II. ___ Pronostic selon l’âge
D’après nos cas personnels et d’après les cas publiés, il nous a semblé que les suppurations pulmonaires comportaient un pronostic moins grave dans l’enfance qu’à l’âge adulte.
Nous avons observé 2 suppurations pulmonaires chez l'enfant, toutes 2 ont guéri. Dans le premier cas (obs. 10), il s’agit d’un abcès à pyogènes guéri en un mois, confirmé guéri depuis 18 mois où nous avons été frappés de la rapidité et de la qualité de la guérison. Le 2 cas (obs. 32) est notre seul cas de guérison spontanée d’abcès chronique ; chez une fillette de 8 ans, une suppuration putride évolua par poussées avec une volumineuse cavité hydroaérique pendant plusieurs mois, une tentative chirurgicale fut même tentée, qui fut certainement inopérante, L'enfant fut emmenée par sa famille et guérit ultérieurement spontanément. Actuellement, elle se porte parfaitement bien et la guérison que nous avons nous-mêmes pu vérifier se maintient depuis plus de 18 mois. C’est ici un cas de suppuration pulmonaire chronique, récente, guérie spontanément. Nous sommes tentés de croire que l’âge de cette enfant peut avoir influencé cette évolution.
Dans la littérature, seule la thèse de Derchen et le travail de Wessler et Schwartz paraissent ne pas confirmer cette impression. Derchen rapporte 6 cas d’abcès du poumon du nourrisson tous mortels, mais il s’est agi dans ces cas d’abcès broncho-pneumoniques ou la broncho-pneumonie paraît avoir été prédominante, c’est donc un groupe de cas particulier. Wessler et Schwartz d’après 15 cas, estiment que l’abcès du poumon comporte chez l'enfant le même pronostic que chez l’adulte. Ils ont eu un tiers de guérison spontanée, 2 morts par hémorragies, une par abcès du cerveau. Ils ont enfin observé des évolutions vers la chronicité invétérée avec pyo-sclérose comme chez l’adulte.
Enfin, Lockwood croit même que l’abcès du poumon est plus grave chez l’enfant, où l’on trouverait 40 % de mortalité.
Par ailleurs, toutes les autres observations tendent à confirmer la bénignité de l’abcès du poumon chez l'enfant. Déjà en 1885, Truc en avait fait la remarque. Depuis, la guérison est retrouvée dans tous les cas publiés (voir chapitre étiologie), et ceci quelle que soit la nature de la suppuration (putride ou non putride), l’agent causal (anaérobies, staphylocoque, entérocoque) l’âge de l’enfant (nourrisson, première enfance) la thérapeutique appliquée.
D'ailleurs, les médecins d’enfants Cathala, Lereboullet, Halle, Hutinel et Bureau pensent que la guérison spontanée « est presque de règle quand il s’agit d’abcès aigus survenant chez les enfants ».