EXPOSÉ DES ÉLÉMENTS SERVANT DE BASE À CE TRAVAIL
Lorque l’on se propose d'étudier le pronostic d’une affectüon,il importe, de toute évidence, de s’entendre d’abord exactement sur sa nature. Il s’agit ensuite de ne point limiter la durée de l'observation à celle des suites opératoires immédiates. Pour évidentes que paraissent ces affirmations, il s’en faut de beaucoup, à notre sens, qu’elles aient été toujours respectées. Les résultats du traitement des tumeurs primitives des os, tels que les ont publiés divers auteurs, les déductions pronostiques qui en ont été tirées, sont éminemment disparates, pour ne pas dire contradictoires. La cause en réside sans doute dans ce fait qu’en histologie la terminologie prête souvent à confusion, qu’on a trop souvent attribué un même nom à des lésions dissemblables, ou des noms divers à une même tumeur. Mais elle réside aussi dans ce que la durée d'observation n’a pas toujours été suffisamment longue pour permettre de tirer d’un cas donné des conclusions légitimes sur son évolution.
Une autre cause d'erreur dans l'appréciation du pronostic réside encore dans ce fait que, désireux d'apporter à l'appui d’une opinion le plus grand nombre possible de cas, certains auteurs ont cherché dans la littérature, pour les ajouter à leurs cas personnels, des observations antérieurement publiées. Il n’est pas douteux, à notre sens, qu’une telle pratique est mauvaise.
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Dans le cas particulier qui nous occupe sont en général seules publiées les observations qui, par une survie anormalement longue de l’opéré, ont étonné son chirurgien; publiées comme des cas exceptionnels, elles doivent être considérées comme tels ; elles ne peuvent nous renseigner utilement sur les résultats habituellement obtenus par la thérapeutique. Aussi nous n’hésitons pas à dénier toute valeur aux conclusions qu'ont attribué leurs auteurs aux statistiques ainsi Composées d'observations isolées.
La seule méthode qui nous semble done susceptible d’apporter quelque lumière est de ne recourir qu’à des statistiques homogènes, intégrales, provenant de la pratique personnelle d’un chirurgien ou d’un anatomo-pathologiste qualifié et compétent, et comprenant tous les cas observés par celui-ci. C’est pourquoi nous pensons qu’il n’est pas inutile d'apporter 28 observations inédites de tumeurs des os, bien qu’il ne s’agisse là que d’un nombre relativement faible de cas ; mais ceux-ci ont l’avantage de représenter la totalité des cas histologiquement examinés par notre maître, M. le professeur Lecène. La plupart d’entre eux ont été, en outre, examinés cliniquement, traités et suivis par lui-même. Nous devons les autres à divers chirurgiens qui avaient adressé leurs pièces opératoires avec une observation clinique à M. Lecène, en le priant de leur faire savoir quel pronostic l’histologie permettait de tirer de l’examen des pièces provenant de leur intervention.
Nous pensons qu’une telle statistique sera plus instructive que celles que lon peut établir en accumulant des cas isolés, traités par des chirurgiens différents et examinés par des anatomo-pathologistes divers, qui, dépourvus de renseignements cliniques, privés de constatations macroscopiques, n’ont pu baser leur opinion que sur la structure microscopique de la lésion.
Le dernier mérite enfin que nous croyons pouvoir reconnaître à notre statistique est que, de tous les malades dont nous faisons état, un seul à été perdu de vue ; nous avons pu, sur tous les autres, recueillir des renseignements le plus souvent précis. Nous avons même pu en réexaminer quelquesuns récemment.
Nous ne pouvons malheureusement, pour la plupart de ceux qui sont décédés, apporter de protocoles d'autopsie. Les renseignements que nous avons pu recueillir sont suffisamments clairs pour nous autoriser à émettre sur les accidents auxquels ils ont succombé une hypothèse vraisemblablement exacte.