‹ Contribution à l'étude des tumeurs du testiculeChapitre 10 sur 14 · LIBRAIRIE ADRIEN DELAHAYE · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE ADRIEN DELAHAYE

^le la grande école chirurgicale française^ école qui, née avec l’Académie royale de chirurgie, a produit Desault, Boyer, Dupuytren, Pvoux, Jobeit, léisfranc et t^ant d’autres praticiens illustres, auprès desquels est venue s’instruire la jeunesse studieuse du mor'de entier. Celte école semble oubliée aujourd’hui en France ; on dédaigne les grandes doctrines qu’elle a professées, et l’on a de la tendance à leu? préférer des rêveries mystiques, à la* condition que celles-ci se présentent Avec ces caractères étranges qui sont le' propre des élucubrations d’outre- Rhin.

Ainsi que Boyer et Roux, M. Fano a toujours professé une juste méfiance pour toutes ces wowuequifé.s’ auxquelles l’expérience n’a pas encore donné de sanction. Homme de progrès par excellence, sans repousser systématiquement toutes les idées nouvelles, il pense qu’il faut attendre pour leur donner définitivement droit de domicile dans la science.;.Aussi le livre de M.- Fano est-il surtout un livre pratique, indispensable à l’élève dans le cours de ses études ; UA traité complet que le praticien pourra consulter dans tous les cas, et qui répond à toutes les exigences, de . la profession chirurgicale. M. Fano ne présente pas un système nouveau, . mais un résumé de toutes les connaissances qui lui ont paru indispensables pour pratiquer la chirurgie. Pour atteindre ce but, l’auteur s’est inspiré à la fois de l’esprit d’investigation minutieux de l’école anatomique, et de cet esprit philosophique qui seul peut féconder les travaux faits dans un but d’ensemble. ’ •: i-

Le Traité élémentaire t>e chirurgie de M. Fano est aujourd’hui entièrement publié^ et comprend deu \ forts volumes in-8 avec 307 figures intercalées dans le texte. L’ouvrage se divise en trois parties : La première comprend les maladies dont tous les tissus, tous les organes, peuvent être affectés: c’est un itdMé àe pathologie générale chirurgicale^ dans lequel l’auteur expose successivement l’histoire des awôma/fe?, (\%?> plaies, des corps étrangers, de l’mflammatioyi , des tumeurs, eic,.., etc. La seconde partie de l’ouvrage est consacrée aux maladies des divers tissus et des divers organes : affections de ldi peau, du tissu, cellulaire, des bourses séreuses souscutanées, des muscles , artères , Ae.?, os , àeè articulations , etc.

Dans la troisième partie, M. Fano expose les maladies des régions î crâne, rachis, oreille, yeux, mâchoires, cou, poitrine, abdomen. Les hernies occupent une large place dans cette dernière section; viennent ensuite les maladies des organes génito-urinaires ei des membres.

Parmi les nombreuses figures qui sont int ’rcalées dans l’oüvrage, il en est de schématiques, et ces dernières ont un cachet d’originalité témoignant que l’auteur désire avant tout faire comprendre ce qu’il expose.

PARIS, — IMPRlMERPte DK E. MARTINET, RÜS MIGNON, 2.

« En résumé, énormes trabécules, conjonctives dures et résistantes, étendues du corps d’Highmore à la vaginale, et étouffant dans leurs réseaux de petits foyers dans les alvéoles desquels des mailles rarement fines et délicates, plus souvent à larges trabécules, entourent des cellules dont la polymorphie est nettement accusée : tel est Tensemble de la tumeur.

« Nous avons donc là un exemple de cancer squirrheux du testicule, fait rare, mais qui est irrécusable. Signalée par A. Gooper, Curling (1), Fœrster (2), Pitha (3), etc., l’existence du squirrhe du testicule a été révoquée en doute par Rindfleisch (4). Nous croyons que ce fait est une réponse aux doutes de l’auteur allemand; pour nous, il nous semble indéniable.

« Le squirrhe du testicule rapproche cet organe de la mamelle où le squirrhe est fréquent : dans l’un ou l’autre cas, il y a, pour ainsi dire, une cirrhose étendue de l’organe, cirrhose à foyers cancéreux; mais dans la mamelle les irradiations squirrheuses ne sont gênées nulle part; dans le testicule, elle s’arrête sur la vaginale, s’y implantant avec force pour y étouffer le tissu normal et pathologique qui s’est glissé dans ses mailles; malheureusement la voie dans le testicule est ouverte au dehors, et le cancer se propage le long des vaisseaux jusque dans le centre. Il semble résulter de ces faits que, pris au début, le squirrhe, étroitement limité par la vaginale d’une part et le corps d’Highmore d’autre part, peut être enlevé avec un succès, sinon complet, du moins temporaire. »

Reprenons la suite de l’observation :

Le 4 juillet, la plaie est sèche, à bords luisants, rouges, légèrement œdémateux. Le malade n’a presque pas dormi, bien qu’il n’ait pas souffert de sa plaie; il a pris ce matin, avec plaisir, un bouillon et un biscuit dans du vin. Inappétence, soif vive, langue blanche. La face est un peu plus rouge et un peu plus animée qu’à l’ordinaire ; légère céphalalgie, sans agitation; courbature. Température, le matin, 39®, 2;

(1) Curling. Édition française, p. 459.

(2) Fœrster. /natomie pathologique, t. II, p. 353.

(3) l’itha. Krankheit der mensch. Geschl, p. 76.

'4) Rindfleisch, Palholog. Anatomie, p. 459.

Il'

le soir, 40«,2. On se contente de remplacer le gâteau superficiel de | charpie sans toucher à celle qui est en contact avec le fond de la j plaie.

Le 6. Céphalalgie, courbature, pas d’agitation. La soif diminue, | mais l’appétit ne renaît pas, constipaiion. Température, le matin, 38®, 8; le soir, 39®, 2. Les bords de la plaie sont peu douloureux à la pression. — Injections dans le trajet inguinal, renouvellement quoti- : dien du pansement.

Le 7. Toujours un peu de céphalalgie, mais la courbature diminue; sommeil, figure calme, langue blanche; le malade ne mange que des potages, la constipation persiste; cuillerée d’huile de ricin. Le matin, il accuse une légère douleur à l’aine. Le pouls est moins fréquent. Température du matin, 39°; du soir, 38°. Selle peu abondante dans la journée.

Le 8. La céphalalgie a disparu , la physionomie est très-bonne , le malade est plus tranquille. Langue blanche, l’appétit augmente un peu, ventre souple, peau naturelle; température du matin, 38°, 3; suppuration abondante et de bonne nature, pus épais, crémeux, verdâtre.

Le 9. Le malade a été très-courbaturé hier, mais il ne l’est plus maintenant; il n’a pu dormir, car, chaque fois qu’il s’assoupissait, il était réveillé par des soubresauts des membres ; pas de frissons. Plaie indolente; l’appétit augmente; peau fraîche, pouls normal. Température du matin , 37®, 1 ; du soir, 38®, 4. L’inflammation des bords de la plaie ayant disparu, on suspend le badigeonnage à la teinture d’iode.

Le 10. Plus de céphalalgie, sommeil normal. Langue naturelle, constipation. Température du matin, 37®, 5; du soir, 37°,5. La plaie présente des bourgeons charnus de très-bonne nature; le pus est crémeux, très-abondant, mais il stationne dans une sorte de godet formé par la partie la plus déclive du scrotum. — Pansement deux fois par jour. Lavement purgatif.

Le 1 1. L’état général s’améliore de jour en jour. Le malade commence à faire des mouvements dans son lit, chose qui lui avait été impossible jusqu’alors. Langue naturelle, l’appétit augmente, soif modérée, pas de douleur à la pression sur le ventre, constipation. Peau fraîche, pouls normal. Température du matin, 37®, 8 ; du soir, 38°, 2. La plaie indolente a un bel aspect et se rétracte un peu; mais il y a toujours à la partie supérieure et externe un petit clapier d’où la pression fait sortir du pus. Huile de ricin qui provoque plusieurs selles.

Le t2. Température du matin, 38®, 1; du soir, 37“,6.

Les 13, 14 et 15. État général excellent, la température oscille entre 37°, 5 et 38®. On fait toujours deux traitements par jour.

I.e 16. Le matin, le malade allant très bien, on néglige de prendre

idre

température; mais dans la soirée le thermomètre marque 40*. Inappétence , légère céphalalgie, pas de frissons ni de nausées. Lavelent suivi d’une selle.

Le 17. Le matin l’état est meilleur, l’appétit a reparu. Température lu matin, 37®,3 ; du soir, 38®,6. ïl est impossible de constater aucun [hangement dans l’état de la plaie.

Le 18. Le sommeil et l’appétit ont diminué; céphalalgie passagère; ingue blanchâtre, peau chaude, pouls normal. Température du matin, )^o»9 ; du soir, 39o. Il n’y a eu ni frissons, ni nausées. Bourgeons jharnus de la plaie affaissées et un peu pâles. La pression sur la fosse Iliaque gauche détermine de la douleur; mais on n’y trouve pas d’em- [âtement, pas d’œdème au membre inférieur. Il s’agit là , ou d’une rmphangite ou d’une phlébite qui peuvent être illiaque ou funiculaire; lais l’absence d’œdème au membre inférieur permet de dire que la |hlébite ne siège pas dans la veine illiaque. Pansement à l’acide phé- [ique et vésicatoire volant sur la fosse illiaque gauche.

Le 19. Langue blanche, inappétence. Température du matin, 39°; |u soir, 42°. — 60 centigrammes de sulfate de quinine sont prescrits. Le 20. Le malade est très-courbaturé; il n’a pas précisément mal la tête, mais le front est brûlant. Langue blanche , anorexie com- |lète, pas de nausées. A midi, survient un réfroidissement qui oblige mettre une boule aux pieds. Température du matin, 37°, 8; du soir, |0o. La plaie présente des bourgeons pâles, affaissés, et à certains idroits de petites ulcérations grisâtres. Le malade est très-affecté de )n état.

Le 21. Langue blanche, ffouche amère, inappétence, pas de doukrs à la pression sur le ventre, selles provoquées par l’huile de jcin; courbature. Température du matin, 38°, 2 ; du soir, 39°. L’aspect la plaie a complètement changé ; elle est maintenant plate, sans lillies mamelonnée, avec de petites excavations, d’une couleur )uge-brun ; elle offre, notammen t du côté interne, des points bleuâtres des ulcérations grises à bords livides; çà et là, on voit des lignes [lanchâtres qui font contraste sur le fond sombre de la plaie et qui )nt dues à la dénudation des fibres aponévrotiques. La surface est iche. Les bords, loin d’être saillants et bombés, sont maintenant laissés et paraissent taillés à l’évidoir , et descendent en pente douce isqu’au fond de la plaie; ils ne sont ni déchiquetés, ni décollés. La 'ession sur le clapier supérieur et interne fait sortir du pus blanc rémeux, mais en moins grande quantité. Pronostic grave.

Le 22. Langue blanche, inappétence ; peau fraîche, pouls normal, jempérature du matin, 37o; du soir, 40°; pas de réfroidissement ni de jisson. La plaie devient plus affaissée, plus sombre, plus sèche; les ^cératious grisâtres , à bords livides , prennent de l’extension ; on y )it à nu les deux piliers de l’anneau inguinal.

Le 23. Inappétence, courbature. Température du matin, 36%7; du soir, 38o. Transpiration abondante. La figure est très-amaigrie. Apparition d’un abcès au sacrum.

Le 28. L’état général est toujours le même. Plaie pâle, blafarde, ulcéreuse, sèche ; la suppuration y est presque complètement tarie ; on aperçoit à nu non-seulement les fibres aponévrotiques, mais encore le périoste de la surface ilio-pectinéale.Température du malin, 37®; d soir, 370,2. Pansement au styrax.

Le 30. Apparition d’une rougeur à l’aine droite, c’est-à-dire du| côté sain. Température du malin, 38°, 2; du soir, 38°,8.

Le 31. Langue naturelle , peu d’appétit; le malade est toujour constipé, bien qu’il prenne fréquemment de l’huile de ricin; l’amai-j grissement fait des progrès rapides. Pouls fréquent, peau chaude.| Température du matin, 38o,7; du soir, 38°, 8. Les bords de la plai spnt déchiquetés, décollés; suppuration un peu plus abondante.

En faisant l’examen des deux membres inférieurs, on remarque qu la cuisse droite est le siège d’un gonflement qui fait contraste avec 1(1 profond amaigrissement de la cuisse gauche ; les deux jambes sont d(| même volume. Sur la cuisse droite, douleur très-vive à la pression au niveau du pli de l’aine ; le doigt ne laisse pas d’empreinte sur h| peau, qui a conservé sa coloration normale. Il y a là une phlegmatü^ alha dolens.

Lorsqu’il y a quinze jours, apparut comme premier symptôme de h| complication qui s’est développée sous nos yeux, la douleur dans Ijj fosse iliaque , on pouvait hésiter entre une lymphangite et une phlébite. L’apparition de la pJilegmatia alba dolen? vient trancher la question dans le sens de la seconde hypothèse. L’absence d’œdème du côt gauche semble indiquer que la veine iliaque correspondante est intactel mais la phlébite a pu se propager à la veine iliaque droite par le nombreux rameaux anastomotiques situés en arrière du pubis. — VésiJ catoire volant sur le point douloureux, au-dessous de l’arcad crurale.

Le 1®" août. Température du matin, 38°, 6; du soir, 39°, 7. La moindr| pression sur la cuisse droite détermine une douleur très-vive, nota ment sur le trajet de la veine fémorale, depuis l’arcade crurale jusqu’| l’anneau du troisième adducteur. La vésication n’a pas pris.

Le 2. La cuisse, indolente lorsqu’on n’y touche pas, est toujouij très-douloureuse à la pression. Transpiration abondante, pas frisson. Vésicatoire sur la partie moyenne de la veine fémorale. Tem| pérature du matin, 38°; du soir, 39%5.

Le 4. Suppuration plus abondante sous l’influence du styrax; bor(;j de la plaie décollés, sans tuméfaction inflammatoire; bourgeons chai, nus affaissés. La jambe droite est un peu gonflée. De ce même côté, o| sent battre l’artère fémorale; mais à côté, la veine fémorale est rep

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mtée par un cordon douloureux à la pression. L’amaigrissement fait îs progrès rapides; le teint est cachectique; les sclérotiques ont une îinte jaune-terreux qui est loin de ressembler à la coloration jaune l’îctère. Pas de céphalalgie, mais le front est brûlant vers le soir, lappétence; ventre souple, non douloureux à la pression. Pas de mx. Pouls petit, à 110. Température du matin, 39*^; du soir, 39"i2. îs urines ne renferment ni albumine, ni matière colorante de la (le. Chaque matin, 2 grammes d’extrait de quinquina.

Le 5. Grande lassitude, insomnie. La cuisse droite n’est presque jus douloureuse à la pression. Inappétence, digestions très-pénibles, (rande oppression qui n’est point expliquée par une lésion pulmolire, car la percussion et l’auscultation ne laissent rien découvrir, ranspiration abondante. Température du matin, 38®, 2; du soir, 39%4. Le 6. Le malade ne peut plus manger de potage, car aussitôt il a |:s nausées. La région hépatique et le creux épigastrique sont un ju douloureux à la pression. Constipation opiniâtre; lavement. Le (ir, frissons très-intenses suivis de sueurs abondantes. Température matin, 58®; du soir, 40®.

J Le 7. La pression sur la veine fémorale n’est presque plus douloujuse et permet de sentir un cordon dur sur tout son trajet, ülcéra- )n de la partie la plus déclive du scrotum. Douleur dans le moignon t l’épaule droite. Température du matin, 39®, 5; du soir, 39®,2.

[Le 8. Le malade, sur son désir, retourne chez lui à 6 lieues de iris, malgré l’état où il se trouve. Il succombe le 14 août.

Nous aurions pu relater ces faits d’une manière plus concise, ûs nous avons voulu donner de longs détails sur l’anatomie palologique, pour établir définitivement une forme rare et con- )tée du cancer testiculaire, et aussi montrer que la marche cli- Ique diffère de la structure. La variété de cancer qu’on rencontre jplus souvent à la glande séminale est l’encéphaloïde, attaquant rtout les jeunes adultes et marchant avec une notable rapidité, squirrhe appartiendrait, d’après l’observation de M. Verneuil, d l’a déjà observé dans des conditions analogues, à l’âge viril, aurait une évolution plus lente.

|Le pronostic d’ailleurs serait toujours le même, c’est-à-dire :t grave.

iNous avons également enregistré jour par jour, et sans nous jéoccuper de la monotonie inséparable de ces détails, tous les Imptômes qui ont suivi l’opération.

Les températures, en particulier, ont été relevées matin et soir. Pour quiconque aura la patience de suivre pas à pas la marche de cette affection, il en ressortira la conviction qu’entre l’opération et l’issue funeste s’interpose toujours une série d’accidents locaux^] et généraux fidèlement traduite par la courbe thermométrique,'] par, l’élat fébrile et les troubles fonctionnels dans l’appareil digestif.

C’est, croyons-nous, à l’aide d’observations minutieuses qu’on arrivera à connaître la marche des lésions traumatiques chirurgicales vers la guérison ou la mort.

Bien que l’autopsie ait manqué, il est évident que la pyohémie a été la cause de l’issue funeste, et que la phlébite, quoique sévissant à distance, y a joué un rôle essentiel.

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