II. TRAITEMENT EXTERNE
LA Le nombre des substances employées dans le traitement externe du Psoriasis est égal sinon supérieur à celui des drogues administrées à l’intérieur.
Nous ne ferons que citer, pour mémoire, L'acide phénique, la térébenthine, l’ictyol, enfin les mercuriaux dont les inconvinients paraissent plus grand que les avantages, et nous étudierons, parmi les substances bien connues : les goudrons sous forme d’Huile de Cade,et la Chrysarobine, parmi les colorants, les heureux effets de l’Eosine enfin les indications de Ja radiothérapie directe, en même temps que les bienfaits de l’actinothérapie.
l° AUILE DE CADE et CHRYSAROBINE
Avant d'exposer les résultats obtenus par ces substances sur le Psoriasis, il est utile de rappeler les recommandations exprimées par AUDRY sur leur utilisation : « Sous peine de s’exposer à des accidents plus ou moins graves, ces remèdes doivent être employés avec douceur et autant que possible d'une manière discontinue et comme ils doivent déterminer une certaine inflammation pour agir, il est nicessaire de tempérer leur action par des baïins ou par des pâtes adoucissantes. »
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Ainsi compris, le traitement de la poussée banale généralisée, sans lésions irritables, comporte deux phases successives .
1° Le décapage des lésions.
2° L'application des réducteurs.
Le meilleur agent de décapage reste l’acide RRATUNE à: 5 % ou 10 % en excipient vaseliné ou glycérolé. Il peut être utilisé isolément ou associé à des bains fréquents, tous les deux ou trois jours pendant une dizaine de jours, sous forme de bains savonneux prolongés ou sous forme de bains alcalins (50 gr. ou 125 gr. de carbonate de sodium par bain).
Après ce premier stade, on emploie le véritable traitement d'attaque par les réducteurs et suivant les cas, on choisit l'Huile de Cade ou la Chrysarobine qui, employée judicieusement et sous contrôle quotidien, peut à elle seule blanchir une poussée même généralisée de Psoriasis.
a) Huile de Cade
C’est un goudron qui agit admirablement sur les lésions du cuir chevelu et les ongles et qui peut être utilisé sur les placards généralisés., Suivant le degré d'irritabilité des lésions, on emploiera, soit le glycérolé cadique faible à 15 % ou le glycérolé cadique fort à 30 %. Ces applications cadiques sont faites matin et soir, et chez certains malades on doit se contenter d’une seule application le soir et un savonnage le lendemain à l’eau chaudé. ke
Outre son action lente et son odeur désagréable auquel l’adjonction de quelques gouttes d'essence de girofle atténue cet inconvénient, l'Huile de Cade est responsable de certaines folliculites acnéiformes qui devront suspendre son application, et qui nécessitent une certaine prudence dans son emploi, en commençant par des petites doses pour tâter la susceptibilité du sujet. Néanmoins, l’Huile de Cade présente une réelle efficacité et a l'avantage d'être bien tolérée par les malades.
b) La Chrysarobine
C’est le produit d'une poudre résineuse qui donne par oxydation l'acide chrysophanique. Utilisée tout d'abord exclusivement contre les teignes son action sur les plaques psoriasiques fut signalée pour la première fois par CARLEVIS en 1881. Depuis, de nombreux travaux ont été consacrés à son sujet. Cliniquement, la Chrysarobine permet d'obtenir parfois des
résultats remarquables, mais doit être employée avec circons-
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pection et surtout sous surveillance sans dépasser le taux de 10 %. Voici les précautions formulées par le Dr ABERDAM dans .sa thèse :
1° La Chrysarobine n’agissant qu'à la condition de produire un érythème modéré, il est prudent de ne l'appliquer qué sur des lésions suintantes, ou d'utiliser des doses très faibles dans les régions des plis.
2° S'abstenir des bains, surtout des bains alcalins qui risquent d’exagérer l’irritation cutanée.
3° Le malade doit se laver toujours les mains après avoir manié la Chrysarobine, ou ne l'utiliser qu'avec des mains gantées. -
4° La Chrysarobine qui détériore le linge, qui irrite la peau, et qui colore les ongles en rouge brun persistant et les cheveux en jaune orangé et même rouge à reflets d’or, doit être proscrite au visage et au cuir chevelu.
Réducteur plus püissant que L'Huile de Cade, la Chrysarobine permet souvent de blanchir un Psoriasis en deux ou trois semaines à condition de surveiller son application. On la prescrit sous la forme de pommade essentiellement sur les plaques psoriasiques qui donne à la suite de son application un érythème rouge violacé à son pourtour, séparé des tâches par un halo échomique. Il est classique d’en proscrire l'emploi sur le visage à cause des dermites et des conjonctivites qu'elle occasionne et sur le cuir chevelu (coloration des cheveux en violet). La médication doit être interrompue lorsque l’érythème s'exagère et remplacée par des pâtes adoucissantes.
Certaines préparations mixtes ont connu et connaissent encore ja faveur de certains spécialistes. La pommade dite de BrocQ (1) est vraiment trop forte et sans parler de ses inconvénients pour le linge, ne peut être appliquée que sur des surfaces limitées et doit faire surveilier les urines. Plus maniable, la formule modifiée de SÉZARY (2?) qui permet dans les cas rebelles un blanchiement de 15 à 20 jours.
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Pour terminer l'étude de la Chrysarobine et surtout des inconvénients que nous avons signalés il est utile de rappeler que ce médicament n'est pas sans danger ; en effet, si on ne limite pas son application à la peau lésée, ils expose aux érythodrémies graves (BROCQ) et mêmes mortelles (cas de MILIAN) sans oublier de citer son rôle toxique, comme le prouve la communication rapportée à la Société de Dermatologie par MM. GADRAT et AVERSENCQ au sujet d’une crise d'urémie azotémique mortel, survenu chez un psoriasique ancien hypertendu, albuminurique sans azotémie, ni azoturie antérieure.
L'énoncé de ces simples faits implique une surveillance attentive du malade qui au moindre incident doit faire suspendre une médication dont les résultats thérapeutiques sont incontestables, mais dont la toxicité n’en est pas moins négligeable. Il est évident qu’un tel traitement ne convient qu'à un certain nombre de cas, sans parler de toute une catégorie ae malades que leur situation sociale empêche de se soumettre à ce genre de thérapeutique, il faut savoir aussi que les Psoriaris rouges et à tendance à s’exzématiser, ne supportent pas les topiques les plus légers.
2° BAINS D'EMULSIONS MEDICAMENTEUSES
Plus que tout autre malade, le Psoriasique doit veiller à la propreté de sa peau. Audry insiste et préconise même comme moyen de prévenir le Psoriasis, l'hygiène corporelle. Brocq, dans son « Traité Pratique de Dermatologie (1904), montre l'efficacité des bains médicamenteux à l'Huile de Cade, commé moyen de blanchiement. C’est ainsi qu’il s'exprime : «Ils dé- capent les placards, décongestionnent et désinfectent la totalité des téguments, modèrent et régularisent l’action des pommades, qui, toutes agissent par l'intermédiaire d’une certaine irritation ». En principe, il faut commencer par des doses faibles de 50 gr. d’huile.de Cade par bain, puis suivant la susceptibilité du sujet, on élève jusqu’à 100 et même 125 g. La durée du baïn sera d’une demi-heure jusqu'à une heure, tout en ayant soin de vérifier les urines et les complications cutanées constituées par des folliculites cadiques qu’on remédiera par des attouchements au bleu de méthylène dans de l'alcool à 0 00%. Ce traitement est très pratique et souvent plus commode que le traitement par les pommades. Toutefois, il nécessite la pru-
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dence dans le dosage de L'Huile de Cade, vu la susceptibilité de certains sujets, et il ne présente qu'une seule contre-indication, l'emploi chez les jeunes enfants.
Dans un même ordre d'idées, le Docteur Wilmet expose dans sa thèse la méthode du Professeur Balmer ii sur les bains cado- chrysophanique.
Voici, en résumé, sa technique : On donne d’abord pendant quelques jours des bains simples, et entre ceux-ci, on fait des applications de vaseline qui calment l’irritation cutanée et la décape. Puis après 8 à 10 jours on institue les bains d'émulsion cado-chrysophanique en commençant par les doses suivantes :
Huile de Cade ;.,.:.23 LL CA. 50 g. par bain. Acide Chrysophanique ::....:...,..., 2 g. par bain. Puis, après quelques bains, on augmente de la facon suivante trie de CAM. dite mine drag 100 g. par bain.
Acide Chrysophanique ....... MER 8 à 5 g. par bain.
Ces baïns sont donnés chaque jour sans faire aucune application sauf la nuit, une application de vaseline,pour adoucir.
D'après les conclusions, cette méthode est intéressante à un double point de vue :
1°) Facilité et commodité de l’emploi des bains d’émulsions pour la clientèle de ville.
2°) Efficacité curatrice de la méthode qui n’a pas la prétention de guérir tous les Psoriasis et si l'échec a été constaté dans un certain nombre de cas, ce n’est que dans les formes particulièrement tenaces, anciennes et lichénifiées sur lesquelles d’ailleurs, d'autres traitements employés sont restés inefficaces.
Si les bains d’émulsions ont moins d'action sur les lésions chroniques, il faut cependant persévérer dans leur emploi.
3° L'EOSINE
Au cours des essais effectués avec les colorants (solutions alcooliques et hydriques) de Cristal Violet, vers lumière, fuohsine, bleu de méthylène et Eosine) MM. Gougerot et Degos, dans une série de communications à la Société de Dermatologie
ont mis en évidence, la supériorité et l'efficacité des préparations à base d’Eosine, sur l’évolution locale du Psoriasis. Ils utilisent surtout les solutions hydriques à 2 5 et 10%, des solutions alcooliques à 1 et 2% ; des vaselines éosinées à 2% et des Cold-cream à 20% d’éosine. Comme technique ils préconisent soit des badigeonnages avec la solution alcoolique à 2% tous les deux jours, et les jours intercalaires des onctions avec corps gras, vaseline ou Cold-Cream ;
Soit des applications quotidiennes de vaseline ou Cold-Cream à 2% d'Eosine, et avec si possible des bains de Carbonate de Soude (125 g. par bain), 3 fois par semaine. Pour eux, ce traitement local associé à un traitement diététique, parait être un des meilleurs traitements de fond du Psoriasis. Les heureux résultats de l’Eosine sur des lésions préalablement décapées a été des plus nets ; en 2 ou 3 jours les placards se nettoient et la peau devient souple, lisse et rose. Sur les lésions anciennes et étendues le blanchiement peut être complet. La comparaison des résultats poursuivent les auteurs obtenus bar l’Eosine, avec ceux obtenus par les réducteurs est à l'avantage du colorant, d'une efficacité supérieure aux préparations cadiques, d’une efficacité égale à l'acide Chrysophanique sans en avoir les inconvénients d'intolérance locale. Enfin ils insistent sur le fait que les applications d'Eosine doivent être poursuivies alors que les lésions complètement décapées, semblent guérir ; il faut s'assurer par le grattage méthodique qu'il ne persiste aucune zone en activité.
Ultérieurement, ils essayèrent l’Eosine et l’huile de Cade associée pour obtenir un rabide blanchiement des poussées Ps9riasiques et dans sa thèse le Docteur Isal utilise le procédé suivant avec d’incontestables succès . « chaque matin, les plaques, ainsi que les régions environnantes, sont badigeonnées avec une solution alcoolique d'Eosine à 2% et une fois la peau séchée, on badigeonne avec de l’Huile de Cade pure. En cas d’intolérance de cette dernière, elle sera diluée dans son poids, de vaseline simple. On ne signale aucun accident à l'actif de l’Eosine, quant à l’Huile de Cade employée aux concentrations fortes peut donner une inflammation de l’épiderme, sans grande conséquence, car dans ce cas, on atténuera son effet, en diluant
à 50% l'Huile de Cade ou bien, après badigeonnage à l’Eosine, on fera une application de vaseline simple.
En conclusion, si l'Eosine s'avère gràce à son indolence et sa toxicité nulle, un progrès parmi les thérapeutiques externes,
son action anti-psoriasique reste des plus aléatoires, puisqu'il a fallu associer l’huile de Cade pour accroître son efficacité.
= 4* RADIOTHERAPIE LOCALE
La Roentgenthérapie directe du Psoriasis a été préconisée en 1898 par Darier ; mais, malgré les résultats obtenus, surtout à l'étranger, elle est très peu employée actuellement et ceci pour des raisons multiples. Tout d’abord, les rayons X pas plus que les traitements locaux ne mettent à l'abri de la récidive ; de plus chez beaucoub de malades, c’est la presque totalité du corps qu'il faut irradier ; enfin, vu le nombre de séances, l'organisme court un grave danger d’absorber une dose considérable de rayonnement. En résumé, les indications de la radiothérapie dans le Psoriasis sont fixés par l'étendue et par l’évolution des lésions. Contre indiquée dans les dermatoses étendues, à poussées évolutives rapprochées, la répétition trop fréquente des irradiations sur une même région exposant à des lésions cutanées, elle trouve au contraire un emploi intéressant dans le Psoriasis à localisations limitées et à poussées espacées.
Pour BRoCQ, elle doit être réservée essentiellement aux placards anciens, très lichenifiées qui peuvent disparaître après quelques séances, mais il serait dangereux de répéter de nouvelles applications sur les récidives qui surviennent ultérieurement.
9’ ACTINOTHERAPIE
Parmi les diverses causes provocatrices du Psoriasis, le rôle de la lumière reste encore question ouverte. Si certains malades indiquent que le printemps est leur période critique, exprimant par là une explosion d’un Psoriasis pré-existant opinion soutenue par AUDRY, si les observations de PICK rapportant un Psoriasis exacerbé sur une partie du dos exposé à la lumière électrique et surtout du cas de MM. JERSILD et GOUGEROT qui observent des Psoriasis déclenchés par le soleil, ces faits demeurent rarissimes et la plupart des auteurs sont unanimes à reconnaître que les rayons lumineux ont une activité antipsoriasique plus ou moins limitée. Cette dernière opinion est celle des psoriasiques eux-mêmes dont nombreux, confirment que l’exposition au soleil de L'été blanchit la poussée ou tout au moins leur est nettement favorable. D’après J. MEYER, il existe trois façons de concevoir l’actinothérapie du Psoriasis : 1° l’expoliation élective des éléments éruptifs ; 2° la disparition
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progressive des placards sous l'influence d’irradiations répétées ; 3° le blanchiement de L'éruption à la suite d’irradiations générales. “Il propose le mode d’application suivant : « Commencer par faire un test sensitométrique de la peau. Si la sensibilité est modérée, il faut essayer d'obtenir le blanchiement d'emblée par une dizaine de seuils et parfois sur des parties résistantes une vingtaine ou une trentaine de seuils. Si par contre, le seuil érythème est plutôt haut, il vaut mieux donner des bains généraux à dose progressive en insistant sur les parties malades. L'auteur conseille d'attaquer chaque secteur en trois phases : d’abord décapage par des bains savonneux ou alcalins, puis des fortes séances actinothérapiques qui décapent davantage et enfin troisième phase, exfoliation au moyen d’un topique. Masson (de Bourges) préconise la pommade à la Chrysarobine associée aux rayons U. V, tandis que DAUBRESSE MorEL (de Bruxelles) préfère le goudron de houille. En fait, le choix du topique doit être guidé par la tolérance de la peau. En conclusion, dit M. J. MEYER, il semble que ja lumière constitue un des meilleurs traitements du Psoriasis. Aucune source artificielle ne supplante le soleil qui doit son activité en partie à ses rayons et en partie à l'amélioration générale que procure le repos au grand air, quant aux rayons U. V., à l'arc ou à la lampe de mercure à dose intensive moyenne ou modérée, ils décapent une grande proportion de Psoriasis, mais on a généralement intérêt à leur associer des topiques. De toute facon, on ne saurait promettre la guérison, car on n'obtient qu’un blanchiement et il est impossible d’empêcher les récidives. l
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