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II. — Syphilis hépatique

On sait depuis longtemps déjà que le foie réagit envers la syphilis. Mais pourtant on la méconnait dans bon nombre de cas où elle est en cause. Notre observation III montre un malade qui fut d’abord traité comme asystolique ; plus tard, on pensa à la syphilis el le traitement d’épreuve confirma ce diagnostic.

C'est sous forme de syphilis hépatique fébrile d’une part, et de cirrhose ascitique d'autre part que la syphilis a révélé son rôle aux chercheurs dans ces derniers temps.

1° Syphilis hépatique fébrile

La notion que des lésions syphilitiques puissent avoir

une évolution fébrile est parfaitement établie. Après

Wunderlich et Gerhardt, Castaigne et Lian, Netter en ont signalé des exemples. Dans nos observations IV, V et VI, les malades ont préseuté à plusieurs reprises de la fièvre, 3804 (obs. V) et même 4o (obs. IV et VI).

a) Il semble bien que de toutes les localisations syphilitiques susceptibles de réaliser la fièvre, l’hépatite doive être placée au premier rang.

D'après Gilbert, Chiray et Coury, l'hépatite syphilitique fébrile donne lieu à des accès de fièvre intermittente ou continue (dans le premier cas, on a parfois posé le diagnostic de paludisme), Cette fièvre ne cède nullement aux antithermiques habituels, mais cesse totalement et rapidement sous l'influence du traitement spécifique.

b) Le foi est gros dans son ensemble ou dans un seul de ses lobes, à surface régulière où légèrement bosselée. La rate est par contre peu augmentée de volume.

Les cas observés n’ont pas montré d’ascite ni de signes d'hypertension portale, parfois un peu de subictère sans syndrome vrai de Hanot (d’ailleurs, on sait que la maladie de Hanot est souvent syphilitique, et qu’il y a parfois des poussées subfébriles au cours de cette aflection).

c) L'action extrémement rapide du lraitement spécifique est le troisième point à relever: chute de la tem-

pérature, reprise de l’appétit, engraissement rapide, réduction du volume du foie à la normale.

La méconnaissance de cette affection a conduit à plusieurs erreurs de diagnostic: le plus souvent, on a pensé à la tuberculose, parfois au paludisme, à lamibiase ; parfois l'hypothèse de syphilis a été soulevée et écartée devant un Wassermann négalif.

Une observation de Paillard montre que la syphilis héréditaire est susceptible de réaliser des symptômes tout à fait analogues et d'interprétation aussi difficile.

ml. Ne

2 Syphilis hépathique à forme cirrhotique el ascitique

On doit à Letulle une série d’études sur le rôle joué par la syphilis dans la genèse de la cirrhose du foie, type cirrhose alcoolique, et dans la genèse de l’ascite. De ces travaux, confirmés par des observations de Courtois-Suffit et Giroux, de Chiray et Janet, de Chauffard, Brodin et Debray, de Milian et Lelong, la thèse de Brizard (1918), se dégagent un cerlain nombre de notions que voici :

a) « Les malades atteints de cirrhose du foie avec ascite sont souvent des syphilitiques. »

L'anarmnèse établit déjà ce fait dans un pourcentage important de cas; la réaction de Wassermann est positive presque une fois sur deux (Letulle et Bergeron). Enfin, que la clinique ou la sérologie aient donné ou non un résultat positif, l'épreuve du traitement vient parfois confirmer ou imposer le diagnostic.

b) L’ascite n’est pas toujours d’origine purement mécanique ; il y a parfois des lésions de péritonite syphilitique. Letulle a fait une magistrale description des lésions observées chez les cirrhotiques. Il insiste sur l'aspect lavé, le ton blanc laiteux, l'apparence nacrée de certaines régions du péritoine et particulièrement sur un état très spécial de l'intestin qui, à son avis, ressortit à la seule syphilis : l'intestin grêle s’est épaissi, rétracté et peut s'être raccourci de 1, 2et même 4 mètres, etc.

c) Le traitement spécifique obtient parfois des résultats très remarquables.

En résumé, lorsqu'on se trouve en présence d’une bépatite, d’une cirrhose, atrophique ou hypertrophique il faut penser que les cas d'apparence les plus habituels peuvent être syphilitiques et ne se distinguer apparem-

ment par aucun signe pathognomonique. Nous avons vu plus haut que dans les nombreux cas observés par Letulle et Bergeron, près de 50 o/o présentaient une réaction de Wassermann positive. Ce n’est cependant pas une preuve absolue de leur nature syphilitique.

En revanche, si Letulleet Bergeron ont montré la fréquence de la sigmaréaction positive dans les cirrhoses, elle peut manquer, comme chez notre malade de lobservation III. Il convient alors de trouver la preuve ailleurs.

Ici encore, les commé”noratifs auront leur importance, de même que les signes communs recherchés en dehors de l’organe atteint. Il faut toujours rechercher les petits signes neurologiques qui sont pathognomoniques.

Enfin, comme presque toujours (et dans nos observations) le diagnostic résultera avant tout de l'épreuve thérapeutique.

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