OBSERVATION IV
Méningite cérébro-spinale cloisonnée : Ventriculo-épendymite traitée par la trépano-ponction et la sérothérapie intraventriculaire. — Mort. (MM. de Verbizier et Chauvel, Société Méd. des Hôp. de Paris, 20 avril 1917.)
Le 15 février, entre dans notre service le maréchal des logis P.., âgé de 38 ans. Il présente tous les signes cliniques d'une grave méningite cérébro-spinale à forme septicémique, avec arthrites multiples (coude, épaule et poignet droit) atcompagnées d’un œdème considérable de tout le membre supérieur. Rétention d'urine nécessitant deux cathétérismes quotidiens. Néanmoins, le malade ne présente pas de délire et répond facilement.
Le liquide de ponction lombaire est purulent et renferme du méningocoque en abondance. Le 25, le 26, le 27 et le 28 février, après ponction abondante, il reçoit 40 centimètres cubes de sérum par 24 heures. Le 28 février, le liquide ne renferme plus de méningocoques, mais nous sommes frappés par sa coloration ambrée. Il renferme le sérum injecté la veille. Le 1% mars, même phénomène, en même temps qu'apparaissent de graves complications. L'obnubilation intellectuelle apparaît sous forme d'un délire tranquille et d'une somnolence constante. En même temps, apparaît une gêne de la déglutition telle que le malade ne peut plus s’alimenter. En présence de cette. aggravation de l’état général contrastant avec la disparition du méningocoque dans le liquide céphalo-rachidien, et nous basant
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surtout sur les phénomènes cérébraux présentés par le malade, nous portons le diagnostic de méningite cloisonnée et nous recourrons, séance tenante, à la trépano-ponction.
. Nous avons retiré 50 centimètres cubes de liquide. Ce dernier est trouble, mais aucunement teinté par le sérum. Il renferme des polynucléaires, quelques cellules épendymaires et de nombreux méningocoques, différant ainsi totalement du liquide de ponetion lombaire.
Le liquide ventriculaire est remplacé par 30 centimètres cubes de sérum antiméningococcique.
Le lendemain, 2 mars, l'état «est toujours très grave : la température est de 40°, mais l'obnubilation intellectuelle, le délire et la somnolence accusés plus haut ont complètement disparus. Le malade cause et répond parfaitement. La gêne de la déglutition a disparu également et P.…. boit tous les liquides qu'on lui présente. Une ponetion lombaire est faite qui donne un liquide toujours ambré. Une nouvelle ponction ventriculaire est pratiquée : nous faisons sauter un crin et, après avoir iodé la plaie, nous avons recherché l’orifice osseux avec une petite sonde cannelée, qui nous a permis de conduire directement l'aiguille, sans tâtonnements. Le malade, sans anesthésie, n’a accusé aucune douleur. Le liquide ventriculaire ne s’est pas reproduit depuis la veille et la ponction est restée blanche.
Le 4 mars, l’état psychique est toujours satisfaisant. Pas le moindre délire. La déglutition est parfaite. Mais les graves phénomènes septicémiques signalés au début s'aggravent : le membre supérieur droit, avec ses arthrites multiples, est le siège d’un œdème énorme, la température monte le soir à 41°, une escarre sacrée se dessine et le malade succombe le 4 mars, c’est-à-dire trois jours après sa trépano-ponction, malgré les injections intra-veineuses de sérum.