PALPATION
L’élévation de la température locale ne semble pas avoir été fréquemment observée. Elle n’est explicitement signalée que dans lobservation n° 11, elle existait vraisemblablement chez les malades des observations 4 et 27, chez lesquels on a porté le diagnostic d’ostéomyélite aiguë. C’est un symptome qui ne s’observe que dans les tumeurs à développement rapide et ayant acquis déjà un volume assez considérable. (Schwartz) Ceci explique que, d’après la statistique de Gross, sa fréquence soit à peine plus grande dans les sarcomes périostiques que dans les sarcomes centraux, mais qu’elle soit notablement plus élevée dans ceux-ci que dans les tumeurs à myéloplaxes.
Les renseignements donnés par le palper de la tumeur ellemême sont variables; son volume, les caractères de la surface, sa consistance dépendent non seulement de sa structure, mais aussi de l’épaisseur et de la résistance plus où moins grande des plans au travers desquels on la palpe.
De volume variable, pouvant aller jusqu’à celle d’une tête d’adulte (obs. 2, récidive), la surface en est tantôt lisse, tantôt bosselée au point que la masse semble constituée par plusieurs tumeurs juxtaposées; elle est fixée dans la profondeur au squelette avec lequel elle fait corps et sur lequel on ne peut la mobiliser.
Ses limiiles sont plus où moins exactement perceptibles; elle
AD en
peut déformer complètement une extrémité osseuse au point de la rendre méconnaissable ou apparaître comme une masse limitée accolée à l'os, dont la forme générale est conservée.
Sa consistance varie d’un cas à l’autre, et parfois, pour une même tumeur, d’un point à l’autre. De consistance ferme et même franchement dure, égale en tous les points (obs. 13), elle est dans d’autres cas molle, pseudo-fluctuante (obs. 5 : sacrum) ou rénitente (obs. 3). Elle peut n’avoir pas une consistance égale en tous les points (obs. 3 et 11). L’examen des pièces opératoires fournit l’explication de ce fait (parties en nécrobiose, foyers hémorragiques ou pseudo-kystiques, chondrosarcome de l'aile iliaque n° 3).
Quant au phénomène de la crépilation parcheminée, considéré classiquement comme fréquent et caractéristique, il ne fut observé qu’une fois (obs. 10).
Dans un seul cas enfin, la tumeur fut pulsatile et présenta de l'expansion (obs. 10). Il en fut de même dans le cas d’hypernéphrome métastatique que nous rapportons (obs. 25). La recherche d’un souffle à l’auscultation de la tumeur ne fut positive que dans cette dernière observation.
La ponclion exploratrice dans les rares cas où elle fut pratiquée ne donna issue qu’à du sang. Celui-ci ne fut pas examiné microscopiquement ; cette recherche eût peut-être permis de déceler des éléments caractérisant la tumeur.
L’amyotrophie frappant les masses musculaires au voisinage de la région atteinte est indiqué deux fois, dans des cas de sarcomes de lextrémité supérieure de lhumérus. Elle frappa les muscles sus et sous-épineux dans l'observation 11, les muscles du bras dans l'observation 13, qui précise en outre une diminution de la circonférence à la mensuration.
Cette atrophie musculaire semble, suivant les cas, pouvoir ètre rapportée à deux causes: La douleur intense a suffi dans certains Cas pour interdire au malade toute mobilisation de Particulation voisine (obs. 11) ; chez d’autres, chez qui des phénomènes douloureux irradiés à distance évoquent l’idée de compression nerveuse, on ne peut s'empêcher de penser que celle-ci a pu jouer un rôle dans l'apparition de l’atrophie musculaire, L'observation du malade n° 5, porteur d’une tumeur qui comprimait les racines du sciatique et s’accom-
MT
pagnait de signes évidents de paralysie de ce nerf, est démonstrative à cet égard : l’atrophie musculaire était considérable à la face postérieure de la cuisse et de la jambe.
Les accidents attribuables à une compression où & une thrombose vasculaire sont moins fréquents. Ils sont notés une seule fois (obs. 3)), où une tumeur de l'os iliaque s’accompagna de cyanose et d’œdème du membre inférieur correspondant.
Les adénopathies ont constamment manqué, quel que füt le siège, le type anatomique ou l'ancienneté de la lésion.
Aucuve de nos observations enfin ne fait mention d’un retentissement où d'un envahissement articulaires. Les rares observations où la mobilité était limitée (obs. 11, 13, 21) précisent nettement que cette limitation était en rapport avec la douleur que provoquaient les tentatives de mobilisation active, mais qu'il était possible, passivement et en procédant avec douceur, de faire exécuter à l’article des mouvements d'amplitude normale.
Tels sont dans leur ensemble les symptômes observés chez nos malades ; la presque totalité se sont présentés à l'hôpital à un stade encore peu avancé de l’évolution de leur néoplasme, à des dates éloignées de trois semaines à vingt-deux mois du premier signe révélateur, six mois et demi en moyenne après le début clinique.
Aucun, sauf les n°° 4 et 27, sur lesquels nous nous sommes
.déjà expliqués, ne présentait d’ulcération. Aucun, à part
ces derniers, ne présentait d’atteinie sérieuse de l’état général, ni de signes apparents de généralisation. Nous ne décrirons donc point quels eussent été ces stades ultérieurs de laffection qui nous occupe si elle avait été abandonnée à son évolution, puisque nous avons adopté pour règle de nous borner à l'étude des faits notés dans nos observations.
Tous nos malades ont donc été traités, sauf un amené moribond à l'hôpital et chez lequel toute tentative thérapeutique eût eu pour unique résultat de devancer l'issue fatale (qui se produisit huit jours plus tard).