CONCLUSIONS RELATIVES AU VENIN DES CHÉLICÈRES
19 Par les quelques expériences faites à ce sujet, je n'ai pu déceler dans le venin des chélicères aucune propriété hémolytique directe ni indirecte.
29 Dans les quelques essais faits sur le Lapin, la Souris et la Grenouille adulte, le venin des chélicères se montra dépourvu de toute action toxique générale ou locale.
3° Le venin est toxique pour des tètards (A/yles) en in- Jection sous-cutanée.
49 Le venin est très toxique pour l'Écrevisse.
Le sujet est frappé d’une paralysie qui s'aggrave et aboutit à la mort.
La propriété toxique est détruite par la chaleur au-dessous de la température d'ébullition (vers la température de coagulation des albuminoïdes) et est insensible à l’action des rayons ultra-violets.
5° Le venin des quelques mâles étudiés se montra identique à celui des femelles.
69 Pour les espèces que Je pus avoir adultes toute l’année (Tégénaires), la toxicité du venin se montra indépendante de la saison.
70 Le venin de T'egenariu parielina, espèce qui ne contient aucune toxine dans ses œufs, est aussi toxique que tout autre.
80 Les œufs d'Épeirides ne sont toxiques pour l'Écrevisse qu'à haute dose (au moins six fois la dose mortelle minima correspondant au Lapin).
Leurs effets sont qualitativement différents de ceux produits par le venin des chélicères.
9° Le sang des Tégénaires est antitoxique vis-à-visdeleur venin.
La propriété antitoxique résiste au chauffage à 72° et est même augmentée par ce chauffage. |
109 Je n'ai pas pu déceler, dans le sang des Épeirides, de propriété antitoxique semblable vis-à-vis de leur venin.
Je me proposais surtout de voir s’il existait un rapport entre le venin des chélicères et les toxines, analogues à l'arachnolysine, contenues dans les œufs d’Araignées.
Aucun fait n’esten faveur de la parenté entre les deux genres de toxines.
Un certain nombre de faits sont contre. Ce sont :
x) L'absence de propriété hémolytique dans le venin des chélicères.
8) L'action nulle ou du moins faible (têtards) de ce venim sur les Vertébrés (très sensibles aux toxines d'œufs). Au contraire, sur l'Écrevisse, action très violente du venin des chélicères et action relativement faible des toxines d'œufs. É
y) La différence qualitative des effets produits sur l'Ecrevisse par le venin des chélicères et par les toxines d'œufs.
) L'identité, au point de vue de la toxicité du venin des chélicères, entre Araignées mâles et femelles.
«) La présence d’un venin des chélicères très toxique chez Tegenaria parielina, espèce dont les œufs sont dépourvus de toute toxine.
Notre conclusion générale est que la toxine du venin des chélicères estnettement différente de celle qui peut être contenue dans les organes génitaux femelles de l'Araignée.
Nous pouvons accessoirement faire une remarque intéressante :
Le venin des chélicères est, à très faible dose, très actif sur l'Écrevisse ; cet animal, déduction faite de la masse inerte de la carapace, représente un sujet d'une taille relativement importante. Le venin des chélicères a donc, à l'égard de l'Écrevisse, un pouvoir toxique considérable.
Surtout si l’on tient compte de son action faible ou nulle sur les Vertébrés, on peut considérer le fait comme une confirmation de l'opinion courante d’après laquelle le venin des Arai-
gnées est presque spécifique des Arthropodes, leurs proies habituelles.
Cela n'aurait rien de très surprenant. Sans parler d'adaptation véritable, on peut penser que l’ingestion presque exclusive.de tissus d’Arthropodes peut déterminer dans l'organisme de l’Araignée une sorte de réaction tendant à la production de substances antagonistes. Ces dernières seraient excrétées par lesglandes à venin. — Ils’agirait là de phénomènes analogues à la modification des sucs digestifs d’un animal sous l'influence
du régime alimentaire, fait déjà bien connu par de nombreux exemples.