‹ Contribution A L'étude Des Toxines Chez Les AraignéesChapitre 28 sur 67 · B. — ACTION SUR DIVERS SANGS. — HÉMOLYSE DIRECTE DE CERTAINS SANGS · texte numérisé non relu

B. — ACTION SUR DIVERS SANGS. — HÉMOLYSE DIRECTE DE CERTAINS SANGS

La sensibilisatrice semontra, comme on pouvait s'y attendre, inactive sur les sangs insensibles à l’arachnolysine. Elle se montra inactive également sur la plupart des sangs sensibles à l’arachnolysine, notamment sur les globules de Bœuf qui me servirent le plus souvent de réactif. Je l'essayai sans résultat sur des globules de Lapin, de Bœuf, d'Homme, de Poule et de Canard.

Je ne trouvai que deux sangs sensibles directement à la sensibilisatrice, celui de Ra (blanc) et celui de Souris (noire).

Il y a lieu de remarquer que ces deux sangs avaient déjà été reconnus sensibles à l'action des œufs de Meta employés seuls,

il faut noter que le sang de Poule, hémolysé par les œufs de: Meta, est ici insensible.

Donnons une idée de l’activité directe de la sensibilisatrice (sensibilisatrice à l'acide) :

Nombre d'œufs

contenus dans la Sang. Hémo'yse, « sensibilisalrice d'Epeire ».

5 Souris (noire). Très avancée en 12 heures.

10 Rat (blanc). Traces.

ÿ » Assez avancée en 3 h. 1/4; reste ainsi.

5 » Avancée en 4 heures ; reste ainsi.

5 » Un peu moins qu'avancée en 3 heures ;:

reste ainsi.

L'action est extrèmement irrégulière et toujours très faible.

I ne s’agit donc là, comme pour les œufs de Meta, que d'une action faible et exceptionnelle sur des sangs particulièrement sensibles.

$ 5. — Tentatives pour la scission de l’arachnolysine.

Le fait que l’arachnolysine inactivée par la chaleur ou: l'action d’un acide {« sensibilisatrice d'Épeire ») pouvait être: réactivée par addition d'un liquide inactif par lui-même: (« complément de Mela ») m'avait conduit à penser que l’arachnolysine n’était pas une toxine simple.

Des observations faites au sujet de la solubilité venaient à: l'appui de cette manière de voir. L'arachnolysine est beaucoup:

* plus soluble dans l’eau salée que dans l'eau distllée. La sensibilisatrice d'Épeire est à peu près aussi soluble dans l'une : que dans l’autre. Favais donc précisé un peu mon hypothèse. et supposé que l’arachnolysine étail composée de deux. éléments.

1° La « sensibilisatrice d'Épeire », résistante à la chaleur el aux acides, soluble dans Peau distillée comme dans l'eau: salée.

20 Un hypothétique « complément d'Épeire », thermolabile.…

sensible à l'action des acides et bien plus soluble dans l'eau salée que dans l’eau distillée.

Partant de cette conception, j'ai fait quelques tentatives pour scinder l’arachnolysine en ses deux constituants. Je cherchai à séparer les deux substances en profitant d'une différence quelconque de propriétés qui aurait pu exister dans divers ordres de phénomènes : solubilité, dialyse, précipitation, résistance au gel, adsorption.

Je n'ai pas réussi à effectuer cette séparation. Mes essais furent d'ailleurs peu nombreux et incomplets. Cette partie de mon travail est celle que je me proposais surtout de perfectionner. Je crois cependant utile de donner les quelques résultats acquis.

Essais fondés sur la solubilité, la dialyse et les précipitations. — L'arachnolysine brute et la sensibilisatrice étant, toutes les deux, susceptibles d’être détruites par la chaleur au-dessous de 1009, j'étais tenté de classer la sensibilisatrice et le complément hypothétique parmi les substances albuminoïdes. D'autre part, nous avons vu que, dans mon hypothèse, le «complément d'Épeire » devait être peu soluble dans l’eau distillée et très soluble dans l’eau salée, tandis que la sensibilisatrice était à peu près également soluble dans les deux. En me fondant sur la solubilité, je rapprochais la « sensibilisatrice » des albumines et le « complément » des globulines.

Dans un autre ordre d'idées, la présence de la toxine est liée à celle du vitellus de l'œuf. J'ai donc pensé à des lipoïdes ou à des complexes de lipoïdes et de substances protéiques.

Ce sont ces idées qui m'ont guidé dans mes essais de séparalion.

J'essayai d'isoler le complément en lavant longuement à l'eau distillée des œufs d'Épeire brovés, de façon à enlever la sensibilisatrice, albumine soluble dans l'eau distillée, et à laisser le complément, globuline insoluble. J'opérai en lavant sur filtre ou en centrifugeant et décantant (jusqu'à six fois).

Le résidu repris par l'eau salée fut toujours directement hémolytique. C'était de la toxine entière et non du complément.

Avec la mème idée, je dialysai une macération d'œufs faite à l'eau salée; un précipité floconneux se produisit. J: jetai le

tout sur un filtre et lavai jusqu'a douze fois à l'eau distillée. Le résidu repris par l’eau salée était encore directement hémo- Ivtique. |

Les macérations d'œufs au chloroforme (desséchées et reprises par l’eau salée) sont, nous l'avons vu, directement hémolytiques. Leur pouvoir est d’ailleurs relativement faible.

Une mactration à l’acétone (également desséchée et reprise par l’eau salée) est inactive. Elle ne contient pas de complément, car l'addition de sensibilisatrice ne l’active point.

Mêmeconclusion pour une solution à l'alcool méthylique. Des œufs sont écrasés sur du papier filtre, on laisse dessécher et on épuise par l'alcool méthylique ; on laisse de nouveau dessécher, on reprend par très peu d'alcool méthvlique et on étend avec de Peau salée. Le liquide ne contient ni hémolvysine directe ni complément.

En faisant une macération à l’eau salée, et en étendant par vingt volumes d'alcool absolu, on obtient un précipité. Ce précipité, lavé plusieurs fois à l'alcool absolu (sur filtre ou par centrifugation) et repris par l'eau salée, est hémolytique.

Mes essais de scission par dissolution, dialyse et précipitation ne donnent, en somme, aucun résultat.

Essais fondés sur la filtration. — Pensant que la «sensibilisatrice », et le « complément d'Épeire » pourraient avoir des propriétés moléculaires différentes, J'essayai de filtrer de diverses manières des macérations d'œufs etde voir quelle était la teneur des liquides obtenus en toxine complète, en sensibiltsatrice eten complément.

J'essayai des filtrations successives sur papier Berzélius n° 2.

Je broyai 50 œufs d'Épeire dans 5 cc. d'eau distillée et je filtrai 6 fois en faisant des prises après chaque filtration, — J’obtins ainsi des Haquides hot KR FPE

J'ajoutai des globules de Bœuf à 1/2 ce. de chacun des liquides PÉRSRS he

F, hémolysa. — Début en 3/4 d'heure. — Hémolyse presque compiète en 3 h.1/2.

F, hémolysa. — Début en 7 heures. — Hémolyse avancée en 24 heures.

F,et F, n’hémolysèrent plus.

J'ajoutai 5 œufs de Meta à d'autres doses (1/2 ec.) de F,,F,,F,. Ces mélanges hémolvsèrent.

Meta + F,.— Hémolyse presque complète en 10 minutes. Meta + F..— Début en 20 minutes, presque complète en LE Fe F2 Meta + F,. — Léger début en 2 heures, avancée en 17 heures.

Cet essai et d'autres analogues me donnèrent la conclusion suivante :

Lorsqu'on soumet de l’arachnolysine à des filtrations successives sur papier, les premiers liquides sont encore hémolvtiques, mais les suivants le sont de moins en moins, et ils finissent par ne plus l'être. À partir de ce moment, les liquides ont encore là propriété sensibilisatrice, mais ils la perdent de plus en plus.

J'essayai des filtralions sur d'autres substances. J'essayai de -saturer les filtres avec de l’albumine, pour rapetisser les pores

quand il s'agissait de papier et diminuer les phénomènes d'ad- -sorption lorsqu'il s'agissait de terres.

J'essayai :

Le papier Schleicher durei n° 575. — La toxine complète passe.

Le papier Schleicher durei n° 575 saturé d'albumine. — La toxine complète passe.

L'entonnoir de porcelaine Garros. — La toxine complète passe.

La bougie Berkefeld. — Rien ne passe.

La bougie Berkefeld saturée d'albumine. — Rien ne passe.

J'essayai enfin l'ultra-filtration (sacs de collodion faits à deux trempées dans le collodion à 5 p. 100) sous une pression de

4 à 6 centimètres de mercure. — Rien ne passe. Essais fondés sur le gel. — Les essais de ce genre me furent

-suggérés par des expériences de BeLoxowski dont nous avons déjà parlé et que je rappellerai brièvement. BELonowsktr considère l’arachnolysine comme composée de deux éléments, l'un hémolylique, l’autre toxique. Parmi les arguments qu'il produit pour appuyer celte hypothèse, se trouve le suivant :

Des gels et dégels répétés de l’arachnolysine entraînent la perte complète des propriétés hémolytiques, tandis que la toxicité envers les animaux reste intacte.

Je n'ai pas vérifié si l'assertion est exacte, mais cela me donna l'idée d'essayer une séparation de substances par gels et

dégels. — Je me demandai si, en soumettant de l'arachnolysine à des gels et dégels répétés, je n’arriverais pas à détruire l'un de ses constituants en conservant l’autre.

La technique employée fut à peu de chose près toujours la même :

Je mettais le liquide à étudier dans un tube à essais en quartz. Je le plongeais, pour le congeler, dans un mélange de neige carbonique et d’acétone donnant une température qui pouvait varier de —50° à —-80°, généralement autour de —700.

Le dégel rapide était obtenu par immersion dans de l'eau à 200.

À mesure que l’on répétait les gels et dégels, les liquides se troublaient. Ceux à l’eau distillée ne se clarifiaient pas lorsque Je les resalais.

Lorsqu'un liquide avait perdu ses propriétés hémolysantes, Je regardais S'il y subsistait de la sensibilisatrice ou du complément en y ajoutant soit du complément de Meta, soit de la sensibilisatrice. — Je fis d’abord des essais sur des macérations d'œufs d'Épeire dans l’eau physiologique :

Nombre d'œufs Nombre de gels. Résultat (globules de Bœuf). par cc.

1 1,4 et 8 1 ce. — Hémolyse légère après 1 gel.

Hém. très légère » 4 gels.

Hémolyse nulle » 8 »

1 30 4 cc. — Pas d'hémolyse ; ni sensibilisatrice, ni complément.

10 jusqu’au 10€ gel, 30 4 cc. — Hémolyse forte. 5 après.

10 ñ0 Essai par dilution : le pouvoir hémolytique

est tout à fait comparable à celui d'une macération non congelée.

De ces essais, nous tirons la conclusion : au cours d'une série de gels et de dégels, les macérations d'œufs d'Épeire à l'eau physiologique conservent leurs propriétés si elles sont concentrées et les perdent rapidement si elles sont diluées ; dans ce dernier cas, elles perdent toute propriété, hémolytique, sensibilisante ou complémentaire.

J'essayai si dés macérations à l'eau distillée se comportaient différemment :

No nr: d'œufs Nombre d:g2ls. Résultat (globales de Bæaf). par cc. : ; Avant gel : hémolyse avancée en 9 minutes, complète en 11 minutes.

10 1 1/2 ce. Après gel : hémolyse avancée en 1/2 heure, presque complète en 4 h. 3/4.

Après 1 gel : hémolyse avancée en

10 1et3 1/2 cc. ue

Après 3 gels : pas d'hémolyse; ni sensibilisatrice, ni complément.

L'affaiblissement de l'activité est bien plus rapide pour les solutions à l’eau distillée que pour celles à l’eau salée. Il faut plus de quatre gels pour détruire une solution à un œuf par ec. d’eau salée, tandis qu'il en faut à peine trois pour détruire une solution à dix œufs par cc. d'eau disullée.

J'ai déjà signalé (chapitre 1) que la dialyse affaiblit les solutions d’arachnolysine faites à l’eau physiologique ; J'ai même cité un cas de destruction totale. On peut rapprocher de ce fait celui de la destruction plus rapide, par gels et dégels, des macérations à l'eau distillée : la dessalure joue ici certainement un rôle, et non pas seulement la différence de solubilité de l'arachnolysine dans l'eau salée et dans l’eau distillée.

De plus, l’altération de l’arachnolysine par la dialvse peut probablement nous éclairer sur le mécanisme de l'inactivation

. pargels et dégels. — Pendant la congélation et pendant la fusion, il se produit, dans le milieu où se trouve l'arachnolysine, des changements extrêmement rapides de concentration saline. Ces changements ont certainement une action destructive; il se peut fort bien que la répétition de l'opération affaiblisse Ja toxine, tout comme une dialyse, et que lon arrive enfin à l’inactivation complète. ,

Cependant la dialyse laisse la sensibilisatrice intacte et nous avons vu que les solutions d'arachnolysine congelées et dégelées ne contiennent plus ni sensibilisatrice, ni complément. C'est donc que le traitement par gels et dégels agit encore autrement que par les changements de concentration qu'il détermine. Je fis, pour m'en rendre compte, des essais avee de la sensibilisatrice seule.

La sensibilisatrice était préparée par addition d'acide chlorhydrique suivie de dialyse. Je congelais sans resaler. Au cours

des gels successifs, la liqueur se troublait, tout comme dans le cas de l'arachnolysine brute. La teneur en sensibilisatrice baissait au fur et à mesure et, comme pour l’arachnolysine, une solution faible s'altérait plus vite qu'une forte.

Il y à donc lieu de penser que les gels et dégels successifs agissent :

1° Par des changements répétés de concentration saline.

29 Par d'autres modifications moléculaires, probablement par des précipitations partielles, puisque les liquides se troublent définitivement pendant les opérations.

La sensibilisatrice et le complément hypothétique doivent s’altérer par ces mécanismes, le complément par les deux à la fois et la sensibilisatrice exclusivement par le second.

Essais fondés sur l'imprégnation de poudres. — La filtration nè mayant donné aucun résultat pour la séparation des éléments de l’arachnolysine, je fis des essais basés sur l’adsorption.

Dans ma pensée, en ajoutant à une solution d’arachnolysine une poudre convenablement choisie, on pouvait espérer fixer l’un des deux éléments sur la poudre, l'autre restant dans la liqueur. Je fis donc des essais variés, tous analogues au schéma suivant :

On ajoute à une macération d'œufs d'Épeire dans l'eau physiologique une poudre, obtenue fine et homogène par suspensions et centrifugations successives.

On centrifuge. On recueille le liquide. On recueille aussi le eulot qu'on lave une ou plusieurs fois. On essaie ensuite si le liquide et le culot sont susceptibles de jouer le rôle d'hémolysine directe, de sensibilisatrice ou de complément.

J'essayai : le noir animal, le tripoli, la terre d’infusoires, le kaolin.

Les résultats furent extrêmement peu nets. Souvent tout était fixé. À la longue, le culot remis en suspension libérait parfois de l’hémolysine entière. — Avec le kaolin, il arriva parfois que le culot, remis en suspension, agit comme un complément. Je pus croire un instant avoir fixé le complément d'Épeire sur la poudre, qui l'aurait libéré par la suite.

Mais le fait que la poudre libérait souvent lentement de la toxine entière me suggéra une autre idée :

Dans le cas où le culot agissait comme un complément, il devait libérer des quantités d'arachnolysine entière trop faibles pour agir directement, mais capables d'agir comme complément vis-à-vis de la Lo d'Épeire.

L'arachnolysine brute extrêmement diluée devait d'après cela pouvoir servir de complément vis-à-vis de la sensibilisatrice d'Épeire.

Les essais basés sur cette hypothèse font l'objet du paragraphe suivant.

Résumé. — Mes expériences faites pour tenter d'isoler le « complément d'Épeire » ont donc totalement échoué. Dans mes essais de séparation, j'obtenais toujours de la «sensibilisatrice » pure ou bien de la toxine entière. Si le « complément d° Épeire » existe, tout se passe comme s'il retenait toujours avec lui une certaine quantité de «sensibilisatrice » qui lui serait indisolublement liée

Les essais de ce paragraphe se joignent aux idées que nous avions déjà pour rapprocher la « sensibilisatrice » du groupe des albumines et la toxine entière (oule « complément » hypothétique) du groupe des globulines. Il ne semble toujours pas être question de lipoïdes.

Toutes ces expériences n'auront du reste pas été inutiles, puisque les dernières, relatives à l'adsorption par les poudres m'ont conduit à l’intéressante série d'essais qui va suivre.

S 6. — Propriétés réactivantes des solutions très diluées d'arachnolysine vis-à-vis de la « sensibilisatrice d’Epeire ».

Les résultats exposés à la fin du $ 5 m'ayant suggéré l'idée d'une réactivation possible de la sensibilisatrice d'Épeire au moyen de solutions d' arachnolysine extrêmement diluées, je fis des essais décisifs analogues au suivant :

SRE CN CT OR . VIA . ÿ n .

Pris de la sensibilisatrice d'Épeire à l'acide, contenant 10 œufs par ; Dhénars ? à ar \ 1 ‘ à ÿ an 1 cc. Préparé d'autre part, une solution diluée d'œufs d'Épeire neufs.

Fait des essais d'hémolyse (sur des globules de Bœuf) avec les mélanges suivants :

Mélanges. Hémolyse.

NOM Gr d'Enfeneutes ec ire à 0

N°02 1/16 d'œuf neuf + 1/2 cc. de Début en 5 minutes; complète en sensibilisatrice ....... 50 minutes.

No 3 1/2 cc. de sensibilisatrice.. 0

NOPE TE diaufineunt em me Assez avancée en { heure ; reste ainsi.

Le résultat est extrèmementnet. Nous avons, d’une part, de la sensibilisatrice inactive, d'autre part, une dose d’arachno- Iysine brute si faible qu'elle est tout à fait inactive : le mélange d's deux donne un liquide hémolvtique actif.

J'eus très souvent l'occasion de recommencer des essais analogues et le résultat fut toujoursle même. — Parfois, la solution de toxine brute était moins diluée et possédait une légère activilé propre : dans ce cas, l'addition de sensibilisatrice la renforcat considérablement.

Je puis donc formuler avec certitude la conclusion suivante : une macéralion d’arachnolysine inactivée par un acide peut être réactivée par l'addition d’une macération d'arachnolysine brute trop diluée pour avoir une action directe.

Ce fait est en correspondance absolue avec l'hypothèse dont nous nous servons constamment et d’après laquelle la toxine serait composée de deux éléments: la « sensibilisatrice d'Épeire » et le « complément d'Épeire ». En effet, nous avons vu qu’en ce qui concerne les mélanges de « sensibilisatrice d'Épeire » avec le « complément de Meta », on peut, pour avoir un liquide très actif, mettre très peu de l'un des consliluants à condition de mettre une grande quantité de d'autre : cela est certainement aussi applicable au complément d'Épeire de notre hypothèse. Dans une solution très diluée d'arachnolysine, le complémentest en quantité insuffisante pour agir en présence de la faible quantité de sensibilisatrice qui l'accompagne, mais celle quautité peut devenir suffisante si l'on ajoute un grand excès de sensibilisatrice.

Sans nous attacher à notre hypothèse plus qu'à une convention commode de langage, il nous est cependant permis de voir, dans les faits nouveaux que nous venons de constater,

une preuve de ce que l'arachnolysine nest pas une toxine simple, mais une toxine à mécanisme complexe (1).

Divers essais ont pu préciser un peu le comportement des mélanges « sensibilisatrice + arachnolysine diluée ».

Données quantitatives. — Je délerminai à peu près lès quantités limites à employer dans les mélanges.

Voici un essai méthodique dans lequel la quantité de senstbilisatrice est fixe tandis que celle de la toxine brute varie :

Pris de la sensibilisatrice à l'acide contenant 10 œufs par ec. Pré-

paré d'autre part de l'arachnolysine pure diluée. Fait deux séries de tubes :

Nes 1 9 3 4 5 Série I.

1/16 d'œuf neuf 1/32 1/64 1/128 1/256 Série II.

1/16 d'œuf neuf 4/32 4/6% 1/128 1/256 + 1/2 cc. + 1/2 ce. JE 172 COMME PPCC: + 1/2 ce. sensib. sensib. sensib. sensib. sensib.

Mis des globules de Bœuf.

Après 1 heure. — Série I.— N° 1 et 2 : début.

» Série IT. — Nos 1, 2 et 3 : hémolyse complète. — 4 : très avancée. — 5: début. Après 17 heures. — Série I. — N° 1 : hémolyse avancée. — 2 : léger début.

Après 17 heures. — Série II. — N°5 1, 2,53, 4: hémolyse complète.

— D : avancée.

Pour une dose de sensibilisatrice correspondant à 5 œufs, la dose liminaire à ajouter pour obtenir une hémolyse complète est donc 1/128 d'œuf neuf. |

Cette dose seule ne donne aucune hémolyse. 1/16 d'œuf ne donne seul qu'une hémolyse avancée, 1/32 un début et 1/6% ne donne déjà plus rien.

Voici un autre essai où la quantité de toxine brute reste fixe celle de sensibilisatrice étant variable : ;

.(1) Le procédé qui m'avait été suggéré ici avait déjà été employé par plusieurs auteurs (P. Th. Murrer, Sacus, Lermaxn), pour le discernement et PAU des hémolysines complexes, notamment de l'hémolysine du sang de Chien. — Voir l'article de Sacus (1909) dans K Ÿ en. SACHS (19 RAUS et LEv

(chap. XXXV). Dre

Pris de la sensibilisatrice à l'acide, contenant 10 œufs par cc. Préparé d'autre part de la solution étendue d’arachnolvsine. Fait des tubes contenant :

Nos 1! . 2 à nl d 6 7 > 9 10 1/2 cc. sensib.... 1/4 1/8 1/16 1/32 1/64 1/128 1/236 1/512 1/1024

Ajouté à chacun 1/32 d'œuf neuf et mis des globules de Bœuf. Après 1 heure. — N°s 1 à 4 : hémolyse complète. —5 : léger louche. — 6 : avancée.

Après 17 heures. — Nos 1 à G: hémolyse complète. — 7 : avancée, — 8 : fort début. — 9 et 10 : traces négligeables.

Fait des témoins à 1, 1/2, 1/4,.... 1/256 d'œuf pur.

En 17 heures. — 1, 1/2, 1/4, 1/8 : hémolyse complète. — 1/16 : avancée.— 1/32 : traces légères. — Autres: nulle.

Pour 1/32 d'œuf, dose qui seule donne seulement une trace légère d’hémolyse, la dose liminaire de sensibilisatrice à ajouter pour avoir une hémolyse complète est donc 1/64 de cenümètre cube de sensibilisatrice, correspondant à la fraction d'œuf : 1/6,4. — 1/12,8 donne : hémolyse avancée; 1/25,6 donne : début; 1/51,2 : hémolyse nulle.

Voici encore quelques exemples pris au hasard dans les nom- Dreux essais :

Sensibilisatrice à l'acide correspondant à 5 œufs + 1/16 d'œuf pur.

Hémolyse par le mélange. Hémolyse par le Lémoin à l'œuf pur.

Complète en 50 minutes. Avancée en 15 heures. Complète en 15 minutes. Fortes traces en 18 heures. Complète en 40 minutes. Fortes traces en 18 heures.

On trouvera encore de nombreux chiffres dans le chapitre HI relatif aux sérums antihémolytiques.

Tous les essais dont nous venons de parler avaient été effectués sur les globules de Bœuf. J'obtins des résultats tout à fait analogues avec ceux de Rat (blanc). Je rappelle que la sensibilisatrice a souvent une action directe légère sur le sang de Rat : dans ce cas, c'était la vitesse des réactions qu'il importait de considérer.

Nous savons que, si les solutions concentrées d'arachnolysine conservent bien leur propriété hémolytique directe, les

solutions faibles la conservent mal et baissent rapidement. IL en est de même pour là propriété réactivante des solutions très diluées : pour avoir des résultats réguliers, il faut donc les employer fraiches.

Firation. — J'ai essayé soit de déceler par l'addition d'œufs d'Épeire dilués la fixation de sensibilisatrice, soit mversement de déceler par l'addition de sensibilisatrice la fixation de quantités très faibles d’arachnolysine. Voici un essai du premier {type :

Sensibilisatrice à l'acide, dialysée, contenant 10 œufs par ce. Fait deux tubes contenant :

1 ce. sensibilisatrice + 1 cc. globules Bœuf à 5 p. 100.

Laissé une heure à l’étuve à 380. Après 1 heure, centrifugé et décanté. Ajouté 2 cc. d'eau physiologique pour un premier lavage des globules. Exécuté ainsi 3 lavages. Après le dernier, ajouté 2 cc. d'eau physiologique. On à ainsi une suspension de globules supposés sensibilisés. Fait une solution diluée d'œufs d'Épeire.

Préparé les mélanges :

N° 1. — Globules sensibilisés.

N° 2, — Globules sensibilisés 1/16 œuf neuf.

N° 3. —— Globules neufs 1/16 œuf neuf.

Après 4 heures. — N° 2 : hémolyse avancée. À

Après 8 heures. — N° 2: très avancée. — 3: assez avancée. — 1 : nulle.

Après 18 heures. — N° 2 : complète. — 3 : avancée. — 1 : toujours nulle.

Le liquide provenant de la première décantation se montre encore très actif comme sensibilisatrice.

Les globules « sensibilisés » s’hémolysent plus vite et plus complètement que les autres. Il y a done légère fixation de la sensibilisatrice. Nous étions déjà arrivés à cette conclusion en employant les œufs de Aeta comme réactif, mais ici, la fixation apparail comme beaucoup plus nette.

Voici un essai du deuxième {ype :

Broyé 1 œuf d'Épeire dans 8 ec. d'eau salée. Ajouté 8 ce. d’une émulsion de globules de Bœuf à 5 p. 100. Mis à l’étuve à 32° pendant 35 minutes. Gentrifugé. Leliquide est assez teinté : il y a eu léger début d'hémolyse. — Remplacé l'eau salée et centrifugé de nouveau; encore légère teinte. — Après un nouveau lavage, traces de teinte. — Lavé encore ? fois : il n'y à plus aucune teinte.

Ajouté 12 ce. d’eau salée et fait des tubes :

N° 1. — % tubes témoins avec 11/2 de l'émulsion.

N° 2. — 1 tube avec 1cc1/2 d'émulsion et 1/2 ec. de sensibilisatrice à l’acide (neutralisée par COS Na?) contenant 10 œufs par ce.

Mis dans l'étuve à 320. Retiré après 2 heures. — Il ne se produit aucune hémolyse.

Il ny a donc aucune fixation d’une solution d'arachnolysine. à 1/16 d'œuf par centimètre cube, dose qui produit seule une hémolyse lente.

Mélange d'arachnolysine diluée avec des œufs de Meta segmentata. — Reportons-nous à l'hypothèse adoptée pour la constitution de l’arachnolysine : « sensibilisatrice + complément ». Nous avons dit que, dans cette hypothèse, une solution diluée. d'arachnolysine contient trop peu de complément pour agir en présence du peu de sensibilisatrice qui lui est joint, mais que ce complément peut devenir actif si l’on ajoute un excès de sensibilisatrice. Le même raisonnement s'applique en intervertissant les mots sensibilisatrice et complément.

Une solution d’arachnolysine diluée jusqu’à l’inactivité devrait ainsi être réactivée par l'addition d'un excès de complément. Or, nous ne connaissons pasle complément pur d'Épeire. mais nous connaissonslesœufs de Melaquiagissentcomme un complément.

Il était donc à prévoir qu'une solution très diluée d’arachnolysine devait devenir active si on lui ajoutait un grand excès d'œufs de Meta segmentata, inactifs. Cette prévision se confirma pleinement. Voici les résultats sous forme de tableau :

Fraction d'œuf Nombre d'œufs Hémolyse d'Epeire pur. de Meta (globules de Bœuf).

segmentata ajoutés.

Æ TT ——— a Par le mélange. Par le témoin à l'œuf d'EÉpeire seul.

1/8 5 Complète en 1/2 heure. Avancée en 15 h. 1/8 5 vUomplète en 40 minutes Avancée en 3 h. 10: à l’étuve. à l'éluve.

1/8 5 Complète en environ Avancéeen8heures.

1/2 heure.

41/16 5 Complète en environ Nulle après 3 h, 10: 4 h. 3/4 à l’étuve. à l'étuve.

1/32 5 Plus qu'avancée en 0 2 h. 3/4 à l’étuve.

1/6% 5 Fort début en 2 h. 3/4 0

à l’éluve.

Cela est extrêmement net. Les solutions d’arachnolysine diluées jusqu'à l'inactivité peuvent être aussi fortement réactivées par l'addition d'œufs de Meta segmentata, inactifs.

Sans voir là, répétons-le encore, une preuve de la réalité de notre hypothèse, nous pouvons considérer cependant que ce fait appuie notre opinion sur le mécanisme complexe de lhémolyse par l'arachnolysine. La confirmation de cette opinion est d’ailleurs la conclusion la plus nette que l'on peut tirer de ce paragraphe consacré à l'étude des solutions diluées d’arachno- Iysine.

$ 7. — Conclusions sur le mécanisme de l'hémolyse par l’'arachnolysine.

Sans revenir en détail sur les résultats divers donnés dans ce chapitre (ils sont d’ailleurs groupés à la fin de chaque puragraphe), retenons les faits essentiels :

L'arachnolysine inactivée par la chaleur où par les acides peut être réactivée par l'addition d'une macération, inactive si elle est seule, d'œufs de Meta segmentata Clerck [Épeiride).

On peut, pour faciliter l'exposition des faits, comparer le mélange dont il vient d'être question au mélange « sensibilisatrice + complément» des sérums hémolvtiques préparés. L'arachnolysine inactivée peut être appelée « sensibilisatrice d'Epeire » et la macération d'œufs de Weta « complément de Meta ». — L'assimilation des deux systèmes hémolytiques peut être poussée assez loin : on rencontre cependant aussi de notables différences.

Par ses propriétés chimiques, le « complément de Meta » ressemble beaucoup à larachnolysine brute d'Épeire. I faut noter qu'il possède une action hémolvtique directe, faible et irrégulière, vis-à-vis de certains sangs exceptionnels, particulèrement sensibles.

La réactivation possible de l’arachnolvsine inactivée donne à penser que celle hémolysine n'est pas une toxine simple, mais une hémolysine à mécanisme complexe, grossièrement analogue au système « Cobra + lécithine » où au système « sensibilisa-

trice + complément » qui nous aservi de pointde comparaison.

Sans rien affirmer sur le fond de la question, nous pouvons faire une hypothèse commode suivant laquelle l'arachnolysine serait composée de deux éléments :

1° Une « sensibilisatrice d'Épeire », très résistante ;

2° Un « complément d'Épeire », analogue au « complément de Meta », détruit par la chaleur et les acides.

Cette hypothèse est appuyée par le fait suivant : de l’arachnolysine inactivée par l'acide peut être réactivée par l'addition d’une solution d’arachnolysine brute diluée au point de n'être plus active si elle est seule. — Dans cette solution diluée, le «complément » serait en quantité trop faible pour agir avec le peu de « sensibilisatrice » qui reste ; sa quantité pourrait devenir suffisante en présence d’un grand excès de « sensibilisatrice ».

En adoptant notre conception sur la structure de l’arachno- Iysine, 1l faut considérer les œufs de Meta comme ne contenant que du « complément » sans « sensibilisatrice ». Leur faible action directe sur certains globules pourrait laisser supposer qu'ils contiennent les deux, avec un grand excès de « complément » ; mais, dans ce cas, il devrait suffire de les employer à de très fortes doses pour obtenir directement l'hémolyse de tous les sangs sensibles à l’arachnolysine : or, nous avons vu que 100 œufs de Meta sont sans action sur 1 centimètre cube d'une émulsion de globules de Bœuf à 5 p. 100.

Des essais divers faits pour isoler le « complément d'Épeire » ont tous échoué. On ne peut jamais obtenir que de la «sensibilisatrice » ou de l’arachnolysine entière. — Sile « complément d'Épeire » existe, tout se passe comme si, au cours des essais de séparation, il retenait toujours une certaine quantité de « sensibilisatrice » qui lui serait indissolublement liée. Get échec peut nous inspirer un doute au sujet de la réalité de notre interprétation touchant la constitution de l'arachnolysine et il justifie les réserves que nous avons formulées enlémettant,

Toutefois, même en faisant ces réserves, nous pouvons donner avec certitude ces deux conclusions :

19 L'arachnolysine n'est pas une loxine simple, mais une hémolysine à mécanisme complexe ; ANN. DES SC. NAT. ZOOL., 40 série. HOLONE 7

2 Les œufs de Meta segmentata, non hémolytiques (ou faiblement hémolytiques pour quelques sangs exceptionnels), contiennent une substance qui, bien qu'inactive, est proche parente de l’arachnolysine des Épeires.

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