52 avant J.-Ch. n’est pour ainsi dire pas représentée dans notre collection ; d’autre part il est nombre de causes cicéroniennes, l'affaire Caelius par exemple, dont il n’est pas question une seule fois dans des lettres immédiatement contemporaines. Reste qu’Asconius n’a pas utilisé les lettres où Cicéron fait allusion à Paffaire Scaurus ; mais il est clair qu’il faut en chercher la raison ailleurs que dans une néghigence du scholiaste, soit queles Lettres à Atticus n’aient pas été publiées encore en totalité ou en partie, soit qu’Asconius n’ait pas cru devoir retenir les détails, d’ailleurs accessoires, dont il est question dans ces lettres, en ce qui concerne l'affaire Scaurus.

‘On a vu avec quelle probité et quelle méthode le scho- “liaste :a utilisé une source aussi exigeante que les Acta. Dans la relation de l'affaire Scaurus, il n’a pas exploité cette source de façon aussi complète que dans celle de Vaffaire Milon ; il ne semble pas en particulier avoir pris la peine de consulter le procès-verbal de lPinterrogatoire des témoins, sans doute parce que la cause était moins célèbre, en même temps que beaucoup plus étendue ; mais, ici comme là, il n’est aucune information relative aux circonstances matérielles du débat qui ne soit revendiquée par les Acta et les commentarit. Le petit nombre de:nouvelles qui échappent à ces sources sont empruntées à.un contemporain du procès, à un‘historien qui, l’année même

où fut plaidée l'affaire Scaurus, avait eu Scaurus pour adversaire au procès de C. Caton. Il est d’ailleurs remarquable que le scholiaste n’a point assumé la responsabilité de ses informations sur la culpabilité de Scaurus — ainsi qu’il l'avait fait pour Milon, parce qu’il avait étudié à fond le dossier de l’affaire — et sur l'attitude de Pompée envers accusé : il les donne comme opinions de contemporains.

En ce qui concerne l’objet propre de nos recherches, l’origine des nouvelles relatives à la forma judiciorum dans les causes cicéroniennes, nous croyons avoir établi que ces nouvelles dérivent entièrement des Acta et des commentarti pour les pro Milone et pro Scauro, des discours pour et contre Cornélius pour le pro Cornelio. Nous sommes donc à même de conclure : tandis que la relation du procès de Cornélius est intéressante seulement en ce qu’elle nous a conservé des éléments d’information empruntés à des discours maintenant perdus, les relations des procès de Scaurus et de Milon ont une valeur exceptionnelle ; fondées sur un document officiel tel que les Acta, elles doivent, en cas de conflit, être préférées aux témoignages de Cicéron même.

Vu, le 16 décembre 1924 Le Doyen de la Faculté des Lettres de l'Université de Paris

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