LATE
Vers minuit il se réveille et est tout étonné de mal percevoir la lumière d’une petite veilleuse placée auprès de lui. Il tourne alors le bouton de l'électricité, aperçoit une lueur au
niveau de l’ampoule, puis immédiatement, toute vision dis-
paraît. û
Des voisins appelés transportent B... à l'h’pital.
A l’arrivée dans notre: service, le malade accuse des bourdonnements d'oreille, de la céphalée assez forte.
La vision paraît complètement abolie. On est frappé immédiatement par la dilatation extrême des pupilles. Les urines sont franchement rouges avec grosse albuminurie. On y décèle de l’hémoglobine sans globules rouges, sans cylindres.
Les divers organes apparaissent normaux à l'examen.
Le lendemain matin, 6 avril, l’'amaurose persiste mais ne paraît pas absolue. On fait respirer au malade une bouffée de nitrite d'amyle. Il dit tout à coup apercevoir fune grande lueur qui dure quelques secondes. On ne constate aucun abaissement de la tension artérielle. L'hémoglobinurie persiste encore mais très discrète. Pas de cylindres urinaires. L’albumine a déjà beaucoup diminué.
Dans l'après-midi de ce même 6 avril, ‘un examen des yeux est pratiqué par M. Coutelas. Il examine le malade à 9 heures du soir et constate que les pupilles sont largement et régulièrement dilatées. La mydriase est extrême, maximale, telle celle que l’on rencontre après instillation d'’atropine ; et cependant aucun collyre n’a été employé.
Réduit à quelques millimètres de largeur, l'iris est complètement immobile à accommodation convergence comme à
l'excitation lumineuse. Pourtant le sujet n'est pas complète-
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ment amaurotique. Il est 7 heures du soir et un rayon de soleil couchant vient éclairer la pendule de la salle, pendule située face au malade, à 7 ou 8 mètres de lui. En déplaçant les yeux et la tête, en « cherchant sa place », il signale successivement la situation de la grande aiguille, puis celle de la petite, sans les voir simultanément. C'est donc que la vision centrale est conservée et, tout autant que l’on puisse l'évaluer par ce moyen de fortune, on est autorisé à parler de six ou sept dixièmes au moins.
Répétée à plusieurs reprises, | l'expérience donne ‘des résultats concordants : donc rétrécissement concentrique très accusé du champ visuel sans scotome central. De très bonne foi le malade estime n'y point voir, car avec un tel champ visuel, il lui est impossible de se diriger. Tel est l’état de la vision de l'œil droit.
Par contre, l’œil gauche dont l'aspect intérieur est semblable, ne semble avoir aucune vision et il a été impossible
de déceler la moindre parcelle de champ visuel conservé,
Quel que soit l'œil intéressé, l'excitation lumineuse n’amène aucune contraction pupillaire, pas plus directe que
consensuelle ! les deux pupilles sont bloquées en mydriase.
L'examen ophtalmoscopique montre à droite comme à gauche un aspect similaire : papille blanche à bords nets avec artères petites. Il n’y a ni œdème du pôle postérieur, ni tâche maculaire, rien qui rappelle le tableau clinique classique dit de l’embolie de l'artère centrale de la rétine.
Le 3 avril, à la visite du matin,le malade se déclare mieux. Les bourdonnements d'oreilles ont disparu ainsi que la
céphalée. Il n’y a plus d’hémoglobinurie. La quantité d'urine
LCR
émise reste basse, à peine supérieure à un demi litre.Cependant, le malade boit normalement.
La vision a tendance à revenir légèrement, le malade
déclare apercevoir la lumière un peu plus nettement.
Le lendemain 8, il se lève même un peu. Puis, dans les jours qui suivent on assiste à un retour progressif mais extrêmement lent de la vision qui se fait d’abord pour les objets éloignés, puis pour ceux qui sont plus rapprochés. Parallèlement, la mydriase diminue.
Le 12 avril, le malade est conduit à l'Hôpital Laennec où un examen complet peut être pratiqué dans de bonnes con-
ditions.
Bien qu’elles soient encore largement dilatées,les pupilles, surtout avec obscuration préalable sont légèrement sen-
sibles à l’excitation lumineuse ; elles se contractent un peu.
L'ophtalmoscope montre toujours des papilles à bords nets et d’une blancheur vraiment « impressionnante ». Cet aspect contraste avec les résultats fournis par l’exa-
men fonctionnel.
L'acuité visuelle est de 2/3 à droite et de 1/3 à gauche. Le champ visuel, inexistant à gauche, à peine existant à droite lors du précédent examen peut être établi par le graphique ci-contre (0. D. : 5 degrés en bas, 10 degrés en dedans,
5 degrés en haut, 25 degrés en dehors).
O. G.: 5 degrés en bas, 5 degrés en dedans, 10 degrés en haut, 15 degrés en dehots).
La vision de près n’est possible qu’aidée par le sphérique convexe de 1 diaptrie. Les couleurs sont normalement per-
çues.
EAN | Les
Le 15 avril 1921, peu ou pas de modification objectives. ni fonctionnelles.
À signaler cependant un curieux degré de dyschromatopsie ; le malade qui est intelligent a remarqué spontanément que depuis vingt-quatre heures, la capote bleu foncé de ses camarades d’hopital lui paraît violet clair. Il confond les
index bleu et vert. Cette dyschromatopie disparaît les jours suivants.
Le 21 avril, le malade qui s’étudie avec soin, signale que son état s'améliore mais que l’œil droit est bien meilleur que l'œil gauche.
La vision est égale : elle est aujourd’hui de 2/3 des deux côtés. L'impression du malade vient d’une différence entre les deux champs visuels ; ceux-ci sont légèrement agrandis, mais le droit plus que la gauche.
Les pupilles sont toujours pâles ; il semble qu’elles aient
une légère tendance à se vasculariser un peu. Le 98, la vision est toujours de 2/3 à droite comme à
gauche. Pas de dyschromotopsie. Le champ visuel s’est encore agrandi du côté temporal à droite comme à gauche. Le 12 mai, aucune modification appréciable depuis l’exa-
men précédent.