PRONOSTIC
A) SUPPURATIONS PULMONAIRES PARENCHYMATEUSES
I. — Pronostic selon l’ancienneté et la nature bactériologique des lésions
Le pronostic est tout différent dans les suppurations aiguës et dans les suppurations chroniques.
a) Suppurations aiguës.
De nombreuses observations ont bien établi la fréquence de leur guérison et en particulier de leur guérison spontanée. Kindberg et Monod l’indiquent dans 20 à 30 % des cas, Graham, dans 25 % des cas. Il importe de distinguer en outre les différents types bactériologiques car ils comportent des pronostics différents.
Les abcès à pyogènes sont de tous, ceux qui comportent le meilleur pronostic (si l’on met à part les abcès miliaires septicémiques).
Nous notons 10 guérisons dont 7 spontanées sur 15 cas d’abcès à streptocoque ; 11 guérisons dont la plupart spontanées sur 14 cas d’abcès à pneumocoque, 5 guérisons dont 4 spontanées sur 5 abcès à staphylocoque ; soit en bloc 26 guérisons sur 34 cas d’abcès apyogènes, soit 76 %.
Parmi nos cas, nous trouvons 5 guérisons (spontanées ou par traitement médical) sur 10 cas, soit 50 %. Ces guérisons sont survenues en 2 mois, 1 mois, 3 semaines et ont été vérifiées après 2 mois, 1 an 1/2, un mois.
A ces cas, nous pouvons ajouter deux cas subaigus guéris en 5 mois et 6 mois 1/2, vérifiés guéris après un an.
Les abcès à pneumobacile de Friedlander, d'après les quelques cas publiés paraissent comporter aussi un bon pronostic. Sur 4 cas, une
seule mort (Lemierre et Rudolf), les 3 autres (Mme Bertrand-Fontaine, Lemierre et Kindberg, Aubry et Costantini) guérirent. Ces 3 cas guérirent, il est vrai, après pneumotomie.
Les abcès amibiens, nous y avons déjà insisté au cours de l’étude symptomatique, sont rendus particulièrement bénins par l’emploi de l’'émétine. Un abcès amibien est aujourd’hui un abcès qui guérit toujours, même lorsqu'il est passé à la chronicité comme dans notre obs. 1. Le cas de Caussade et Tardieu d’abcès surinfecté par des anaérobies ayant résisté à l’émétine et ayant abouti à la mort malgré le traitement émétinien est unique.
Les suppurations putrides aiguës elles-mêmes guérissent assez souvent. Que cette guérison survienne spontanément ou après traitement médical. Langeron et d'Hour, en rapportent 6 cas; Nanu Muscel et Stoichitza 4 cas (20 % sur 20 cas) et tout récemment Bernard Patourel, Decourt et Louvet, 5 cas. De nombreuses autres observations isolées ont été rapportées.
Parmi nos cas, nous notons 4 abcès putrides guéris seul ou par traitement médical sur 15 cas ; soit 26 % de guérisons et si nous négligeons 2 cas de gangrène, cela fait un pourcentage de 30 % de guérisons. Ces guérisons survinrent après un mois, un mois 1/2, 2 mois 1/2, 4 mois ; elles ont été vérifiées après 1 an, 3 mois, 6 mois, 2 ans.
Les abcès aigus guérissent donc souvent seuls par traitement médical, qu’ils soient putrides, qu’ils soient et surtout s’ils sont simples.
Il reste cependant, de nombreux cas qui évoluent vers la chronicité ou vers la mort et ceux-là nécessiteront une intervention active.
b) Suppuration chronique.
Etudiant l’évolution des suppurations chroniques, nous avens pu dire qu’elles évoluaient parfois mais rarement vers la guérison, le plus souvent vers la chronicité invétérée et la mort.
Parmi nos cas, sur 14 cas chroniques nous trouvons 2 guérisons spontanées ou médicales : une qui malgré une tentative chirurgicale doit être considérée comme spontanée (obs. 32) survenue après 4 mois et vérifiée après 18 mois ; l’autre où il s’agit d’un abcès amibien guéri par l’émétine (obs. 1). Ce cas mis à part, il reste une guérison sur 13 cas : 7,7 %. Nous sommes loin des chiffres des abcès aigus. Ce pourcentage confirme l’opinion actuellement admise de la guérison exceptionnelle des suppurations chroniques.
Convient-il par contre de porter un pronostic également sombre dans tous les cas ? Nous ne le croyons pas, et l'étude des résultats thérapeutiques nous montrera que les cas chroniques récents sont susceptibles de guérir par des traitements conservateurs, tandis que les cas chroniques invétérés exigent l'exérèse des lésions et comportent un pronostic plus sombre.
D’autres facteurs que l’ancienneté des lésions ne sont pas négligeables dans l’étude pronostique des suppurations pulmonaires, on insiste peut-être insuffisamment sur eux.