‹ Contribution à l'étude des tétanos atypiquesChapitre 3 sur 14 · EU OBSERVATION II · texte numérisé non relu

EU OBSERVATION II

Blessé le 25 avril 1915 par éclats d’obus à la cuisse gauche.

Le 7 juillet 1915, c'est-à-dire 72 jours après le traumatisme et sans qu'aucune intervention chirurgicale ait été pratiquée, le blessé ouvre difficilement les mâchoires. Plaies cicatrisées. Marche sans fatigue ni gêne. Ce trismus est suivi, 10 jours après, de contracture d’abord légère, puis assez accusée de la jambe gauche primitivement blessée, et, pour cette contracture, le ‘blessé est admis le 25 juillet 1915 au centre neurologique de la hui-

tième région. Contracture en flexion du membre inférieur gau-

che presque invincible. Aucune raideur au membre inférieur droit. Ebauche de raideur aux membres supérieurs. / Facies caractéristique : traits figés, yeux à demi-fermés par contracture des orbiculaires des paupières, bouche pincée, expression de tristesse résignée. | Exaltation manifeste des reflexes tendineux aux quatre membres. Le reflexe rotulien droit s'accompagne d’une trépidation de la jambe après la percussion simple du tendon rotulien. Be

réflexe rotulien gauche ne peut être libéré en raison de la con

tracture du quadriceps. Il en est de même du reflexe achilléen

gauche en raison de la contracture des muscles postérieurs du. mollet. À + | a SRE Musles hyperéæcitables aux courants galvanique et faradique. Le 7 août, le trismus est presque disparu. Toutefois les réflexes tendineux et osseux demeurent ,très exagérés., Même exaltation KL

de la réflectivité tendineuse et osseuse des membres supérieurs.

Réflexe trieipital inversé des deux côtés : la percussion de l’olé-

crâne détermine non pas l'extension de l’avant-bras sur le bras mais la flexion.

6 octobre 1915, guérison.

Le 28 novembre 1915, nous avons appris que le blessé était en traitement dans une ambulance du front pour des accidents tétaniques survenus spontanément. Malheureusement nous n'avons pu avoir des renseignements précis sur ce qu’il est advenu de

cette rechute évidente. \

Par ces observations, MM. Claude et Lhermitte ont voulu montrer à quel point d'abord, peut se prolonger le temps de latence de l'infection tétanique. Dans trois des cas, le tétanos fut consécutif à des plaies des membres très superficielles par éclats d'obus et fit son apparition plus de deux mois après l'époque de la blessure, les plaies étant fermées depuis longtemps et aucun acte opératoire n'ayant eu lieu. Ils ont montré l'allure insidieuse de ces formes frustes caractérisée par

i° La contracture légère du membre blessé, permettant d’abord au sujet convalescent d'accomplir, sans grand trouble, les occupations de la vie courante, puis s’exagérant et s'étendant;

2° L’hypertonie musculaire qui n'est pas traversée par des paroxysmes de contracture comme dans le tétanos classique, ou bien ceux-ci sont très passagers et difficiles à saisir ;

3° L’hyperexcitaninté excessive des muscles et des nerfs aux courants faradique et galvanique, et, d'autre part, : l'exaltation de la réflectivité osseuse et tendinewse:

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4° L'expression particulière du facies;

0° Un état général excellent, pas ou peu de fièvre;

6° Une période de convalescence qui peut être entrecoupée de rechutes plus ou moins sérieuses. C’est ainsi que dans l'observation I la rechute s'est produite 3 mois après la blessure, 5 mois après le début des accidents. Elle se caractérise, par des troubles presque aussi graves que ceux qui signalèrent la première atteinte. De sorte que læ mala-

die eût une durée totale de 9 mois, avec une période de ré- mission intercalaire. Enfin dans l'observation IL la rechute

se serait produite aussi 7 mois après la blessure.

À la même époque Leriche, de Lyon, publiait un cas de ‘tétanos tardif à symptomatologie fruste. C’est un tétanos tardif survenu 62 jours après la blessure après deux injections de sérum antitétanique, avec symptomatologie très atténuée, demeurée longtemps unilatérale et se terminant

par la guérison. L'auteur conclut que l’immunité conférée

par une ou deux injections de sérum antitétanique est trop passagère pour mettre à l'abri de l’évolution tétanique. Puis nous devons citer les observations de MM, Antoine, Berard (L.) et Lumière (A.), Bouquet, Delbet (Paul), Espitalier et Vitoux, Kirmissnon, Laval, Marchand et Lévy, Mériel, Monod, Mouret, Péraire, Perret et Bernheim, Rocher, Routier, Trémolières et Caussade, Valette. Nous avons lu aussi les nombreuses publications parues sur ces cas de MM. les professeurs Hartman, Lecène, de MM. Carnot, Mériel, etc... Et nous signalerons enfin tout particulièrement l'ouvrage de MM. Courtois-Suffit et Groux sur « les formes

anormales du tétanos », qui représente une -excellente mo-

nographie de la question.

Avant de terminer ce côté historique de la question, nous

publierons le résumé de l'observation de MM. Rimbaud et

Henrotay qui est caractéristique par la durée de la période d'incubation, par la durée de la maladie, et par les récidi-

ves:

Blessé le 24 octobre 1916. Blessures multiples par éclats d'obus Vs membres inférieurs, à la face et aux mains. N'aurait reçu

que 2 ou 3 cc. de sérum seulement après sa blessure, et 10 cc. le

où novembre. Extraction de 130 éclats d’obus les 24, 25 et 26 oc-

| tobre, puis les 3, 23 novembre, et le 20 décembre. Le 20 janvier.

1917, extraction du dernier projectile, profondément situé dans

me mollet droit. Guérison complète. Marche normale au bout de | quelques jours.

Le 3 avril 1917, c’est-à-dire, 160 jours après la blessure, et 73 di

jours après la dérnière intervention, légère contracture dans le membre inférieur droit. Les premières contractions se produi-

sent dans le mollet; elles sont brusques, et, au début, indolores.

Pendant une période d’une vingtaine de jours elles s’intensifient GE | rapidement, deviennent AGHIQUreUES et finissent par empêcher

complètement la marche.

Le 8 avril, il entre dans le service de. seutots 2e pour Conti.

ne nr ture du membre inférieur droit. L’impotence est absolue, le ma- Jade ne peut exécuter le moindre mouvement en raison des con-

| tractures douloureuses que ceux-ci déterminent dans le membre

. inférieur droit. Membre inférieur droit en extension complète. Du 3 au 6 mai, aggravation de l’état. Les contractures tou-

jours localisées au membre inférieur droit deviennent plus fré-

* quentes et plus pénibles. Elles se produisent au moindre contact “

et même au moindre bruit, et s’accompagnent de crises paroxystiques douloureuses des plus pénibles. Traitement intensif (Bacelli-sérum-bromure-chloral). L'amélioration commence le 20 mai. Un mois après, la guérison est considérée complète. Il ne persiste plus que quelques contractures dans la jambe droite. Le 30 juin 1917, légère recrudescence avec réapparition des v4 contractures douloureuses qui cèdent en peu de jours au traitement. | 3 Au cours de la convalesence, apparaissent des manifestations névropathiques caractérisées par des contractures du membre

inférieur droit, rappelant la contracture tétanique vraie, mais n'étant plus douloureuses.

Le ? janvier 1918, la guérison est complète.

OBSERVATION DE MM. BERGÉ EP AZOULAY

Cas de tétanos localisé, monoplégique, du membre infé-

rieur droit, Byperchroniqués à généralisation tardive, incomplète, mortelle.

Big..…., Emile, 37 ans, cuisinier. Ancien blessé de guerre. Entre dans le service du Docteur Bergé, à l’hôpital Broussais, le 21 février 1922, se plaignant de contracture douloureuse du membre inférieur droit.

Blessé en 1915, à Souchez à la partie postéro-externe du genou droit, par des éclats d’obus, qui furent extraits chirurgicalement de la plaie le lendemain. Plaie cicatrisée au bout de deux mois. Mais le genou droit serait resté enkylosé en flexion. Au Grand Palais, le blessé a été soigné par la mise du membre-inférieur droit dans un appareil plâtré, puis par l'électricité. Il a pu marcher normalement, dit-il, au bout de 3 mois de soins, et reprendre son métier de cuisinier. Néanmoins il a été réformé en 55.

En 1917, le blessé est entré à la Salpétrière pour un mal perforant sous le gros orteil droit, véritable ulcère trophique. Pas de douleurs, mais contracture du membre inférieur droit. La contracture diminuant, il sortait quelques semaines plus tard. La . femmé du blessé déclare que depuis 1920 son mari ne travaillait plus, car il marchait difficilement et se plaignait de crampes douloureuses paroxystiques survenant brusquement el s’accompagnant de sueurs. Le 5 juillet 1921, il est réformé définitivement avec 30 o/o d'incapacité, à Boulogne, avec l'énoncé de certificat suivant:

« Paralysie du nerf sciatique poplité interne droit avec griffe ‘accentuée des orteils par sclérose musculaire. Troubles trophiques. Cicatrice légèrement adhérente du 1/3 inférieur de la face externe de la cuisse. »

Quelques jours plus tard, en juillet 1921, il est pris brusquement de douleurs extrêmement vives dans le mollet, puis dans

2 Al.

— 18 — HEC S HENENS Ja cuisse, remontant dans l’aine, de type causalgique. La raideu* du membre inférieur droit en extension s’est installée progressi- | | vement. (Examen de la Salpétrière.). AM SE : « x En septembre 1921, brusquement, la marche devient impossi- ir ‘ble par contracture en extension. Celle- ci est invincible, La flexion légère de la cuisse sur le bassin est ‘possible: La douleur est très ta exagérée par l’ébranlemeñt mais pas par le frôlement, Reflexe cutané plantaire impossible à trouver à cause de la raideur du à … pied qui s’est mis en équin. Réflexes tendineux normaux. Trou- ñ bles trophiques; amaigrissement du mollet droit; peau glâbre. Hanche parfaitement normale. Ces contractures et ces douleurs .

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ont été mises sur le cor d'une causalgie, c’est le diagnostic ù | porté te cette époque à la Salpétrière et une sympathisectomie | de la partie moyenne de l'artère fémorale fut conseillée. Le ma- ” lade fut opéré à Cochin en octobre 1921 et le compte rendu opératoire mentionne que l’artère fémorale fut dénudée sur une longueur de 6 à 8 cm. à sa partie moyenne et la sympathysectonide pratiquée. Cornme d'habitude, après la dénudation, l'artère se ré- trécie considérablement. I1 n’y eût aucune complication, mais aucune amélioration, et le malade fut renvoyé à la Salpétrière. Celui-ci avait abandonné ses occupations à cause de la raideur de la jambe, de la difficulté qu'il éprouvait à marcher et des crif ses douloureuses qu’il ressentait. Raideur exagérée depuis la sortie de Cochin. ñ 121 février 1922. Le Abe entre à Broussais, le. 21 février 1922. À son entrée onle trouve pâle, amaigri, affaibli, irritable. Il se

qe plaint de souffrir beaucoup de sa jambe atteinte. L'examen du AN: membre inférieur droit montre un membre en extension forcée, i avec pied en équin, atrophie musculaire marquée. Les cicatrices 4 des anciennes plaies de guerre sont visibles, l’une à la partie pos-

LES térieure de la face externe de la région du genou, cicatrice dépri-

: VE mée, adhérente, de 6 à 7 em de longueur, l’autre à la face posté-

nait rieure du 1/3 inférieur de la cuisse droite. Ces cicatrices sont RUE) nettes, sans aucune fistule, ni suppuration. Aucune plaie de la

jambe ou du pied. Pas de ganglion dans l’aine droite. La palpa- |

Le

JR RE.

tion et la mobilisation du membre atteint déterminent uné

l r Le - x < , r \ . . L « 2 consécutive à ses blessures avec un élément pithyatique surajouté.

l’état reste le même, même traitement.

re fois sur le vu de l’état de contracture généralisée tonique. Mais il n’y a aucun trismus, pas de raideur des mains et même

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crampe parozystique douloureuse, en extension, avec sudation. En même temps le malade pousse des cris et réclame de la morphine. Les réflexes sont un peu exagérés. La marche est très difficile. Rien aux viscères. Température normale. Pouls normal. Le malade est considéré, à première vué, comme atteint de névrite

27 février 1922. Mème état jusqu’à ce jour. Brusquement la contracture gagne l'autre membre inférieur puis le tronc. Examiné à nouveau, le diagnostic de tétanos est posé pour la premiè-

peu de contractures dans les membres supérieurs; pas de facies sardonique. L'examen montre une contracture généralisée de tout le tronc qui est en bloc dur et raide et incurvé en opistho- à tonos. Forte raideur de l'abdomen, des pectoraux, des dorsaux, tête renversée en arrière. Langue sèche, rotie. Dents cariées, usées, avec gingivite. Température 37°8. Pouls 160. Le traitement sérothérapique associé au bromure et au chloral est institué. 30 ec. de sérum antitétanique, 10 gr. de bromure de potassium et 10 gr. de chloral en potion, chaque jour. Les jours suivants,

3 mars 1922. Même état de la tétanisation. Toujours pas de trimus, pas de raideur des mains. Mais raideur de la racine des membres supérieurs et des bras, surajoutée à celle des membres

Un inférieurs et du tronc. \ Le

Pendant ces examens le malade est pris de crises de sur-contracture, avec poussées de sueurs, et cris de douleur. Rien aux yeux. Pouls, 160. Respiration, 4o. Température, 37°8, pendant la crise. | É ja

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Urines normales: ni albumine, ni sucre. Absorbé par la dou- {404 leur, les réponses du malade sont vagues et un peu incertaines. Incontinence des urines et des matières fécales. Aucun aliment Dal:

solide ne peut être absorbé. Seuls les liquides passent mais en ur

dehors des crises. 4o cc. de sérum. Bromure. Choral.

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