LA LÈPRE ET LES SENSIBILITÉS CUTANÉES
La lèpre n’atteint généralement pas les sensibilités profondes ; les coupes de muscles profonds nous montrent l’altération légère ou l'intégrité des nerfs moteurs et de leur terminaison.
Ceci contraste avec l'atteinte constante des sensibilités superficielles. Ces troubles peuvent être secondaires à la névrite. Ils peuvent être « primaires », dus à l'atteinte locale des terminaisons sensitives : on a pu constater, non seulement les altérations des corpuscules de Meissner, mais encore des amas de bacilles à leur intérieur. Ces altérations directes des terminaisons sensitives ne se voient pas seulement au niveau des éléments cutanés, et en particulier des macules, mais sur des coupes de peau, d'apparence saine, Les gaines vasculo-nerveuses de la peau semblent généralement remplacées par des cordes inflammatoires.
L’atteinte sensitive, caractéristique de la lèpre, porte en général sur les sensibilités thermique et douloureuse. Cette dissociation est aussi celle de la syringomyélie. Le rapprochement des deux maladies, dont l’une est médullaire alors que lautre atteint directement les terminaisons sensitives, permet de formuler une hypothèse : qu'il n’est pas nécessaire de supposer, comme on l’a fait généralement, pour expliquer la conservation de la sensibilité tactile, un trajet spécial de ses fibres dans la moelle ; il suffit de penser qu'elles offrent une résistance plus grande.
L'atteinte des sensibilités cutanées peut être contrôlée
par la mesure des chronaxies sensitives. Mais il faut noter que dans certains cas où la sensibilité thermique ne peut
être cliniquement décelée, le passage du courant a mis en évidence de nombreux points de chaleur alors que les points de douleur n'étaient pas trouvés ; ceci fait penser que la suppression des organes de la sensibilité douloureuse peut suffire à provoquer l’anesthésie thermique, qu'en tout cas, la sensation thermique est perçue par un mécanisme complexe, et qu’elle peut être perturbée alors qu'un de ses organes de perception est intact.
L’atteinte des sensibilités cutanées et des terminaisons sensitives semble le fait clinique et anatomique essentiel de la lèpre. Son importance renforce l'hypothèse d’une névrite ascendante.
Vu : le Président de la thèse, : GEoRGEs GUILLAIN.
Vu: le Doyen ROUSSY.
Vu et permis d'imprimer :
le Recteur de l’Académie de Paris,
SÉCHARLÉTY.
Jean Hesse 40