OBSERVATION XXIII (LENORMANT
ENCHONDROME COSTAL Prép. : boîte 216.
Le malade, âgé de cinquante ans, obèse, ancien syphilitique, vient consulter le D' Lenormant en juin 1919 pour une tumeur
siégeant à la partie gauche du thorax, sur la partie moyenne de la cinquième ou sixième côte, allongée suivant son grand axe, et qui ressemble à un abcès froid costal. Mais elle est ferme, élastique, rénitente.
On institue sans résultat un traitement antisyphilitique et, après radiographie (Darbois), on pense à un abcès froid assez tendu.
OPÉRATION (P' Agr. LENORMANT), le 14 juin 1919. — Une incision exploratrice mène sur un tissu rougeàtre, foncé, vasculaire, ressemblant à une tumeur à myéloplaxes.
Résection costale en passant en tissu sain, en avant et en arrière de la lésion.
EXAMEN HISTOLOGIQUE (M. LECÈNE). —— Aspect d’enchondrome caractéristique ; il y a relativement plus de cellules cartilagineuses que de substance interstitielle. On voit que los normal est en continuité directe avec le tissu néoplasique cartilagineux.
En septembre 1919, le malade, parti au bord de la mer, écrit qu'il a un petit noyau au niveau de sa cicatrice.
Il consulte un chirurgien de province qui lui enlève ce petit noyau, le fait examiner : il s’agit d’un tissu inflammatoire, sans doute développé au niveau d’un fil de ligature.
Guérison opératoire, mais dès ce moment apparaissent des douleurs dans les régions cervicale et dorsale supérieure ; névralgies très violentes, par crises. Le malade se fait radiographier. Il se soumet à des traitements anti-rhumatismaux variés.
En février 1922, nouvelle tumeur thoracique. Pas de récidive locale sous la cicatrice, mais deux côtes sous-jacentes sont réunies par une tumeur de même consistance que la première, plus volumineuse, non adhérente à la peau.
OPÉRATION (P' Agr. LENORMANT), le 28 février 1922, sous anesthésie régionale. — Lambeau cutané quadrilatère à base postérieure, ayant la tumeur en son centre ; résection en bloc de la partie de paroi thoracique correspondant à trois côtes, dont celle déjà réséquée, et aux espaces correspondants, et de la plèvre pariétale dans toute l’étendue du lambeau, car elle adhérait à la face profonde de la tumeur.
Pas d’épanchement pleural ; poumon et plèvre viscérale sains.
Lambeau rabattu, suturé sans drainage. L'opération est bien supportée, les suites sont parfaites, mais la cicatrisation est retardée par la gangrène de toute la marge du lambeau cutané sur une largeur d’un doigt (explicable par ce fait que la solution anesthésiante contenait de l’adrénaline).
Les plans sous-cutanés ont maintenu la plèvre fermée sans présenter de troubles de vitalité.