OBSERVATION III
Méningite cérébro-spinale prolongée et méningo-épendymite nécessitant la trépano-ponction. — Mort. (M. F. Ramond, Société médicale des Hôpitaux de Paris, 5 mai 1916.)
Le nommé P.., âgé de 27 ans, entre à l'Hôpital Février, le 42 février 1916, dans le service de M. Dibos, au quatrième jour d'une méningite cérébro-spinale typique; le liquide céphalo-rachidien est purulent et renferme du méningocoque à l'état de pureté. On injecte 40 centimètres cubes de sérum spécifique tous les deux jours pendant huit jours; le liquide s'éclaircit, devient opalescent, sans arriver cependant à la limpidité absolue; il ne renferme plus de méningocoques. La température de 39° au début, tombe à 38°’; le malade paraît très amélioré, et le Docteur Dibos suspend les injections de sérum pendant cinq jours. À ce moment-là, la température monte à nouveau à 38°8, ia céphalée reparaît et le liquide redevient louche, renfermant des méningocoques authentiques. Nouvelle injection de sérum, amélioration consécutive avec disparition du méningocoque et chute de la température à 37°2-37°5 en moyenne, pendant neuf jours; puis, reprise de la fièvre et des signes méningés, de la purulence du liquide, septique à nouveau. Le docteur Dibos entreprit alors une cure énergique au sérum, injectant 240 centimètres cubes en dix jours. La température parut influencée d'une façon favorable, puisqu'elle tomba définitivement à 37°; mais en même temps l'état s'aggravait : céphalée progressive, subdélire passager, tendance à la torpeur, raideur de la nuque et des membres sans exagération marquée des réflexes, apparition de plaques rouges aux fesses, dans la région sacrée et au coude; pouls rapide.
Vers le quarante-cinquième jour de la maladie, apparut de la rétention d'urine, en même temps que la torpeur devenait de plus en plus marquée.
° En présence de ces divers symptômes : torpeur progressive, raideur généralisée, troubles sphinctériens, tendance aux escarres rapides, M. Dibos conclut à l'existence d’une épendymite, et me fit passer le malade, aux fins d'une trépano-ponction
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des ventricules latéraux, suivie de l'injection du sérum antiméningococcique.
‘ Lors de mon examen, le malade était dans une torpeur à peu près àäbsolue, ne répondant pas aux questions ; les paupières fermées, les pupilles en état de myosis, raideur généralisée à tous les muscles sans exagération des réflexes ; ventre rétracté, constipation opiniâtre, vessie incontinente, rougeur de la surface de la paume de la main ; température 37°, pouls à 120, liquide céphalo-rachidien fortement trouble.
Malgré la gravité de l'état, et en présence de l'inefficacité des injections intra-rachidiennes de sérum, je pratique le soir même, avec l’aide du docteur Français, une double trépanation des ventricules latéraux. On retire de chaque ventricule environ 30 centimètres cubes de liquide opaleseent sous tension, et on injecte 10 centimètres cubes de sérum dans chaque ventricule.
Immédiatement après le malade sort de sa torpeur, ouvre les yeux, reconnaît son entourage, et prononce quelques paroles sensées. La circulation veineuse collatérale du cuir cheveiu, très marquée auparavant, disparaît complètement. Quelques heures après, le patient demande à boire, s'informe de l'hôpital qu'il venait de quitter, accuse un bien-être général marqué. La raideur musculaire n'existe plus; cependant il y a toujours de l'incontinence d'urine, et le pouls se maintient à 120, alors que la température est normale. 11 s'endort cinq heures après l'opération, passe une bonne nuit et le matin, au réveil, ül réclame à manger. L'amélioration persiste jusqu'à midi. A ce moment-là, la température remonte, la torpeur survient, et le malade succombe le lendemain matin dans le coma progressif. -
L'autopsie est pratiquée en présence du médecin aide-major Mestrézat. Le cerveau est simplement congestionné, sans trace de pus à sa surface. Le pus n'apparaît qu'au niveau du quatrième ventricule, s'étale sur toute la face inférieure du cervelet et un peu sur le bord postérieur, puis glisse sur les bords latéraux du bulbe, pour s'étaler en large nappe sur la face antérieure du bulbe et de la protubérance, et descend vers la moelle, dont il n’occupe que la face postérieure, laissant toute la face antérieure absolument intacte; il adhère à peine à la face postérieure, et s'en détache facilement par un simple