RÉSULTATS
A. — L'arachnolysine (dénommée par Sachs), toxine hémolytique des Épeirides, est localisée dans les organes génitaux femelles de l'Araignée. Elle est éliminée en totalité ou en presque totalité par la ponte. La jeune Araignée n'en possède que tant qu’elle contient du vitellus de l'œuf dont elle est issue : elle en reste ensuite complètement dépourvue jusqu'au moment où ses organes génitaux se développent. |
On peut donc, pour l'étude de l'arachnolvsine et plus généralement des hémolysines d'Araignées, employer uniquement les œufs de ces animaux.
B. — L'arachnolysine chauffée modérément ou traitée par les acides n’est plus hémolytique (sauf faiblement pour quelques sangs exceptionnels). Elle est réaclivée :
19 Par l'addition d'arachnolysine intacte assez diluée pour n'être plus active (Essais avec des liquides traités par l'acide).
2° Par l'addition d'œufs de Meta segmentata Clerek (Épeiride), non hémolytiques, à part une action faible sur quelques sangs exceptionnels (Essais avec des liquides traités par l'acide ou par la chaleur).
Ces faits indiquent que l'arachnolysine n’est pas, comme on le croyait, une hémolysine simple. Elle est une hémolysine à mécanisme complexe, grossièrement comparable au système « sensibilisatrice + complément » des sérums hémolytiques. Une hypothèse commode pour exposer les faits consiste à imaginer l’arachnolysine comme formée de deux éléments
19 Une « sensibilisatrice d'Épeire », relativement résistante.
20 Un « complément d'Épeire » thermolabile et détruit par les acides. Q
Il existerait dans les œufs de Meta seygmentala, et dans les
œufs seuls, un « complément de Meta » réel, analogue au «complément d'Épeire » de l'hypothèse.
C. — Les propriétés du « complément de Meta » mettent celte substance tout à fait à côté de l'arachnolysine. Il faut les rapprocher tous deux du groupe des globulines. La « sensibilisatrice d'Épeire » aurait plutôt les caractères d'une albumine.
D. — Des essais de séparation du « complément d'Épeire » hypothétique ne donnent aucun résultat.
D'autre part, la « sensibilisatrice d'Épeire » seule donne, par immunisation, les mêmes anticorps que l’arachnolysine intacte.
IL y à donc lieu de faire des réserves sur la réalité du schéma « sensibilisatrice + complément » adopté, comme hypothèse, pour la constitution de l’arachnolysine. — Ces réserves laissent intactes les conclusions sur la nature complexe de l’arachno-
Jysine.
E. — L'arachnolysine a été trouvée chez 8 Épeirides (£peira
diademata Clerck, Epeira cornuta Clerck, ÆEpeira quudrata Clerck, Epeira umbratica Clerck, Epeira Red Scop., Epeira labyrinthea Hentz, Zilla X-notata Clerck, Singa hamata CUlerck) et 1 Théridüde (Theridion lineatum Clerck).
Des « compléments » analogues à celui de Meta seçmentala ont été trouvés chez 6 Épeirides (Met seymentata Clerck avec sa variété vernale A. Mengei Blackw., Mangorr acalypha Walck., Tetragnatha montana E. Sim., Linyphia triangularis Clerck, Linyphir montana Clerck, Linyphia hortensis Sundev.).
Les Épeirides et Théridiides constituent donc, au point de vue des propriétés hémolytiques, un groupe isolé des autres Aranéides.
F. — Il existe dans les œufs de T'egenaria atrica GC. Koch (Agélénide), et dans les œufs seuls, une toxine : hémolytique différente de l'arachnolysine et qui doit encore, Jusqu'à nouvel ordre, être classée parmi les hémolysines simples.
.G. — Les œufs d'un certain nombre d’Araignées n'ont ni propriétés hémolytiques, ni propriétés «complémentaires ». — Parmi elles, nous trouvons : T'heridion denticulatum NValck. (Théridide), T'egenaria agrestis Walck., et Tegenaria paristina ) Fourcroy (Agélénides). Cela prouve qu'entre des espèces du
mème genre, il peut exister, au point de vue des propriétés hémolytiques, des différences considérables.
H. — La plupart des œufs d'Araignées donnent des hémolysines sous l'action du venin de Cobra. Parmi les œufs essayés, les seuls qui ne donnent point d'hémolysines sont ceux d'Epeira hademata, Meta segmentata et Linyphia triangularis (toutes Épeirides), c'est-à-dire des œufs à arachnolysine ou des œufs à «complément ». Cela contribue encore à séparer les Épeirides des autres Araignées {à part les Théridides).
I. — Les extraits d'Épeire, inoculés à des animaux, ont des effets toxiques.
Ces propriétés toxiques (distinctes de cellesde venin des chélicères) sont, tout comme les propriétés hémolytiques (arachnolysine) localisées danslesorganesgénitaux femelles del’Araignée.
Pour éludier les poisons extraits du corps des Araignées, autres que le venin des chélicères, on peut donc légitimement se contenter, comme pour l’hémolyse, d'employer les œufs seuls.
Il y a coïncidence absolue entre les propriétés toxiques et Les propriétés hémolytiques
1° Pour l'arachnolysine des Épeirides (toxique).
29 Pour la « sensibilisatrice d'Épeire » (non toxique).
30 Pour les mélanges « sensibilisatrice d'Épeire + arachnolysine très diluée » et « sensibilisatrice d'Épeire + complément de Meta à faible dose » ; les composants ne sont pas toxiques, le mélange l'est.
K. — En outre de ses effets d'intoxication générale, l'arachnolysine produit, en injections sous-cutanées, des effets locaux très importants, consistant surtout en ædème et digestion des tissus.
L. — En ce qui concerne les œufs possédant une propriété hémolytique « complémentaire » :
1°Lesœufs de Melasegmentala Clerck sonttrès toxiques pour la
-Sourisen injectionsintrapéritonéales: l'actionlocaleesttrèsforte. — Pour le Lapin, en injections intraveineuses, ils ne sont toxiques qu'à unedose assez élevée : ils produisent alors uneintoxicalion de caractère particulier avee mort lardive et assez brusque.
2° Les œufs de Tetragnatha montana E. Sim. ne sont pas toxiques pour la Souris en injections intrapérilonéales.
39 Les œufs de Zinyphia montana Clerck et de Linyphin
triangularis Clerck sont très toxiques pour la Souris en injections intrapéritonéales. — Même à très forte dose, ils sont sans action sur le Lapin, en injections intraveineuses.
Les œufs « complémentaires » ont donc des effets toxiques réguliers, mais certains.
Par Loutes leurs propriétés, les « compléments » se rapprochaient de l’arachnolysine. Leur toxicité est un argument de plus pour les considérer comme des toxines véritables.
M. — Chezles Tégénaires Agélénides), on retrouve, au point de vue de la toxicité, la mème particularité que pour l'hémolyse : les œufs de Tegenaria atrica C. Koch (hémolyliques) sont très toxiques, ceux de Tegenaria parietina Foureroy (non hémolytiques) sont dépourvus de toxicité.
Par la nature de ses effets toxiques, le poison de T'egenaria alrica se différencie encore de l’arachnolysine.
N. — Chez les Araignées, le venin des chélicères n’est pas hémolytique.
O. — Le venin des chélicères a sur les Vertébrés une action
nulle ou très faible (têtards).
Il a, au contraire, une action très forte sur les Arthropodes (très frappante sur l'Écrevisse).
2 On ne peut établir aucune relation entre le venin des chélicères et les toxines que certaines Araignées contiennent dans leurs œufs.
Q. — Le sang des Tégénaires à une action antitoxique contre leur propre venin. :
On ne peut mettre en évidence aucune action analogue chez. les Épeires.