RASE
enfant, nourri au sein, s’est développé normalement jusqu'à ces derniers temps ; il pesait, quelques jours avant l'entrée, 7.350 grammes. Poids de naissance : 3.700 gr.)
Le début de la maladie remonte à une quinzaine de jours environ. Le bébé aurait présenté alors un coryza abondant, avec écoulement purulent par les narines, accompagné de fièvre (38 et 39°) et de troubles digestifs légers (diarrhée). Au bout de quelques jours, il est amené par sa mère à la consultation de médecine, où M. Maillet constate une rhino-pharyngite marquée et quelques râles sous-crépitants fins à la base droite.
L'état de l'enfant ne s’améliorant pas, la mère se décide à entrer à l'hôpital. Quelques heures avant son entrée, l'enfant aurait eu un accès de cyanose.
Il s'agit d’un nourrisson normalement constitué. La température rectale est de 39°8; le pouls est régulier et bien frappé. Il existe un écoulement nasal muco-purulent et de la rougeur de l’arrière-pharynx, une légère diarrhée. A l’auscultation, on ne perçoit que la propagation des bruits nasaux. On ne constate ni raideur de la nuque, ni signe de Kernig, ni tension de Ja fontanelle. Nous prescrivons des bains chauds et la désinfection du rhinopharynx. Les jours suivants, la température descend, la diarrhée disparaît, l'appétit redevient bon.
Le 4 novembre, l'enfant a 38° et son état général est bon. Le 5, au matin, on constate un léger empâtement du cou-depied gauche et de l'æœdème périmalléolaire ; la pression et la mobilisation paraissent douloureuses. La température remonte à 38°6 et à 39° le lendemain. Le 7, les symptômes sont plus marqués : le pied est nettement rejeté en dedans, l'œdème et la rougeur du cou-de-pied sont plus accentués. L'enfant est d’ailleurs moins bien, il est grognon et a moins d'appétit. L'examen systématique ne révèle l'existence d'aucun signe méningé; le pouls et la respiration sont réguliers. Une ponction lombaire ramène un liquide, dont le dépôt de centrifugation contient des polynucléaires et quelques méningocoques. Nous injectons immédiatement 20 centimètres cubes de sérum antiméningococcique mixte (AB) dans le rachis, et 20 centimètres cubes dans les muscles de la région lombaire.
:. Le 8, les phénomènes articulaires ont complètement rétrocédé. Le liquide céphalo-rachidien présente les mêmes carac-
tères. Nous répétons les injections intrarachidiennes et les injections intramusculaires. Le 9, la température redescend un, peu (38° le matin, 38°4 le soir), le liquide céphalo-rachidien ne contient plus de germes à l'examen direct. Nous injectons encore 20 centimètres cubes de sérum dans le canal rachidien et dans les muscles. Le 11, état identique; cependant l'enfant est très somnolent, il présente un peu de mâchonnement et par moments quelques mouvements toniques du membre supérieur droit (flexion de la main), mais il s’alimente convenablement. La ponction lombaire retire avec peine 10 centimètres cubes d’un liquide sanguinoient, se coagulant rapidement (en cir.q à dix minutes), contenant des hématies, des polynucléaires, mais pas de méningocoques. Nous injectons 10 centimètres cubes de sérum par voie lombaire. En outre, soupçonnant un cloisonnement méningé, nous ponctionnons le ventricule à travers la fontanelle; la ponction donne issue à 40 centimètres cubes d’un liquide louche, contenant de nombreux méningocoques à l'examen direct. Nous injectons 20 centimètres cubes de sérum dans le ventricule et 20 centimètres cubes par voie intramusculaire.
Par suite d’un accident survenu à notre étuve, c'est seulement le 12 novembre que nous pouvons isoler le méningocoque et l'identifier avec le type B de Nicolle. Le même jour, nous injectons du sérum B: 5 centimètres cubes par voie rachidienne, 20 centimètres cubes dans le ventricule, 20 centimètres cubes dans les muscles. Nous répétons les mêmes injections le 13, le 14, le 15 et le 16.
Malgré les grosses doses de sérum, le liquide retiré du ventricule donne encore naissance à des colonies de méningocoques. L'état reste sensiblement le même : somnolence, petites crises de contracture du membre supérieur droit. Le 16, cependant, la température commence à descendre. Le 19, apparaît une otite droite suppurée; il nous est impossible de déceler dans le pus de l’oreille des colonies de méningocoques. Nous injectons sous la peau un quart de centimètre cube d'un vaccin méningococcique B préparé par M. Maurice Nicolle. Nous renouvelons, en outre, ainsi que le lendemain, les injections sériques ventriculaires.
L'enfant meurt dans la nuit du 21.
Autopsie. — A l'ouverture de la calotte cranienne, on ne voit ni pus, ni fausse membrane autour du cerveau et du bulbe. Les méninges sont congestionnées. Sur les coupes du cerveau, les ventricules apparaissent dilatés, remplis d’un liquide légèrement hémorragique.
A la partie postérieure de l'hémisphère gauche (corne occipitale postérieure), il existe un abcès du volume d'une grosse noix, bien délimité, entouré d'une membrane épaisse de 4 à 2 millimètres. Le pus est épais, sanguinolent; il est séparé de la corne sphénoïdale du ventricule par une couche de substance cérébrale épaisse d'environ un demi-centimètre, et communique avec elle par un étroit pertuis sinueux dont l'orifice punctiforme laisse sourdre une goutte de pus. A l'examen microscopique, le pus de l’abcès contient de nombreux méningocoques intra et extra-cellulaires, et le liquide ventriculaire quelques rares diplocoques.