‹ Contribution A L'étude Des Toxines Chez Les AraignéesChapitre 2 sur 67 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Ce travail est le résultat de recherches effectuées de 1910 à 1914. J'y fus conduit en examinant le venin de divers Arthropodes de nos régions et notamment le venin des chélicères chez quelques espèces communes d’Araignées. Je consultai à ce propos la littérature scientifique, abondante mais souvent fort incertaine, concernant les piqüres d’Araignées, et J'en vins à prendre connaissance des travaux de KoBerT et de H. Sacus sur les toxines obtenues par macération du corps entier de certaines Araignées.

C'était avec la pensée d'obtenir le venin des chélicères que KogerT (01) fit de telles macérations. Il découvrit, dans des extraits de Latrodectes (= Latrodectus) Erebus Aud., de fortes propriétés toxiques et retrouva d’ailleurs la même toxine dans des macérations d’abdomens seuls, ne contenant par conséquent pas de glandes venimeuses. Des résullats analogues lui furent donnés par l'Epeira diademata Clerck, espèce chez laquelle H. Sacus étudia l’arachnolysine, toxine hémolytique très violente. KoBerr avait de plus constaté que les œufs de Latrodectus et d'Épeire sont aussi toxiques que les araignées entières.

L'Araignée emploie-t-elle ces toxines lors de la capture des proies ou en possède-t-elle d'autres dans ses glandes venimeuses? Kogerr ne se prononçait pas encore. Il voyait

ANN. DES SC. NAT. ZOOL., 10e série. 1916, 1, 1

cependant dans ces faits une confirmation apportée aux observations faites sur la nocivité des Latrodectus. Ce n’est que plus tard, dans un ouvrage plus général (06), que nous voyons cet auteur suggérer une distinction : « Le contenu, dit-il, des glandes venimeuses de toutes les Araignées est toxique pour les petits animaux. Mais certaines Araignées possèdent en outre, dans leur sang, une substance appartenant au groupe des toxalbumines, très toxique pour les Mammifères et les Oiseaux; cette substance passe également dans les œufs. Il faut distinguer le poison des glandes et le poison du corps, car nous ne savons pas s'ils sont identiques. »

Après la lecture des travaux de Koserr, de Sacus et de BELonowskt (également sur l’arachnolysine), Je vis qu'un certain nombre de questions restaient encore à élucider :

1° Les loxines obtenues par macération du corps de l'araignée ont-elles réellement un rapport quelconque avec le venin des chélicères ? î

20 Quel est le siège réel de ces toxines ?

30 L’arachnolysine hémolytique est-elle identique à la substance produisant des effets généraux d'intoxication ?

Ce fut avec ces préoccupations que j'entrepris l'étude de l'arachnolysine des Épeires. Je poursuivis en même temps quelques recherches sur le venin des chélicères et j'essayai d'étendre à d’autres espèces d’Araignées les résultats donnés par les Épeirides.

Je dus faire des expériences nombreuses et variées, à cause de la difficulté relative de ce genre d'études et des multiples (âlonnements qui élaient inévitables. J'obtins un certain nombre de conclusions importantes, très nettes, appuyées sur un grand nombre de faits. D'autres résultats, fournis par un nombre de faits plus petit, auraient peut-être eu besoin de quelques essais confirmatifs, mais les circonstances ne m'ont pas permis de les effectuer. Je me suis cru permis toutefois de donner ces résultats en indiquant avec détail les observatons el les expériences sur lesquelles ils s'appuient.

Pour un sujet comme celui-ci, la description minutieuse des techniques employées et des faits observés est de la plus

grande importance. J'exposerai donc ici, en les groupant sous un certain nombre de rubriques forcément inégales, toutes les données que j'ai pu recueillir.

Une première partie sera consacrée à la localisation de l’arachnolysine, toxine hémolvytique de l'Épeire. — Nous pourrons conclure de cette prémière partie que, pour étudier les toxines hémolvytiques contenues dans le corps des Araignées, il suffit d'étudier celles de leur œufs,

Une seconde partie aura done pour sujet les propriétés hémolytiques des œufs d’Araignées.

Dans une troisième partie, j'étudierai les propriétés toxiques de ces œufs, en les comparant constamment aux propriétés hémolytiques.

La quatrième el dernière partie, plus brève, traitera du venin des chélicères.

Mes recherches ont été commencées au Laboratoire d'Entomologie du Muséum d'Histoire Naturelle en 1909-1910 et je les continuai au Laboratoire de Zoologie de l'École Normale Supérieure où Je fus nommé agrégé-préparateur.

M. le Professeur Houssay à constamment suivi et dirigé l'exécution de ce travail ; toutes les ressources de son laboratoire de l'École Normale ont été mises à ma disposition. Je liens à lui exprimer ici ma reconnaissance.

Je veux également témoigner ma gratitude à M. le Professeur Delezenne pour l'intérêt qu'il à bien voulu prendre à mes recherches et les précieux conseils qu'il m'a donnés à tout propos. j

J'ai été très honoré et très heureux de la bienveillance que j'ai toujours trouvée chez M. le Professeur Dastre chaque fois que j'ai eu recours à lui, et de l’empressement avec lequel ila bien voulu communiquer mes notes préliminaires.

Je me permettrai d'adresser mes respectueux remerciements à M. le Professeur Bouvier, auprès de qui j'ai commencé cette étude, et à M. Eugène Simon, qui s’est fort obligeamment prêté à de nombreuses consultations concernant la biologie et la systématique des Araignées.

Page 1