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CHAPITRE IV

SYPHILIS DIGESTIVE I. — Syphilis gastrique

Après avoir nié la syphilis gastrique, de nombreux auteurs tendent à démontrer aujourd’hui sa fréquence.

L'histoire de la syphilis gastrique réelle se résume à la gomme ou à la scléro-gomme. A côté de ces manifestations J’une syphilis tertiaire, acquise ou héréditaire, pourvues d’une caractéristique anatomique, sinon de symptômes particuliers, d'autres lésions seraient dues à une sorte de parasyphilis gastrique : telles que certainement les troubles gastriques du tabès, peut-être quelques gastrites, l’ulcère simple.

La gomme ou la scléro-gomme, circonserite ou diffuse, est à l’origine de tous les troubles se traduisant par des signes anatomo-cliniques de tumeur, d’ulcère, de cicatrices ou de sclérose.

« La forme pseudo-cancéreuse avec tumeur est peutêtre la seule dont on puisse cliniquement affirmer la nature spécifique, lorsqu'un traitement syphilitique de quelque intensité fait rapidement fondre la tumeur et disparaitre les phénomènes causés par sa présence » (Læper et Bory). Et cela justifie la phrase de Hudelo : « Lor-qu'’on luidécouvreune tumeur àl’épigastre, heureux le malade qui a eu la vérole. » Les signes sont ceux du cancer. Toutefois le jeune âge du sujet, la notion d’antécédents spécifiques ou celle d’une réaction

de Wassermann positive, nous inciteront à tenter l'épreuve du traitement arsenical ou mercuriel.

La forme ulcéreuse de la syphilis gastrique est celle qui correspond à l'ouverture d'une gommeramollie dans la cavité gastrique, à son ulcératlion. Aucun signe clinique ne permet de l’isoler de l’ulcère simple ou maladie de Cruveilhier. C’est grâce à l’action rapidement favorable du traitement d’épreuve sur un certain nombre de cas présentant les signes de cette maladie que l’on peut admettre la fréquence relative de l’ulcère syphilitique de l'estomac, qui serait la forme la plus fréquente de syphilis gastrique.

Il est des formes qui sont d'emblée et uniquement hémorragiques, mais sans manifestation douloureuse émétisante ou dyspeptique. Il s’agit sans doute au point de vue anatomique, d’une artérite gommeuse.

Certaines formes simulent absolument l'ulcus gastrique avec ses douleurs, ses vomissements, etc. Le seul élément permettant le diagnostic serait parfois l’hypochlorhydrie. On a donné aussi comme témoin de syphilis gastrique l’abondance des lymphocytes au cyto-diagnostic qui n'a son équivalent que dans la tuberculose ulcéreuse de l'estomac, manifestation très rare.

Fournier admet l'existence de gastrites syphilitiques qui apparaissent conditionnées par des lésions diffuses non ulcéreuses, mais leurs caractères cliniques sont peu différenciés, et leurs éléments anatomiques manquent encore.

L'histoire de la syphilis sclérosante est plus intéressante, car elle trouve une preuve de son existence dans les examens radiologiques. Le petit estomac syphilitique de Leven et Barret, véritable cirrhose atrophique de l'organe, à troubles fonctionnels intenses et d’épuisement rapide, est à parois épaisses, rigides, cartonnées. Ces scléroses diffuses sont par-

fois désignées sous le nom de linite syphilitique.

Plus souvent le proc®ssus civatriciel est localisé et: aboutit à une sténose cardiaque et surtout pylorique. Plus souvent encore, la sténose est médio-gastrique.

Cette forme — estomac en sablier —- est la forme de syphilis gastrique sténosante la plus fréquemment signalée. En fait, il est exagéré de dire que la sténose gastrique est toujours spécifique. Cependant il-n'y a guère que la syphilis qui soit capable de produire des brides multiples constituant plusieurs sténoses sur le même organe et qui ont fait décrire un estomac syphilitique ficelé, une syphilis gastrique déformante.

Existe-t-il une parasyphilis gastrique, c’est-à-dire des troubles dont la relation avec la syphilis n’est pasdirectement évidente mais qui seraient cependant «déterminés et conditionnés par elle » ? Cela n’est pas certain. L’estomac tabétique constitue peut-êtrele premier paragraphe de cette étude de parasyphilis gastrique. Castaigne a supposé que des lésions stomacales spécifiques pouvaient être cause de certaines crises. On manque de documents précis pour résoudre cetie question.

La radioscopie ne.nous renseigne guère. Le chimisme gastrique donne des indications aussidiscutables et assez contradictoires. On a invoqué à la fois l’hyper ou l’anachlorhydrie. Cependant les éléments ‘anatomiquesmanquent.Com me argument clinique, Castaigne a invoqué que l’ulcère gastrique, vérifié à l'écran, lorsqu'il survient chez un syphilitique, est souvent accompagné de tabès au début. Chez ces malades, l’ulcère apparaît comme le premier stade du syndrome crise gastrique. Crohn a récemment rapporté trois cas d’ulcère gastrique ou duodénal chez des tabéliques, mais les considère comme une pure coïncidence.

es faits conduisent à discuter les relations de l’ulcère simple avec la syphilis. La maladie de Cruveilhier seraitelle une manifestation directeouindirectedelasyphilis?

Déjà en 1865 Lang, de Vienne, faisant une statistique générale, trouvait des signes de syphilis dans 00/0 des cas d’ulcus gastrique. En 1918, cette proportion a été retrouvée par Castaigne.La fréquence de la sigma-réaction positive dans les cas d'ulcère simple est cependant plus impressionnante, ce qui explique que les auteurs américains fassent une part très large à la syphilis gastrique. Certains vont jusqu'à admettre que tous les ulcères gastriques sont d’origine syphilitique, acquiseou héréditaire.

L'anatomie pathologique ne nous donne pas de précisions plus grandes.

Comme on le voit, le diagnostic de la syphilis gastrique est difficile le plus souvent. Un Wasserman positif affirmera la spécificité du sujet, mais non celle de la lésion. Inversement une réaction négative ne signifiera rien, Pratiquement, seule l'efficacité remarquable, cerlaine, contrôlée du traitement spécifique donnera une quasi-certitude.

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