‹ Contribution à l'étude des spirochétoses Le SodokuChapitre 12 sur 25 · LE SYNDROME · texte numérisé non relu

LE SYNDROME

Nous avons pu analyser dans leur texte original 97 observations de Sodoku. C'est à leur lumière ainsi qu’à celle des cas que nous avons eu l’occasion d'observer personneilement que nous allons essayer de préciser l’aspect clinique de cette curieuse affection.

Dans l’ensemble ce qui nous a paru le plus caractéristique c’est : l’incubation — la courbe fébrile à type récurrent — les réviviscences, quelquefois à chaque accès fébrile des phénomènes inflammatoires cutanés et lymphatiques autour du point d’inoculation, et de l’exanthème — les douleurs, la pâleur et l’asthénie — le bien-être relatif entre les accès, la longue

durée de l’évolution.

= L'incubation

C’est un des signes capitaux de l'affection. Les infections banales des plaies tégumentaires ne la présentent pas.

L'’incubation du Tétanos est courte et la plaie se cicatrise mal. La spirochétose ictéro-hémorragique couve de sept à douze jours mais est rarement ino-

culée par morsure, la Rage n'apparaît que quarante jours après et le diagnostic a pu se poser à plusieurs reprises avec le Sodoku. |

Dans les cas typiques l’incubation est silencieuse. La porte d’entrée est très souvent une plaie minime, cutanée, qui se cicatrise en deux à quatre jours sans suppuration, sans douleur, laissant une cicatrice souple que le malade a presque oubliée lorsqu'éclate brusquement la maladie.

Si la présence d’une incubation prolongée et silencieuse a une grosse valeur diagnostique la réciproque n’est pas vraie, l’on peut observer des cas de Sodoku dont les signes locaux et même généraux paraissent débuter immédiatement après la morsure. C’est qu'il y a alors, croyons-nous, infection secondaire surajoutée qui masque l’incubation silencieuse comme la chancrelle masque celle du chancre syphilitique dans le chancre de Rollet. Dans ce cas les signes d’infection banale : fièvre, douleur, rougeur, gonflement, œdème lymphangitique dominent la scène et peuvent ne pas avoir disparu lorsqu’éclatera la Spirochétose.

Les chiffres d’incubation que nous avons relevé dans 84 observations s’échelonnent de trois jours à deux mois. La majorité est sans conteste pour le quinzième jour que nous rencontrons dans 19 cas ; entre douze et dix-huit jours nous trouvons 36 cas ; ce n'est donc encore pas 50 o/o des observations analysées. Entre trois et douze jours : 26 cas ; entre dix-huit jours et un mois : 17 cas; entre un et deux mois : 5 cas. :

Quels chiffres moyens retenir ? Nous dirons l’incubation varie de trois à vingt-deux jours (30 cas sur 84) en moyenne quinze jours et se prolonge parfois Jusqu'à deux mois.

Début

Dans la majorité des cas le début est annoncé par de petits signes locaux — picotements, fourmillements, sensation de brûlure, chatouillements, prurit — tels sont les mots que nous trouvons dans les observations et c’est aussi parfois une douleur plus ou moins vive. Ces sensations étonnent un sujet bien portant et qui ne voit rien qu’une cicatrice souple quelquefois infime, mais dans les heures qui vont suivre la rougeur puis le gonflement apparaîtront et augmenteront progressivement, on dirait une véritable invasion de l’organisme car les lésions inflammatoires s'étendent suivant les trajets lymphatiques, jusqu’au premier, puis au deuxième relai ganglionpaire et quelquefois au delà. Parfois le gonflement

‘ou la rougeur indolores sont les premiers symptômes. ,

Dans la règle ces signes locaux précèdent la fièvre et les signes généraux de douze heures à cinq jours et même dix jours (Ramond et Levy Bruhl) ou douze jours (Escolano Sabater).

Mais il est aussi des formes où le début est brusque, violent, dramatique. En pleine santé éclate un grand accès fébrile avec frisson, claquement de dents, tem-

R. Clément ï 4

me

pérature à 4o degrés et plus ; en même temps que s'installent des signes locaux inflammatoires plus ou moins marqués. Les signes généraux ne précèdent jamais les signes locaux, si ceux-ci n'apparaissent pas avec le premier accès, ils feront défaut tout au

long de la maladie.

Signes locaux

Rougeur et gonflement au siège de la morsure, succédant ou non à des picotements ou à une douleur légère : voilà les premiers symptômes. Ils s'étendent en surface et augmentent de volume constituant un placard volumineux, rouge, chaud et dur, de dimension variable, d’une pièce de 4o sous à une paume de main le plus souvent ; l'aspect est parfois nettement pseudophlegmoneux (Millot, Carpentier, Zamorani), sans qu'il y ait jamais fluctuation ni pus. Dans plus de douze observations on signale l’incision plus ou moins large au bistouri de celte tuméfaction sans qu'il y ait issue de pus, du sang en général ou un peu de sérosité.

La douleur spontanée et provoquée est plus ou moins vive, elle est fréquemment signalée.

Parfois la tuméfaction est moins inflammatoire, elie n’est pas chaude ni douloureuse, de teinte moins rouge, on la compare à un œdème induré (Micas, Costa et Troisier IE, Mouchet et Guillemin, Zanini t), la peau à sa surface peut prendre un aspect bleuâtre

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